Rencontre
« La fabrication additive n’est pas encore un procédé courant » Dagny Primdahl, chef du département fabrication additive de Grundfos
Invitée d’honneur du congrès Metal AMS 2026, celle qui dirige le département technique dédié à la fabrication additive pour l’ensemble du fabricant de pompes danois délivre sa stratégie dans ce domaine et sa vision du futur.
Cetim Infos : quel est le statut de la fabrication additive au sein du groupe Grundfos ? Dagny Primdahl : Grundfos emploie 20000 personnes dans le monde et produit des millions de pompes par an. Nous avons des sites de production partout dans le monde. La majeure partie du développement des produits se fait au Danemark et en particulier tous les développements liés à la Fabrication additive (FA). C’est une activité que nous pratiquons depuis longtemps. Nous disposons d’une imprimante 3D métallique depuis près de 20 ans ! Nous avons d’abord utilisé ces technologies pour les outillages et nous évoluons progressivement vers la production de composants finis. Pour le moment, nous produisons quelques centaines de pièces par an. Les volumes augmentent et nous comptons nous orienter vers une production, en sous-traitance plutôt qu’en interne, au sein de chaque division. CI : Diriez-vous que c’est un procédé « courant » DP : Tout dépend de ce que signifie courant ! Selon moi ce n’est pas encore le cas ; cela le deviendra sans doute pour les petites séries de produits spéciaux d’ici à cinq ans. Mais il n’y a pas d’intérêt à « copier » ce qui est déjà possible avec les autres procédés. Le but est d’obtenir des fonctionnalités supplémentaires. Pour nous, c’est aussi un moyen de répondre à des besoins des clients, par exemple, sur des pièces produites à 40000 exemplaires par an, quand un client nous demande 500 pièces par an d’une variante parce qu’il a un câble spécial à brancher. Dans ce cas, la FA est intéressante car l’outillage pour la fabrication conventionnelle est très coûteux en raison du faible volume. Elle peut aussi être intéressante pour les matériaux très onéreux. Le multimatériaux est également intéressant d’un point de vue technique, mais cela peut poser problème pour la
valorisation des produits en fin de vie, un point qui est très important pour Grundfos. CI : Quels sont les défis auxquels vous êtes confrontés actuellement ? DP : La performance et la qualité des pièces sont de moins en moins un sujet. En revanche, l’aspect conception reste un défi. Il faut lutter contre les habitudes et la réticence aux nouvelles technologies, surtout quand les concepteurs mettent beaucoup moins de temps à concevoir des solutions basées sur des procédés classiques. Il y a un besoin important de formation dans ce domaine et nous y travaillons. Et puis, il y a le coût de l’impression 3D qui reste souvent élevé par rapport aux procédés traditionnels. CI : Vous avez participé au congrès Metal AMS 2026. Quel est votre retour sur cette édition ? DP : Je suis toujours curieuse de savoir sur quoi travaillent les gens, de voir ce qui se passe sur le terrain et au niveau de la recherche. C’est très différent d’un salon où les discussions sont surtout commerciales. Participer à un congrès comme celui-ci nous permet de détecter des choses à surveiller de plus près, qui pourrait exister dans 5 ans. Je suis particulièrement intéressée par les évolutions du Metal Binder Jetting, que nous utilisons déjà. Nous nous intéressons aussi au DED. Sur les aspects recherche, nous travaillons avec l’université technologique du Danemark et participons à des projets nationaux et au niveau européen. Avoir un œil sur l’avancée de la recherche est utile. Je suis attentive à ce qui se fait, notamment sur la caractérisation des matériaux, mais aussi tout ce qui concerne la résistance à la corrosion, qui est un sujet important pour Grundfos. n Propos recueillis par Jean-Sébastien Scandella
L’aspect conception reste un défi.
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CETIM INFOS N° 281 I MARS/AVRIL 2026
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