FNH N° 1232

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FINANCES NEWS HEBDO

JEUDI 23 AVRIL 2026

SPÉCIAL AGRICULTURE

rapidement, portées par des logiques d’inves- tissement et de rentabilité. À l’inverse, les petits agriculteurs, qui représentent une part impor- tante du tissu agricole, peinent à suivre. Le coût des équipements, le manque de formation et parfois même l’accès limité à Internet consti- tuent des freins majeurs. Cette fracture technologique pose une vraie question d’inclusion. Car si l’AgriTech reste concentrée sur une minorité d’acteurs, son impact global restera limité. Plusieurs experts du secteur alertent sur ce point : sans accom- pagnement adapté, la transition numérique risque d’accentuer les inégalités existantes plutôt que de les réduire. Ainsi, les startups commencent à jouer un rôle structurant. Depuis deux ans, plusieurs initia- tives émergent avec des solutions adaptées aux réalités locales. Certaines proposent des systèmes d’irrigation intelligente accessibles, d’autres développent des plateformes de suivi des cultures ou de mise en relation entre agri- culteurs et acheteurs. L’innovation est là, mais elle reste encore fragile et dépend fortement des financements et des capacités de déploie- ment. Au-delà de la technologie, c’est surtout une nouvelle manière de piloter l’exploitation agri- cole qui se dessine. «L’AgTech permet d’ap- porter une information décisionnelle à l’agricul- teur et d’optimiser significativement l’utilisation de ses ressources», souligne Faissal Sehbaoui. En parallèle, des projets pilotes se multiplient, notamment autour des fermes digitales. L’idée est de tester des technologies dans des condi- tions réelles, puis de les adapter avant un éven- tuel déploiement à plus grande échelle. Ces initiatives permettent de valider les modèles, mais aussi de rassurer les agriculteurs, souvent réticents face à des solutions perçues comme complexes ou coûteuses. Au-delà des usages, l’AgriTech s’inscrit dans un enjeu plus large : celui de la souverai- neté alimentaire. Le Maroc reste dépendant des importations pour certaines cultures stra- tégiques, notamment les céréales. Dans un contexte international instable, marqué par les tensions géopolitiques et les fluctuations des prix, cette dépendance constitue un risque réel. La technologie apparaît alors comme un levier pour améliorer la productivité locale et sécuri- ser les approvisionnements. Dans le même temps, le Maroc continue de renforcer sa position à l’export, notamment sur les fruits et légumes, avec des volumes en pro- gression vers l’Union européenne. Là encore, l’intégration de solutions technologiques joue un rôle, en permettant d’améliorer la qualité des produits et de répondre aux exigences des marchés internationaux. ◆

 La technologie apparaît comme un levier pour améliorer la productivité locale et sécuriser les approvisionnements.

Une modernisation sous pression Entre sécheresse structurelle, pression sur les coûts et exigences des marchés à l’export, le secteur est en train de basculer. L’AgriTech s’impose moins comme une tendance que comme une réponse pragmatique à une équation devenue critique. Par K. A. Agritech C

es dernières années, le signal est clair. Après des campagnes agricoles difficiles, le secteur a repris des couleurs pour la saison 2025-2026, portée par un retour des pluies et une pro- gression de 5% de la valeur ajoutée agricole. Mais derrière cette amélioration conjoncturelle, le fond reste fragile. Le Maroc continue de subir un déficit hydrique structurel, avec des barrages régulièrement sous tension et une dépendance climatique qui ne laisse aucune marge d’erreur. Dans ce contexte, la question de l’eau est devenue centrale. L’agriculture concentre à elle seule près de 80 à 85% de la consommation hydrique nationale. Une pres- sion qui oblige à repenser les pratiques, notam- ment dans les régions les plus exposées. C’est précisément là que la technologie commence à trouver sa place. Sur le terrain, les usages évoluent. Dans cer- taines exploitations, notamment dans le Souss- Massa ou le Gharb, l’irrigation n’est plus pilo- tée uniquement à l’intuition, mais à partir de données. Capteurs d’humidité des sols, sta- tions météo connectées, images satellites… l’objectif est simple : optimiser l’usage de l’eau tout en maintenant les rendements. Ces outils permettent d’améliorer la prise de décision et de limiter les pertes, dans un environnement marqué par un stress hydrique croissant.

Cette transformation reste progressive, mais elle semble inévitable. «L’AgTech occupera de plus en plus de place dans le quotidien de l’agriculteur marocain (…) Consulter une plateforme digitale avant d’aller à sa ferme deviendra une action routinière» , révèle Faissal Sehbaoui, Directeur général d’AgriEdge. L’AgriTech ne se limite pas à l’irrigation. Elle touche aussi le suivi des cultures, la gestion des intrants, la prévision des rendements et la traçabilité des produits. Pour les exportateurs, c’est un enjeu clé. Les marchés européens, de plus en plus exigeants, imposent des standards élevés en matière de qualité, de traçabilité et d’empreinte environnementale. Dans ce cadre, la technologie devient un outil de compétitivité. Du côté des pouvoirs publics, la stratégie est clairement affichée. À travers Génération Green 2020-2030, le Maroc mise sur la digitalisation pour moderniser son agriculture et amélio- rer sa résilience. L’objectif est notamment de développer des services agricoles digitaux, de faciliter l’accès à l’information pour les agricul- teurs et d’encourager l’innovation. Le lance- ment d’un pôle dédié à l’agriculture digitale lors du SIAM s’inscrit dans cette dynamique. Mais sur le terrain, la réalité est plus contras- tée. L’adoption des technologies reste à deux vitesses. Les grandes exploitations avancent

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