FNH N° 1232

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FINANCES NEWS HEBDO

JEUDI 23 AVRIL 2026

F. N. H. : Le thème du SIAM 2026 met aussi en avant la durabilité de la production animale. Comment concilier souveraineté alimentaire et durabilité dans ce secteur spécifique ? H. F. G. : L'appel de Sa Majesté de s'abstenir au sacrifice de l'Aïd al-Adha en 2025 a été un choc collectif, mais surtout un révéla- teur. Notre production animale souffre d'une triple pression : sécheresse chronique, hausse des intrants importés, et régres- sion des parcours pastoraux. C'est une bombe à retardement si l’on n'agit pas. Ma feuille de route repose sur quatre piliers : valoriser nos races locales naturellement adap- tées, à savoir brebis Timahdite, chèvre Draa, vache Oulmès- Zaïane; développer l'autonomie en alimentation animale via des cultures fourragères irriguées; déployer l'économie circulaire par la méthanisation des déchets d’élevage; et créer un label natio- nal «Élevage durable marocain» pour ouvrir les marchés halal pre- mium d'Europe et du Golfe. La durabilité n'est pas l'ennemi de la souveraineté, c'est la condition sine qua non. F. N. H. : Quel rôle peuvent jouer les plateformes B2B, à l’image de FoodeShow, dans le renforcement des échanges, la structuration des filières et la promotion du Made in Morocco ? H. F. G. : Je parle ici avec une double casquette : celle de l'éco- nomiste et celle de la praticienne, en tant que fondatrice de the Foodeshow, plateforme virtuelle B2B globale dédiée à l'agroa- limentaire, présente dans plus de 100 pays. Seulement 12% de nos exportations industrielles sont agroalimentaires, avec un peu plus de 200 exportateurs réguliers. Bien en deçà de notre potentiel. Le problème central est d’adapter l’offre exportable en la certifiant et aller à la rencontre d’acheteurs internationaux. The Foodeshow a démontré que

 Seuls 12% de nos exportations industrielles sont agroalimentaires, avec un peu plus de 200 exportateurs réguliers, bien en deçà de notre potentiel.

les PME marocaines peuvent accéder aux acheteurs de 49 pays à une fraction du coût, 365 jours par an. Mais les plateformes B2B doivent aller plus loin que la vitrine : matching intelligent, trade finance, logistique inté- grée, un écosystème support. C’est notre mission de rassem- bler toutes les parties prenantes et les engager. Nos institutions territoriales et nationales comme l’AMDIE œuvrent ausssi avec le programme Morocco Now pour accélérer cette dynamique et accompagner nos exportateurs. F. N. H. : Quels leviers concrets recommandez- vous pour positionner le Maroc comme acteur com- pétitif et souverain sur les marchés agroalimentaires ? H. F. G. : Six leviers, tous action- nables, tous urgents. L'eau en priorité absolue, à savoir inter-

connexion des bassins, dessa- lement à 1,7 milliard de m³, irri- gation en goutte à goutte sur 900.000 hectares. La transforma- tion locale portée à 70% d'ici 2030. Chaque point gagné crée des emplois, des brevets et réduit les importations. Le label Made in Morocco comme standard de qualité perçu à l'international. IMANOR l’a développé, il faut le promouvoir. La diversification des marchés vers l'Afrique sub- saharienne, le Golfe et l'Amérique du Nord. La formation de 5.000 conseillers agricoles privés et la connexion de 2 millions d'agri- culteurs aux services digitaux. Et enfin, le financement structuré. A

cet effet, le contrat-programme céréales/légumineuses de 7,3 milliards de dirhams est le modèle à dupliquer sur toutes les filières stratégiques. F. N. H. : Quels impacts éco- nomiques la souveraineté alimentaire peut-elle avoir sur l’économie marocaine, notamment en termes de création d’emplois, de réduction des importations et de développement des filières locales ? H. F. G. : Les impacts seraient transformationnels. Atteindre 70-75% de couverture des besoins d'ici 2030, c'est 300.000 emplois directs supplémentaires dans la transformation, plus 1 à 1,5 million d'emplois indirects. C'est réduire la facture import de 28 milliards de dirhams par substitution locale. C'est doubler la valeur des expor- tations agricoles à 80 milliards de dirhams. Et c'est surtout gagner quelque chose que les chiffres ne capturent pas directement : un pays qui ne tremble plus quand les marchés s'emballent. Un Maroc qui ne dépend plus de décisions étrangères pour nourrir ses citoyens, c'est un pays dont la note souveraine grimpe, dont l'attractivité pour les investisseurs augmente, et dont la confiance des marchés se renforce. La sou- veraineté alimentaire n'est pas un coût, c'est le meilleur investis- sement souverain que le Maroc puisse faire dans les dix pro- chaines années. ◆

La souveraineté alimentaire n’est pas un coût, c’est le meilleur investissement stratégique que le Maroc peut réaliser au cours des dix prochaines années.

Better Process Control School

Un levier de sécurité et de souveraineté alimentaires Pour la première fois depuis près de 30 ans, la Better Process Control School (BPCS), formation certifiante reconnue par l’Agence américaine des produits alimentaires et des médicaments (FDA) et le Département de l’agriculture des Etats-Unis (USDA), est organisée au Maroc et dispensée en français par des experts marocains. Portée par Greativa Consulting Group et International Quality Control Corp (IQCC), avec le soutien de l’Union nationale des industries de la conserve de poisson (UNICOP), cette session inaugurale s’est tenue à Marrakech du 6 au 10 avril 2026. Destinée aux professionnels de l’industrie des conserves et des aliments peu acides, cette formation constitue une exigence réglementaire incontournable pour accéder au marché américain. Elle renforce les compétences nationales en matière de sécurité alimentaire, de conformité internationale et de maîtrise des procédés industriels. En plus de son aspect technique, cette initiative s’inscrit dans une dynamique de renforcement de la sécurité alimentaire et de la souveraineté des filières agroalimentaires marocaines, en améliorant leur compétitivité et leur capacité d’exportation.

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