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FINANCES NEWS HEBDO
JEUDI 23 AVRIL 2026
chimique. Cosumar reste un cas à part dans la cote casa- blancaise, en raison de son ancrage direct dans une filière agricole intégrée. En 2025, le groupe a réalisé un chiffre d’affaires consolidé de 10,487 milliards de DH, en hausse de 2,4% par rapport à 2024, porté principalement par la progression des volumes exportés, eux- mêmes soutenus par l’augmentation de la production locale et les nouvelles capacités de raffinage à Sidi Bennour. Le résultat d’ex- ploitation courant consolidé IFRS s’est établi à 1,298 milliard de DH, en léger retrait par rapport à 2024, tandis que le RNPG est revenu à 704 millions de DH contre 850 millions un an plus tôt, sous l’effet notamment d’un redres- sement fiscal et d’éléments non récurrents. Retraité de ces éléments exceptionnels, le groupe indique toutefois une amélioration du résultat net par rapport à 2024. On peut dire ainsi que Cosumar est une valeur exposée aux volumes, aux paramètres de campagne et à l’environnement de marché, mais qui reste, pour l’investisseur, l’une des rares portes d’entrée boursières sur une filière agricole structurée au Maroc. Chez Lesieur Cristal, la lecture est différente. Le groupe reste davantage tributaire des huiles brutes importées, des arbitrages de sourcing et de sa capacité à préserver ses marges dans un univers de grande consom- mation très concurrentiel. En 2025, son chiffre d’affaires consolidé s’est établi à 5,378 mil- liards de DH, en recul de 1% par rapport à 2024 malgré la progression des volumes, tan- dis que l’EBITDA a reculé de 39% à 287 mil- lions de DH, le résultat d’exploitation de 70% à 99 millions de DH, et le RNPG à 8 millions de DH contre 24 millions un an plus tôt. L’année précédente, la société avait encore bénéficié d’une amélioration sensible de sa rentabi- lité dans un contexte de décrue des prix de vente. L’exercice 2025 montre donc un groupe capable de tenir ses positions commerciales, mais plus exposé que d’autres à l’érosion des marges et à la volatilité de son environnement d’approvisionnement. Au final, ces trois sociétés donnent trois lectures très différentes du secteur agro au Maroc. CMGP renvoie à l’investissement agri- cole, à l’irrigation et aux infrastructures de production. Cosumar incarne la logique de filière, avec un ancrage agricole direct et une dimension industrielle lourde. Lesieur Cristal, elle, parle davantage de transformation, d’ap- provisionnement international et de défense des marges. La Bourse ne reflète pas donc une agriculture homogène, mais plusieurs façons d’être exposé à ses tensions, à ses arbitrages et à ses relais de croissance. ◆
Le secteur agricole n’est pas directement représenté en Bourse, mais plusieurs valeurs cotées en donnent une lecture précieuse.
Agro-industrie cotée
Trois profils, trois lectures de l’agriculture marocaine
CMGP, Cosumar, Lesieur Cristal… Derrière ces profils très différents, la Bourse de Casablanca offre une lecture partielle mais instructive des mutations de l’agriculture et de l’agro-industrie marocaines. Investissement agricole, filières intégrées, dépendance aux marchés internationaux : trois modèles, trois expositions, trois manières d’aborder le secteur. Par Y. Seddik
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agriculture marocaine n’est pas cotée en tant que telle. En revanche, une partie décisive de sa chaîne de valeur l’est. C’est ce qui rend des groupes comme CMGP, Cosumar et Lesieur Cristal intéressants à observer dans le cadre du SIAM 2026, organisé à Meknès du 20 au 28 avril sous le thème de la durabilité de la pro- duction animale et de la souveraineté alimen- taire. Ces sociétés ne racontent pas la même histoire du secteur, puisque l’une est exposée à l’amont agricole et à l’eau, l’autre à la trans- formation sucrière et à l’amont betteravier, la troisième à l’agroalimentaire de base, avec une forte sensibilité aux cours internationaux. CMGP est sans doute le cas le plus directe- ment connecté à l’investissement agricole. Le groupe, récemment introduit en Bourse, a clô- turé 2025 sur un chiffre d’affaires consolidé de 2,924 milliards de DH, en hausse de 25,6%. Sa branche Agriculture a généré 2,694 milliards de DH, soit l’essentiel de l’activité, en progres- sion de 23,4%. Ce positionnement en dit long:
irrigation, agrofourniture, projets, solutions solaires, montée en puissance industrielle… CMGP capte une partie de la modernisation agricole là où elle se finance réellement, c’est- à-dire dans les équipements, les réseaux et les intrants. Son carnet de commandes inclut notamment le marché structurant de la plaine du Saïss pour 345 millions de DH, ce qui renforce sa lecture comme valeur liée à l’eau et à l’investissement productif. Ce profil distingue CMGP des valeurs agroalimentaires plus classiques. Le groupe ne dépend pas d’abord de la consommation finale, mais de la capacité du monde agricole à investir. C’est un point important dans un pays où l’adapta- tion hydrique devient un enjeu économique avant d’être un thème environnemental. Le fait que son activité hors agriculture ait aussi atteint 230 millions de DH en 2025, en hausse de 59,6%, montre toutefois que la société cherche déjà à élargir son terrain de jeu, notamment dans l’infrastructure et l’industrie
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