ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 23 AVRIL 2026
Automobile Le Maroc peut-il transformer la crise au Moyen-Orient en opportunité ? Entre recomposition des chaînes d’approvisionnement et montée des logiques de nearshoring, les équilibres industriels mondiaux évoluent rapidement. Dans ce nouvel environnement, le Maroc avance des arguments solides dans l’automobile. Reste à savoir s’il pourra capter durablement cette dynamique.
Le véritable enjeu n’est sans doute pas de savoir si le Maroc peut profiter de la crise, mais à quelles conditions. Car dans l’automobile, les relocalisa- tions ne se décident pas uni- quement sur la base du coût de la main-d'œuvre ou de la géographie. Elles se jouent sur un triptyque plus exigeant : fiabilité logistique, profondeur de l’écosystème industriel et capacité à monter en valeur. Sur le premier point, le Maroc part avec des atouts avérés. Le pays dispose déjà d’une base industrielle automobile solide, avec une capacité de produc- tion installée annoncée à 1 mil- lion de véhicules, plus de 260 équipementiers, 3 construc- teurs et un taux d’intégration de 69%, selon l’AMICA. Le secteur représente aussi plus de 250.000 emplois et plus de 14,1 milliards d’euros d’expor- tations, ce qui en fait un socle déjà structuré. «Le Maroc a su développer, au fil des années, un écosystème industriel structuré et com- pétitif. Des secteurs comme l’automobile, l’aéronautique ou encore le textile ont bénéficié d’investissements massifs et d’un accompagnement straté- gique de l’État. Des groupes internationaux de premier plan, tels que Renault ou Stellantis, y ont implanté des sites indus- triels majeurs, témoignant de la confiance accordée au pays» , souligne l’économiste. À cela s’ajoute un avantage logistique décisif. «Le Maroc s’impose aujourd’hui comme une alternative particulière- ment crédible. À seulement quelques heures des princi- paux marchés européens, le Royaume offre une réactivité logistique difficilement éga- lable par les hubs asiatiques» , ajoute-t-il. D’ailleurs, l’atout logistique ne se limite pas à Tanger Med. Certes, le port, premier hub d’Afrique et de Méditerranée avec plus de 12 millions de conteneurs EVP traités par an, constitue une pièce maî- tresse. Mais l’avantage maro- cain repose sur un écosystème
Par M. A. L.
Face aux tensions logistiques mondiales, la proxi- mité du Maroc avec l’Europe redevient un avantage compétitif clé.
L
a crise ne redistribue pas uniquement les risques, elle rebat également les cartes des opportunités. À la lueur des tensions en Europe de l’Est et au Moyen-Orient, les chaînes de valeur industrielles entrent dans une phase de recompo- sition accélérée. Hausse des coûts logistiques, incertitudes sur les approvisionnements, nécessité de sécuriser les flux : autant de facteurs qui poussent les industriels, en particulier européens, à revoir leur copie. Dans ce contexte, la logique de nearshoring reprend du poids. «Les tensions géopolitiques récentes agissent comme un puissant catalyseur du nearsho- ring», souligne Khalid Kabbadj,
économiste et expert en ingé- nierie patrimoniale et finan- cière. Selon lui, «les entreprises, notamment européennes, ont pris conscience de la fragili- té de chaînes d’approvision- nement trop dépendantes de zones géographiquement éloi- gnées. Les retards logistiques, la volatilité des coûts de trans- port et les risques de rupture ont profondément remis en question les modèles d’optimi- sation basés uniquement sur les coûts» . Au regard des turbu- lences qu’a connues le monde, qu’il s’agisse de la crise de la COVID, des conflits internatio- naux ou encore des frictions commerciales entre grandes puissances, «ce mouvement ne relève plus d’un simple ajuste-
ment conjoncturel, mais d’une transformation structurelle des stratégies industrielles» , note- t-il. Et sur ce terrain, le Maroc coche plusieurs cases : proxi- mité avec l’Europe, compéti- tivité des coûts, stabilité rela- tive et écosystème automobile déjà bien installé. À titre d’illus- tration, le secteur automobile est devenu le premier sec- teur exportateur du Royaume, avec plus de 150 milliards de dirhams à fin 2025, selon les données de l’Office des changes. Mais derrière ces vents favo- rables, une question reste entière : le Royaume est-il prêt à absorber ce repositionne- ment industriel ?
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