ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 23 AVRIL 2026
tages fiscaux dans les zones franches. Aussi, l’avantage du Maroc ne se limite pas à l’Europe. Il s’inscrit aussi dans une logique plus large de reconfiguration des échanges mondiaux, y compris du côté américain. Le Royaume dispose en effet d’un accord de libre-échange avec les États-Unis, un atout rare dans la région. Dans un contexte de montée du «friend- shoring» , où les industriels pri- vilégient des partenaires jugés stables, fiables et proches, le Maroc peut apparaître comme une plateforme crédible per- mettant de servir à la fois les marchés européens et nord- américains. Cette double ouverture com- merciale, conjuguée à une sta- bilité politique et à un cadre d’investissement incitatif, per- met de renforcer son position- nement face à d’autres desti- nations concurrentes comme l’Europe de l’Est ou encore d’aucuns pays asiatiques. Toujours est-il que l’opportu- nité marocaine ne peut être lue uniquement à travers le prisme des tensions exté- rieures. Elle tient aussi à la transformation de la demande européenne. Selon l’Associa- tion des constructeurs euro- péens d'automobiles (ACEA), en 2025, le marché automobile européen a progressé modes- tement de 1,8%, mais surtout, les hybrides ont représenté 34,5% des immatriculations, tandis que les véhicules élec- triques à batterie ont atteint 17,4% de parts de marché. Cela signifie que les chaînes d’approvisionnement se reconfigurent non seulement pour des raisons géopolitiques, mais aussi pour suivre la muta- tion technologique du marché. C’est là que la question devient plus exigeante pour le Maroc. Le Royaume a démontré sa capacité à attirer l’assemblage et une partie croissante des métiers de la sous-traitance. Mais, l’étape suivante consis- tera à capter davantage de valeur sur les segments les plus sensibles de la transi-
pour les groupes européens et américains soucieux de réduire leur exposition à des chaînes trop longues, trop coûteuses ou trop fragiles. Encore faut-il que cette attractivité s’accom- pagne d’une offre industrielle capable d’absorber plus de volumes, plus de complexité technique et plus d’exigences environnementales. «Certains défis subsistent, notamment en matière de montée en gamme technologique, de formation de la main-d’œuvre et de com- pétitivité face à d’autres zones émergentes. Mais la dynamique engagée positionne clairement le Maroc comme un acteur incon- tournable du nearshoring à des- tination de l’Europe» , conclut Khalid Kabbadj. Car dans l’automobile de demain, il ne suffira pas d’être proche et compétitif. Il faudra être rapide, intégré, décarboné et technolo- giquement crédible. ◆
logistique plus large : un réseau autoroutier de plus de 1.800 km, reliant efficacement les principaux bassins industriels (Tanger, Kénitra, Casablanca); une offre ferroviaire renfor- cée, avec notamment la LGV Tanger-Casablanca, et plu- sieurs zones logistiques et industrielles intégrées, comme Tanger Automotive City, Atlantic Free Zone à Kénitra ou Midparc à Casablanca. Résultat : les délais sont for- tement compressés. Il faut quelques jours pour acheminer une production vers l’Europe, contre plusieurs semaines depuis l’Asie. Ainsi, au regard des coûts du fret qui ont quasi doublé depuis la crise de la mer Rouge et dont la hausse a atteint les 75% au vu des turbulences au Moyen-Orient, cette rapidité devient un avan- tage compétitif direct. Mais l’attractivité du Maroc ne repose pas uniquement sur ses infrastructures. Elle tient aussi à des facteurs de compétitivité plus structurels. Le premier concerne la main- d’œuvre. Le Maroc offre un coût du travail significativement inférieur à celui de l’Europe de l’Est, tout en disposant d’un vivier qualifié. Chaque année, plusieurs dizaines de milliers de profils techniques et ingé- nieurs sont formés, notamment via des dispositifs dédiés à l’industrie comme les instituts de formation aux métiers de l’industrie automobile (IFMIA). Cette combinaison entre coût, qualification et adaptabilité constitue un argument clé pour les équipementiers. Le second levier concerne le foncier industriel. Contrairement à certaines zones européennes saturées ou coûteuses, le Maroc pro- pose une offre foncière com- pétitive, structurée autour de zones industrielles clés en main, souvent intégrées à des écosystèmes sectoriels. Ces plateformes permettent aux industriels de s’implanter rapidement, avec des délais réduits et des coûts maîtrisés, tout en bénéficiant d’avan-
Le véritable enjeu n’est sans doute pas de savoir si le Maroc peut profiter de la crise, mais à quelles conditions.
tion automobile : électronique embarquée, câblage de nou- velle génération, dont le Maroc est déjà un acteur majeur, mais aussi batteries, powertrain électrifié, logiciels, ingénierie et R&D. Le ministère de l’Industrie met d’ailleurs lui-même l’accent sur le renforcement de l’intégration locale et de la valeur ajoutée domestique, avec un objectif de dépasser les 80% d’intégra- tion à moyen terme. En clair, la crise peut jouer comme un accélérateur, mais elle ne produira pas mécani- quement un saut industriel. Le Maroc peut apparaître comme une terre d’arbitrage favorable
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