FNH N° 1232

ECONOMIE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 23 AVRIL 2026

Intelligence artificielle

À mesure que l’intelligence artificielle s’impose comme un déterminant central de la compétitivité des nations, les États accélèrent leurs stratégies pour capter une part de la valeur créée. Des infrastructures de calcul aux écosystèmes de recherche, en passant par la formation des talents, la course est désormais globale, rapide et intensément capitalistique. Le Maroc face à la réalité d’une course mondiale déjà structurée

L

Par M. Benchekroun

e Maroc a indéniablement franchi un cap. Longtemps centrée sur la digitalisation des services publics, sa stratégie numé- rique évolue désormais vers une logique plus intégrée, où l’intel- ligence artificielle est appelée à devenir un levier de transforma- tion économique et institution- nelle. Les Assises nationales de l’intelligence artificielle, orga- nisées en juillet 2025 à Rabat, ont ainsi posé les bases d’une approche systémique, articulée autour de treize verticales cou- vrant l’ensemble des secteurs clés, de la santé à l’agriculture, en passant par la gouvernance, la sécurité ou encore la culture. Cette structuration s’accom- pagne d’initiatives concrètes. Le projet Nexus AI Factory, estimé à 1,2 milliard de dollars et sou- tenu technologiquement par Nvidia, illustre la volonté de doter le pays d’une infrastructure de calcul avancée. Parallèlement, le développement de centres de données intégrant des logiques d’énergie verte traduit une ambi- tion de souveraineté numérique, en phase avec les enjeux énergé- tiques et environnementaux. Sur le plan académique, l’Univer- sité Mohammed VI Polytechnique (UM6P) s’impose progressive-

ment comme un pôle de réfé- rence à travers son initiative AI Movement, tandis que la création annoncée de l’Institut Al-Jazari à Nador vise à struc- turer la recherche et la forma- tion à l’échelle territoriale. À cela s’ajoutent des dispositifs de soutien à l’innovation, tels que l’appel à projets «Al Khawarizmi», destinés à stimuler l’écosystème scientifique et entrepreneurial. L’approche marocaine se dis- tingue également par son orien- tation pragmatique. L’intelligence artificielle est envisagée avant tout comme un outil d’amélio- ration des services existants : optimisation des flux hospitaliers, analyse d’images médicales, modernisation administrative à travers des plateformes comme Wati9a.ma, ou encore dévelop- pement d’une agriculture plus efficiente. Autant d’usages qui traduisent une volonté d’ancrer l’IA dans les réalités écono- miques et sociales du pays. Mais cette dynamique, pour réelle qu’elle soit, doit être repla- cée dans un cadre plus large. Car dans le domaine de l’intel- ligence artificielle, la hiérarchie mondiale est structurée par des écarts considérables en matière d’investissement, de puissance de calcul et de maîtrise techno- logique.

course à l’intelligence artifi- cielle est tirée par des écono- mies capables de mobiliser des ressources considérables. Les Emirats arabes unis et l’Arabie saoudite ont engagé des inves- tissements massifs, intégrant l’IA au cœur de stratégies de trans- formation économique de grande ampleur. À l’inverse, le Maroc adopte une trajectoire plus pro- gressive, fondée sur des investis- sements ciblés et une logique de partenariats. Ce différentiel se retrouve dans les infrastructures. Là où cer- taines économies disposent déjà de centres de données hyper- scale et d’un accès massif à des capacités de calcul avancées, le Maroc se situe encore dans une phase de montée en puissance. La question de la souveraine- té technologique demeure ainsi posée, notamment au regard de la dépendance vis-à-vis de four- nisseurs internationaux pour les composants critiques. Le capital humain constitue un autre facteur déterminant. Si le Royaume bénéficie d’institutions de qualité et d’un vivier de talents en progression, il ne dispose pas encore d’une masse critique comparable à celle de l’Egypte, ni de l’écosystème d’excellence en Israël, reconnu pour sa capa- cité d’innovation en technologies de rupture. Au-delà de ces dimensions struc- turelles, la question de l’impact

économique de l’intelligence artificielle s’impose. À l’échelle mondiale, selon PwC, l’IA pour- rait générer jusqu’à 15.700 mil- liards de dollars de valeur d’ici 2030. Au Maroc, cet impact reste encore diffus, se traduisant prin- cipalement par des gains de pro- ductivité dans certains secteurs - automatisation des tâches, opti- misation des processus, amélio- ration de la prise de décision -, sans transformation macroéco- nomique visible à ce stade. C’est précisément sur ce point que l’analyse de Mohamed Alami, expert IA, apporte un éclairage structurant. «L’intelligence artifi- cielle constitue un levier puissant de productivité, non pas comme un simple outil, mais comme un amplificateur des capacités exis- tantes», souligne-t-il. En d’autres termes, l’IA ne crée pas la perfor- mance : elle la révèle et l’accé- lère. Dans les entreprises marocaines, cette réalité implique un préalable souvent sous-estimé : la struc-

Dans la course mondiale à l’intelligence artificielle, tous les pays avancent…, mais tous ne jouent pas dans la même catégorie.

Une stratégie cohérente… À l’échelle internationale, la

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