ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 23 AVRIL 2026
d’appropriation technologique, capable de former non seule- ment des utilisateurs, mais des acteurs de l’intelligence artifi- cielle. À défaut, le risque est de voir se creuser un écart entre les ambitions affichées et la réalité des compétences disponibles. Le Maroc a incontestablement engagé une dynamique en matière d’intelligence artificielle. Les Assises nationales, la feuille de route «Maroc IA 2030» et les projets structurants témoignent d’une volonté politique réelle et d’une stratégie en construction. Mais dans une course mondiale dominée par des puissances technologiques et financières déjà bien établies, cette ambi- tion devra s’accompagner d’un changement d’échelle. Car au-delà des infrastructures et des investissements, le véri- table levier de compétitivité réside dans la capacité à former, diffuser et démocratiser les com- pétences liées à l’intelligence artificielle. Dans cette perspec- tive, l’éducation apparaît comme le maillon décisif de la chaîne. Une stratégie d’intelligence arti- ficielle ne se décrète pas unique- ment par des annonces ou des projets. Elle se construit, avant tout, dans les salles de classe. ◆
et la réalité du terrain éducatif. Ce constat apparaît d’autant plus préoccupant au regard des expériences internationales. Aux United Arab Emirates, l’IA est enseignée dès le primaire et structurée autour d’un éco- système complet, incluant notamment la Mohamed bin Zayed University of Artificial Intelligence. En Chine, des pla- teformes adaptatives permettent un suivi individualisé de millions d’élèves, tandis qu’aux Etats- Unis, des outils comme Khan Academy intègrent déjà des assistants pédagogiques basés sur l’IA. Dans ce contexte, l’absence de l’intelligence artificielle dans le programme de «l’école pion- nière» soulève une interrogation de fond. Comment généraliser l’usage de l’IA à l’échelle natio- nale si celle-ci n’est ni enseignée, ni intégrée comme outil pédago- gique dès les premières étapes de la formation ? Cette contra- diction révèle un désalignement entre la stratégie technologique et les fondements éducatifs sur lesquels elle devrait s’appuyer. L’enjeu dépasse la simple intro- duction d’une discipline supplé- mentaire. Il s’agit de repenser le rôle de l’école comme vecteur
Entre réflexion stratégique et mutation technologique, l’intelligence artificielle s’impose comme un levier décisif dans la transformation des économies contemporaines.
turation organisationnelle. «Une entreprise avec des processus clairs et des flux de valeur maîtri- sés verra ses performances décu- plées. À l’inverse, une organisa- tion désorganisée risque simple- ment d’accélérer ses inefficaci- tés», précise-t-il. Le principal frein à l’adoption ne serait donc pas technologique, mais managérial. Cette lecture microéconomique se prolonge à l’échelle nationale. Fort de son expérience entre le Canada et le Maroc, Mohamed Alami estime que «le Royaume se situe aujourd’hui dans une phase prometteuse, mais encore inter- médiaire en termes de maturité». Là où des économies plus avan- cées intègrent l’IA dans des sys- tèmes déjà structurés, avec une vision de long terme, le Maroc doit encore consolider les fonda- tions de son écosystème. Entre ambition souveraine et contraintes structurelles Au-delà des infrastructures et des investissements, la véri-
table question de l’intelligence artificielle réside dans la capa- cité à former les compétences nécessaires à son appropriation. Autrement dit, la bataille de l’IA est avant tout une bataille du capital humain. Dans ce domaine, les indicateurs invitent à la prudence. Malgré un effort budgétaire significa- tif, représentant près de 6% du PIB, le système éducatif maro- cain reste confronté à des défis structurels : hétérogénéité des acquis, inégalités territoriales et sociales, et déficit en compé- tences analytiques. La fracture numérique constitue un autre frein majeur, limitant la diffu- sion des usages technologiques avancés. Plus encore, l’intégration de l’intelligence artificielle dans les pratiques pédagogiques demeure marginale. À titre illus- tratif, seule une minorité d’ensei- gnants déclare recourir à ces outils, témoignant d’un décalage entre les ambitions stratégiques
Maroc IA : Repères clés pour situer le positionnement du Royaume • 1,2 milliard de dollars Projet Nexus AI Factory visant à doter le Maroc d’une infrastructure de calcul avancée, avec un appui technologique de Nvidia. • 13 verticales stratégiques Une approche transversale couvrant des secteurs clés : santé, agriculture, administration, sécurité, éducation, industrie, culture. • 8 conventions structurantes signées Partenariats nationaux et internationaux pour accélérer le déploiement de l’IA (éducation, énergie, financement, coopération internationale). • 30 startups mobilisées Présentes lors des Assises, illustrant l’émergence d’un écosystème entrepreneurial en intelligence artificielle. • 1 pôle académique de référence L’Université Mohammed VI Polytechnique avec son initiative AI Movement, au cœur de la recherche et de la formation. • 1 futur hub territorial dédié à l’IA Projet d’Institut Al-Jazari à Nador pour structurer recherche, innovation et formation à l’échelle régio- nale. • Une stratégie orientée usages Déploiement de l’IA dans la santé (imagerie, flux hospitaliers), l’administration (ex : Wati9a.ma), l’agri- culture et l’inclusion rurale. • Une logique de coopération internationale affirmée Accords avec le PNUD, la DCO et plusieurs institutions pour renforcer financement, expertise et inté- gration régionale. • Un positionnement africain en construction Ambition de devenir un hub régional de l’IA à l’interface entre Afrique, Europe et monde arabe.
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