L'UNIVERS DES TPME
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 23 AVRIL 2026
satellite, drone, hyperspectral, vocal multilingue et agronomie, que nous exposons aux institu- tions et aux développeurs, avec des agents qui rendent cette intelligence accessible à tous. Dans cette architecture, un même socle peut servir un ministère, une banque, une agritech ou un agriculteur, avec une intelligence agronomique de niveau expert. F. N. H. : Vous avez récem- ment noué un partenariat avec la startup tunisienne Ezzayra. Que va concrè- tement apporter cette collaboration et quelles synergies envisagez-vous à l’échelle régionale ? E. M. A. : Ezzayra est depuis 2016 le leader tunisien du farm ERP, avec une expertise recon- nue sur l’irrigation de précision, la gestion des intrants et la traçabilité, ainsi qu’une base de clients majeurs dans la tomate, l’olive et la datte. Leur plate- forme AgriManager est très bien installée sur le marché tunisien, ce qui en faisait un partenaire naturel pour nous. Le déploiement initial cible un groupe agricole tunisien majeur exploitant 43 fermes, ainsi qu’un agro-transformateur orienté export. À l’échelle maghrébine, la mutualisation des données permettra à terme de poser les bases d’un système d’alerte précoce régional, piloté depuis la région. F. N. H. : Vous êtes éga- lement présents au SIAM. En quoi ce rendez-vous est-il stratégique pour DeepLeaf, notamment en matière de visibilité et de développement de parte- nariats ? E. M. A. : Le SIAM reste le plus grand salon agricole d’Afrique, avec plus d’un million de visi- teurs, et constitue un rendez- vous incontournable. C’est l’un des rares espaces où toute la chaîne de valeur agricole maro- caine est réunie, des institu- tions aux agriculteurs. Pour DeepLeaf, il joue trois rôles complémentaires : un moment
tissement, le marché se réo- riente. Ainsi, la vague des appli- cations financées par du VC pur s’essouffle, au profit d’un capital stratégique et institu- tionnel, porté par les fonds cli- mat, les programmes bilatéraux et les institutions multilatérales. Pour un modèle d’infrastruc- ture comme le nôtre, avec des revenus B2B et B2G récurrents, c’est une dynamique favorable. F. N. H. : Quelles sont vos ambitions pour les pro- chaines années et votre vision pour l’avenir de l’agriculture intelligente à l’échelle mondiale ? E. M. A. : Nous pensons notre développement sur trois hori- zons. À dix-huit mois, nous visons plus de 100 cultures cou- vertes et plus de 2.000 anoma- lies détectées, avec une couche satellitaire et drone pleinement opérationnelle, Say.ag comme interface principale en Afrique et au MENA, et l’Europe comme second marché de référence via Agrivi, l’Italie et les Pays-Bas. À trois à cinq ans, nous construi- sons une AGI pour l’agricul- ture, une intelligence agentique multimodale capable de raison- ner de bout en bout. L’objectif est qu’un agriculteur, un agro- nome ou un décideur puisse poser une question à la voix, par image ou vidéo, et obtenir une réponse unifiée mobilisant nos différents modèles, acces- sible dans toutes les langues et à tous les niveaux de littéra- tie, sans passer par des outils séparés. À plus long terme, notre pari est très simple à énoncer. Chaque agriculteur sur terre, quels que soient sa langue, son niveau d’alphabétisation ou sa connec- tivité, devrait avoir accès à une intelligence agronomique équi- valente à celle du meilleur ingé- nieur agronome du monde, à travers les institutions qui le servent. ◆
Lors du Gitex 2026, DeepLeaf a signé un accord avec la société croate Agrivi, plateforme européenne de farm management.
de visibilité institutionnelle pour consolider les partenariats, un canal direct de feedback terrain grâce aux échanges avec les utilisateurs, et enfin un rendez- vous de souveraineté, affirmant qu’une infrastructure d’intelli- gence agricole mondiale peut être bâtie depuis le Maroc pour l’Afrique, puis exportée vers l’Europe et au-delà. F. N. H. : Quelles sont les principales innovations ou améliorations récentes que vous avez introduites dans votre plateforme pour renforcer sa perfor- mance et son impact sur le terrain ? E. M. A. : Nous avons fait abou- tir plusieurs chantiers impor- tants cette année, dont trois particulièrement structurants. Le premier est Say.AG, notre agronome IA vocal accessible via say.ag, qui permet à l’agri- culteur de parler naturellement en darija, amazigh, français, swahili ou arabe, sans écriture. Pour des millions d’agriculteurs semi-alphabétisés, c’est une interface réellement utilisable au quotidien, appuyée par des modèles vocaux encore peu présents dans l’IA commerciale. Le deuxième est notre couche de surveillance satellitaire, capable de détecter des ano- malies avant même l’appari- tion des symptômes visibles, avec une évaluation du risque à l’échelle de la parcelle intégrant
météo, humidité du sol et topo- graphie. Le troisième est la structuration de la plateforme en cinq lignes produits complémentaires, à savoir Say.ag, Farm IO, Flow IO, Signal IO et Developers IO, toutes bâties sur le même socle de modèles fondationnels. F. N. H. : DeepLeaf évolue aujourd’hui au cœur d’un écosystème agritech en pleine structuration. Quel rôle ambitionnez-vous d’y jouer et comment analy- sez-vous les dynamiques actuelles d’investisse- ment ? E. M. A. : Notre positionne- ment est affirmé, nous sommes une entreprise d’IA fondation- nelle pour l’agriculture. Nous construisons des modèles en vision, satellite, drone, hypers- pectral, vocal multilingue et agronomie, utilisés par star- tups, banques, assureurs, gou- vernements et coopératives pour développer leurs propres solutions. En parallèle, nous développons des agents mul- timodaux qui rendent cette intelligence accessible à tous, même sans compétence numé- rique. Sur les dynamiques d’inves-
Nous sommes une infrastructure vendue en B2B et B2G. Ce modèle nous a permis de croître rapidement sans brûler de cash en acquisition utilisateur.
AVEC LA PARTICIPATION DE TAMWILCOM
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