ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 25 JUIN 2026
Croissance Derrière les 5,2%, les fragilités demeurent Portée par une campagne agricole exceptionnelle, la croissance marocaine devrait atteindre 5,2% en 2026. Une performance encourageante qui masque toutefois deux réalités persistantes : la forte sensibilité de l'économie aux aléas climatiques et son incapacité à créer suffisamment d'emplois pour faire reculer durablement le chômage. Par D. William
niveau national et 45,3% chez les jeunes. Autrement dit, même lorsque l’économie croît à près de 5%, une partie importante de la population active demeure exclue du marché du travail ou n’y trouve que des opportunités précaires. Ce diagnostic n’est pas nou- veau. Dans un entretien accordé à Finances News Hebdo, l’écono- miste Lahcen El Amli parlait déjà d’un «chômage massif et structu- rel». Selon lui, la croissance éco- nomique peine à se transformer en emplois durables en raison notam- ment de la faible intégration locale de certaines filières, de l’insuffi- sance du tissu productif national, de la vulnérabilité des TPME et de l’inadéquation persistante entre la formation et les besoins du marché du travail. En clair, une croissance tirée par une bonne pluviométrie amé- liore les statistiques macroéco- nomiques, mais elle ne modifie pas en profondeur la structure du marché du travail. Une croissance portée par des secteurs à forte intensité capitalistique crée de la valeur, mais pas nécessairement des emplois en nombre suffisant. Une croissance alimentée par les grands projets d’infrastructures sti- mule l’activité, mais génère sou- vent des postes temporaires qui disparaissent une fois les chantiers achevés. C’est là que réside le véritable défi du modèle économique marocain. Aujourd’hui, le Royaume a besoin d’une croissance capable d’absor- ber les centaines de milliers de jeunes qui arrivent chaque année sur le marché du travail. Une crois- sance capable de soutenir l’entre- preneuriat, de renforcer les PME, d’améliorer la productivité et de créer davantage de valeur locale- ment. Autrement dit, l’enjeu consiste à faire émerger une croissance moins dépendante des aléas climatiques et davantage fondée sur l’innova- tion, l’investissement productif, la montée en gamme industrielle et le développement d’un secteur privé créateur d’emplois. Une croissance capable d’offrir des perspectives à la jeunesse, de réduire les inégali- tés et d’améliorer durablement les conditions de vie des citoyens. ◆
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es chiffres ont tout pour séduire. Une croissance de 5,2% en 2026 après 4,9% en 2025. Une inflation maîtrisée. Un taux directeur main- tenu à 2,25%. L’économie maro- caine semble retrouver des cou- leurs. Pour autant, cette croissance doit davantage à une excellente campagne agricole qu'à une trans- formation profonde de l'écono- mie, et elle reste insuffisante pour résorber le chômage qui touche encore des centaines de milliers de Marocains. En effet, selon les projections de Bank Al-Maghrib, la valeur ajou- tée agricole devrait bondir de 16% cette année grâce à une récolte céréalière estimée à 90 millions de quintaux. Cette performance exceptionnelle constitue le princi- pal moteur de la croissance atten- due en 2026. Mais le plus révéla- teur est ailleurs : dès 2027, sous l’hypothèse d’un retour à une cam- pagne agricole moyenne, la valeur ajoutée agricole reculerait de 7,6%
et la croissance tomberait à 3,1%. En une seule année, plus de deux points de croissance s’évapore- raient essentiellement en raison d’un effet de base agricole. Cette volatilité rappelle que malgré les avancées enregistrées dans l’indus- trie, les services et les infrastruc- tures, le cycle économique maro- cain demeure encore fortement influencé par les performances du secteur primaire. Autrement dit, une bonne pluviométrie continue de produire davantage d’effets sur la croissance que nombre de réformes structurelles pourtant engagées depuis plusieurs années. Cette situation pose une question fondamentale : après plus de deux décennies de diversification écono- mique, comment expliquer qu’une bonne ou une mauvaise campagne céréalière continue d’exercer une telle influence sur les performances macroéconomiques du pays ? Certes, le Maroc a considérable- ment renforcé son tissu industriel.
L’automobile, l’aéronautique, les phosphates, les services, le tou- risme ou encore les énergies renou- velables constituent désormais des piliers importants de l’économie nationale. Les activités non agri- coles devraient d’ailleurs progres- ser de 4,2% en moyenne en 2026 et 2027. Mais cette dynamique reste insuffisante pour neutraliser tota- lement les variations du secteur agricole. Cette situation ne signifie pas que les politiques de diversification ont échoué. Elle montre plutôt qu’elles n’ont pas encore atteint une masse critique suffisante pour faire de la croissance non agricole le princi- pal amortisseur des chocs clima- tiques. Les secteurs exportateurs progressent, les investissements se multiplient et les infrastructures se modernisent, mais leur poids dans la création de richesse reste encore insuffisant pour compenser les fluctuations d’un secteur agri- cole qui représente directement ou indirectement une part importante de l’activité économique nationale. L’emploi en berne Le constat est d’autant plus préoc- cupant que cette croissance peine toujours à produire suffisamment d’emplois. Selon les dernières données du haut-commissariat au Plan (HCP), le taux de chômage strict s’éta- blit à 10,8% au premier trimestre 2026. Il atteint 16,1% chez les femmes et 29,2% chez les jeunes âgés de 15 à 24 ans. Plus inquié- tant encore, le taux composite de sous-utilisation de la main- d’œuvre, qui intègre le chômage, le sous-emploi et les personnes découragées, atteint 22,5% au
Selon les dernières données du haut-commissariat au Plan, le taux de chômage strict s’établit à 10,8% au premier trimestre 2026.
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