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ECONOMIE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 25 JUIN 2026

Chômage des jeunes La face cachée de la performance économique A À l'heure où le Maroc accélère sa transformation économique et multiplie les projets structu- rants, une réalité continue de résister aux indicateurs de performance : la difficulté des jeunes à trouver leur place sur le marché du travail. Entre inadéquation des compétences, faiblesse de la création d'emplois et limites des politiques d'insertion, le chômage des nouvelles générations met en lumière l'un des principaux paradoxes du modèle de développement national. Par M. A. L.

vail. Cette situation met en lumière un décalage qui ne relève pas uni- quement du niveau de qualification, mais aussi de l'adéquation entre les compétences acquises et celles recherchées par les entreprises. Alors que l'économie marocaine évolue vers des secteurs plus tech- niques et à plus forte valeur ajou- tée, les besoins portent de plus en plus sur des profils spécialisés, capables d'être rapidement opéra- tionnels. À cette inadéquation s'ajoute une autre difficulté : celle de la pre- mière expérience professionnelle. Faute de stages suffisamment qua- lifiants ou de passerelles efficaces entre le monde de la formation et celui de l'entreprise, de nombreux jeunes se retrouvent confrontés à une exigence paradoxale. Les entreprises recherchent des can- didats immédiatement productifs, tandis que les primo-demandeurs d'emploi peinent à acquérir l'expé- rience qui leur permettrait précisé- ment de répondre à cette attente. «Le chômage des jeunes diplômés est le plus frappant. D’une part, il s’agit des exigences du mar- ché du travail qui priorise une pre- mière expérience professionnelle allant de 1 à 3 ans, ou au moins un stage professionnel de gestion de 6 mois. D’autre part, la quali- fication des jeunes diplômés est remise en cause. J’ai siégé dans plusieurs commissions de recrute- ment, malheureusement les jeunes lauréats ne sont pas bien prépa- rés au monde professionnel, et ils souffrent de plusieurs blocages lors des premiers entretiens (faibles soft skills, argumentation non convain- cante, réponses non précises…)», explique Youssef Guerraoui Filali, président du Centre marocain pour la gouvernance et le mana- gement (CMGM). Le problème ne réside donc pas uniquement dans le nombre d'emplois disponibles, mais également dans la capacité du système de formation et des entreprises à mieux articuler les compétences produites avec les besoins réels du marché du travail. Une économie qui crée de la richesse mais pas assez d'emploi s Au-delà de la question de la for-

lors que le Maroc poursuit sa trans- formation économique à travers de grands projets d'infrastructures, une industrialisation croissante et des investissements de plus en plus importants, le chômage des jeunes demeure à des niveaux pré- occupants. Plus encore, les indi- cateurs de sous-utilisation de la main-d'œuvre révèlent qu'une part considérable des nouvelles géné- rations reste en marge du marché du travail ou n'y trouve qu'une insertion partielle. Dès lors, une question s'impose : comment expliquer que la dyna- mique économique du Royaume peine encore à se traduire par une amélioration significative de l'em- ploi des jeunes ? Et le chômage persistant des nouvelles généra- tions ne révèle-t-il pas, au-delà de la conjoncture, certaines limites structurelles du modèle de crois- sance marocain ? Le paradoxe est saisissant. Jamais le Royaume n'a autant investi dans

ses infrastructures, ses zones industrielles ou ses projets stra- tégiques. Pourtant, les jeunes demeurent les plus exposés aux dif- ficultés d'insertion professionnelle. Selon les dernières données du haut-commissariat au Plan (HCP), le taux de chômage des 15-24 ans s'est établi à 37,2% en 2025, contre 36,7% un an auparavant. À titre de comparaison, le taux de chômage national ressort à 13%. Autrement dit, plus d'un jeune actif sur trois est sans emploi. Mais le chômage ne reflète qu'une partie de la réalité. Une proportion importante des jeunes demeure en dehors du marché du travail, qu'il s'agisse de personnes pour- suivant leurs études, en formation ou ayant renoncé à rechercher un emploi. Cette faible participation à la vie économique témoigne des difficultés persistantes d'insertion auxquelles se heurte une partie de la jeunesse marocaine. Cette situation s'inscrit dans un

contexte où le marché du travail peine à absorber l'afflux annuel de nouveaux entrants. Malgré les créations d'emplois enregistrées dans certains secteurs, notam- ment les services et certaines branches industrielles, elles restent insuffisantes pour répondre à la demande. Plus révélateur encore, le HCP attire désormais l'attention sur la notion de «sous-utilisation de la main-d'œuvre», un indica- teur plus large que le chômage classique. Celui-ci intègre non seu- lement les chômeurs, mais aussi les personnes découragées ayant cessé leurs recherches ainsi que celles travaillant moins qu'elles ne le souhaiteraient. Au premier trimestre 2026, la sous- utilisation de la main-d'œuvre tou- chait 45,3% des 15-24 ans. Cet indicateur révèle ainsi qu'au-delà des chômeurs recensés, près d'un jeune sur deux demeure confronté à des difficultés d'insertion sur le marché du travail. Le grand fossé entre formation et besoins des entreprises L'une des contradictions les plus frappantes du marché du travail marocain réside dans la coexis- tence de deux réalités manifeste- ment incompatibles : un chômage élevé chez les jeunes et des dif- ficultés de recrutement signalées par de nombreuses entreprises. Dans l'industrie, la logistique, les métiers du numérique ou encore les énergies renouvelables, les employeurs peinent à trouver cer- tains profils techniques. À l'inverse, de nombreux diplômés, notamment issus de filières généralistes, ren- contrent des difficultés à s'insérer durablement sur le marché du tra-

 Le taux de chômage des 15-24 ans a atteint 37,2% en 2025, soit près de trois fois le niveau du chômage national établi à 13%.

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