ECONOMIE
27
FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 25 JUIN 2026
depuis les centres de décision alors qu'une partie de l'exper- tise nécessaire à leur réussite se construit déjà sur le terrain ? Le dernier panel de la confé- rence a précisément déplacé le débat vers cette question. Plus qu'une réflexion sur la partici- pation des femmes, les discus- sions ont porté sur la manière dont les institutions peuvent mieux capter, comprendre et intégrer les expériences pro- duites au sein des territoires. Pour Imane Lakchiri, cheffe de Service de la Gestion des connaissances à la direction du Budget (ministère de l'Écono- mie et des Finances) et membre du Centre d'excellence pour la budgétisation sensible au genre, cette évolution constitue l'un des principaux défis des politiques publiques contem- poraines. «Le terrain produit une expertise qu'il faut savoir écouter et intégrer dans les mécanismes de décision» , a-t- elle rappelé. Derrière cette affirmation, se dessine une transforma- tion plus profonde de l'action publique elle-même. Les béné- ficiaires d'un programme ne sont plus seulement considérés comme des destinataires d'in- terventions conçues ailleurs. Ils deviennent également des pro- ducteurs d'informations, d'ex- périences et de connaissances susceptibles d'améliorer la per- tinence des politiques qui leur sont destinées. Cette question de l'effecti- vité des politiques publiques a également été au cœur de l'intervention de Karima Mkika, membre du Conseil écono- mique, social et environnemen- tal (CESE). Si les avancées ins- titutionnelles et normatives réa- lisées au cours des dernières années sont largement recon- nues, leur impact demeure iné- galement perceptible selon les territoires, les profils sociaux
ou les conditions d'accès aux ressources. «Nous disposons aujourd'hui d'un cadre normatif important, mais le défi reste celui de la tra- duction concrète de ces acquis dans la vie quotidienne des femmes» , a-t-elle observé. Une remarque qui renvoie à une problématique récurrente des politiques de développement : celle de l'écart entre l'ambition des dispositifs et leur appro- priation effective par les popu- lations concernées. Pour Omayma Achour, membre du réseau Forum des femmes marocaines et pro- fesseure universitaire, cette réflexion impose également de revoir le regard porté sur les femmes rurales elles-mêmes. Longtemps appréhendées sous l'angle de leurs vulnérabilités, elles apparaissent aujourd'hui comme des actrices capables de produire des réponses adaptées aux réalités locales. «Les femmes rurales ne sont pas seulement porteuses de besoins. Elles sont aussi por- teuses de solutions, d'initiatives et d'innovations» , a-t-elle sou- ligné. Avant d'ajouter : «Les besoins existent dans les ter- ritoires, mais les solutions y existent également». Au-delà du programme AFED- FPE, les échanges ont ainsi mis en lumière un enjeu plus large: celui de la circulation des savoirs entre les territoires et les institutions. Car le défi n'est plus seulement de soutenir l'autonomisation économique des femmes, mais de recon- naître la valeur des connais- sances qu'elles produisent et leur capacité à enrichir l'action publique. À travers cette réflexion, la conférence a finalement esquissé une autre défini- tion du développement. Non plus un processus conçu exclusivement d'en haut puis déployé sur le terrain, mais une construction collective où les expériences locales, les ini- tiatives citoyennes et les poli- tiques publiques se nourrissent mutuellement. ◆
Plus de 3.300 femmes et jeunes filles ont été mobilisées dans le cadre du programme AFED-FPE à travers des dispositifs d'épargne, de formation et d'accompagnement entrepreneurial.
projets collectifs, à développer des relations de confiance et à renforcer leur capacité d'orga- nisation. Cette dimension a été large- ment soulignée par les par- tenaires du programme. Pour Catherine Bonneau, directrice de l'AFD au Maroc, l'enjeu dépasse largement la seule question de l'inclusion éco- nomique. «Accompagner les femmes ne relève pas de la solidarité. C'est un investisse- ment durable. Investir dans les femmes est aujourd'hui recon- nu comme l'un des moyens les plus efficaces de lutter contre la pauvreté, de renforcer la cohésion sociale et d'accélé- rer le développement durable», a-t-elle rappelé. Même lecture du côté cana- dien. Sandra McCardell, char- gée d'affaires de l'Ambassade du Canada au Maroc et en Mauritanie, a insisté sur la nécessité de reconnaître les femmes comme des parte- naires à part entière des dyna- miques de développement.
«Les femmes ne doivent pas être seulement bénéficiaires. Elles doivent être partenaires de la conception, de la mise en œuvre et de l'évaluation des politiques qui les concernent », a-t-elle affirmé. À travers ces interventions, une même conviction s'est déga- gée : la véritable portée de l'autonomisation ne réside pas uniquement dans les revenus qu'elle génère, mais dans les capacités collectives qu'elle permet de construire. Réseaux d'entraide, compétences par- tagées, confiance mutuelle et pouvoir d'initiative constituent autant d'actifs immatériels dont les effets dépassent largement le cadre des projets qui les ont fait émerger.
Le long chemin vers la reconnaissance institutionnelle
Au fil des échanges, une interrogation a progressive- ment émergé : les politiques publiques peuvent-elles encore être pensées exclusivement
Les femmes rurales ne sont pas seulement porteuses de besoins. Elles sont aussi porteuses de solutions, d'initiatives et d'innovations.
www.fnh.ma
Made with FlippingBook flipbook maker