ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 30 AVRIL 2026
supportent directement le coût du carburant, contrairement aux détenteurs d’agréments ou aux propriétaires des véhicules. Selon Hifdi, la complexité du sec- teur constitue un frein majeur à la mise en place d’un système équitable. «Juridiquement, l’État ne reconnaît que le détenteur de l’agrément. Pourtant, le secteur regroupe une grande diversité d’acteurs : taxieurs, transporteurs de marchandises, transport tou- ristique ou encore transport inter- national, chacun avec ses spécifi- cités et contraintes» , précise-t-il. À cela s’ajoute une multiplicité de tutelles administratives, rendant toute réforme encore plus difficile à mettre en œuvre. Dans certains pays, les subven- tions sont accordées selon des critères plus précis, comme le nombre de kilomètres parcourus ou le volume d’activité, à l’image du secteur de la pêche où l’aide dépend des captures réalisées. De tels mécanismes permet- traient d’instaurer une forme de mérite et d’équité. Toutefois, leur application au contexte natio- nal reste complexe en raison de l’ampleur du secteur informel. «Il est difficile d’instaurer un sys- tème véritablement équitable dans un secteur marqué par l’in- formel. Une mise à niveau glo- bale s’impose», insiste Hifdi. Par ailleurs, plusieurs pro- grammes de renouvellement du parc de transport ont été lancés depuis 2008, mais leurs résul- tats demeurent limités. En cause notamment, les complications liées aux agréments, souvent blo- qués après le décès de leur titu- laire, sans solution administrative claire pour les héritiers. Face à ces défis, une réforme en profondeur apparaît aujourd’hui indispen- sable. «Le secteur du transport souffre de plusieurs années de laisser-aller. Il est temps d’enga- ger une restructuration sérieuse concernant le mode de fonction- nement, d’autant plus que le pays se prépare à accueillir de grands événements comme la Coupe du monde 2030, et ambitionne d’attirer près de 30 millions de touristes à cet horizon» , conclut Hifdi. ◆
Les transporteurs bénéficient d’une aide de 3 dirhams par litre de carburant pour un coût mensuel de près de 648 millions de dirhams.
Secteur du transport Le système de subvention est-il juste et équitable ? P La prédominance du secteur informel complique l’application de mesures de soutien fondées sur des critères objectifs. Au-delà du renouvellement du parc roulant, c’est l’ensemble du fonctionnement du secteur du transport qui nécessite une profonde restructuration. Par C. Jaidani ilier essentiel de l’économie nationale, le transport joue un rôle déterminant dans la distri- bution des marchandises et leur acheminement dans des condi- tions optimales et à des coûts compétitifs. Conscient de cet enjeu, le gouvernement a mis en place, dès la flambée des prix du pétrole liée à la guerre en Ukraine, un mécanisme de subventions destiné aux trans- porteurs routiers, qu’il s’agisse du transport de marchandises ou de personnes. Cette initia-
tive a été relancée en avril 2026 dans un contexte marqué par de nouvelles tensions géopoli- tiques, notamment la guerre dans le Golfe et les frictions entre les États-Unis et l’Iran. Le montant de cette aide a été revu à la hausse pour atteindre 648 millions de dirhams par mois, soit près de 8 milliards de dirhams par an. L’objectif affi- ché est de contenir la hausse des prix à la consommation et de préserver le pouvoir d’achat des citoyens, durement affectés par l’inflation. Environ 180.000 véhicules sont concernés par ce dispositif. Toutefois, malgré ces efforts, le système fait l’objet de nombreuses critiques de la part des professionnels du secteur.
Pour Abdelilah Hifdi, président de la Confédération nationale du transport (CNT), le disposi- tif actuel manque d’équité. «La subvention ne couvre qu’une partie de la hausse des prix du gasoil, même si elle vise à soute- nir les professionnels en période difficile. Or, pour certains trans- porteurs, le carburant repré- sente plus de 60% des charges variables », explique-t-il. Chaque augmentation du prix à la pompe a donc un impact direct sur leurs revenus et leur trésorerie. Plusieurs opérateurs dénoncent également l’exclusion de cer- taines catégories, notamment les chauffeurs de taxi. Ces der- niers estiment être lésés, dans la mesure où ce sont eux qui
Dans certains pays, les subventions sont accordées selon des critères plus précis, comme le nombre de kilomètres parcourus ou le volume d’activité.
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