FNH N° 1091

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SANTÉ

FINANCES NEWS HEBDO

JEUDI 12 JANVIER 2023

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tant, le plus souvent une chirurgie répara- trice d’harmonie s’avère nécessaire. Elle ne doit être réalisée que 18 mois minimum après. Par contre, les patients qui ont une obé- sité viscérale, plus à l’intérieur qu’à l’exté- rieur, peuvent après amaigrissement en être dispensés. F.N.H. : La chirurgie gastrique de l'obésité est une chirurgie lourde. Comment le patient doit-il se pré- parer à cette intervention et quels risques peuvent en surgir ? Dr R. A. : Effectivement, la chirurgie baria- trique est une chirurgie lourde, puisque c’est une chirurgie du tube digestif (sec- tion /court-circuit). Elle ne s’improvise pas ! Elle doit être préparée par une équipe plu- ridisciplinaire, une évaluation rigoureuse des bénéfices-risques s’impose. Il faut faire un bilan sanguin complet, un examen du cœur, des poumons et des radiogra- phies. En termes de bilan, l’anesthésiste devra valider ou non l’intervention. A ce sujet, le fumeur devra arrêter de fumer au moins 15 jours avant la chirurgie. Bien entendu, avant tout, pour que le patient soit éligible, un examen psychologique est obligatoire, de même qu’un examen diététique détaillé. Il est évident que les différents comportements alimentaires (boulimie – hyperphagie – Sweet eating «addiction au sucre») vont influencer le choix de la technique chirurgicale. En termes de complications, le risque de mortalité est très faible (<0,2%); les complications infectieuses telles que les abcès ou les hémorragies sont elles aussi devenues rares avec l’expertise du chirur- gien (<1%). F.N.H. : Comment s’effectue la gestion des complications ? Dr R. A. : Les complications majeures en chirurgie bariatrique sont les fistules, qui signifient un lâchage d’agrafes. Leur traitement est codifié aujourd’hui soit par cœlioscopie, soit par fibroscopie. Leur prévention est basée sur l’arrêt préopé- ratoire du tabac, l’équilibre du diabète, le traitement de l’apnée du sommeil avant chirurgie et le régime liquide post-opéra- toire de trente jours. F.N.H. : La chirurgie baria- trique a un coût. Comment la prise en charge chirurgicale du patient s’effectue-t-elle ? Dr R. A. : Je confirme : la chirurgie baria-

Les différents com- portements alimen- taires (boulimie, hyperphagie et addic- tion au sucre) vont influencer le choix de la technique chirur- gicale.

F.N.H. : D'après votre riche expé- rience, où se situe le Maroc en termes d’obésité ? Dr R. A. : Le Royaume rentre dans les statistiques mondiales de l’obé- sité. Cela tourne autour de 17%. Il est vrai que l’obésité est un vrai fléau au Maroc. Les données du ministère de la Santé le confirment. Elles révèlent que 20% des Marocains sont obèses. Soit un Marocain sur 5 serait en surpoids. D’après les statistiques les plus récentes rapportées par l’enquête nationale sur les facteurs de risque communs des maladies non transmissibles, l’obésité a été détectée chez 29% des femmes, soit pratiquement trois fois plus que les hommes qui pointent à 11%. On retient que l’obésité progresse plus rapide- ment en milieu urbain que rural avec respectivement 22,8% et 14,9%. Pour combattre ce fléau sociétal, il faut pas- ser de la réflexion à l’action. Une bonne hygiène de vie s’impose, avec une ali- mentation diversifiée et équilibrée. Il faut penser à réduire sa consom- mation de graisses saturées et prati- quer une activité sportive régulière. La démarche doit être également person- nelle quand la personne est en mal-être. Il est impératif de consulter un méde- cin spécialiste pour l’aider dans cette démarche progressivement. Il ne faut pas oublier que l’obésité est en premier lieu un problème de santé et il faut absolument se prendre en main pour se sentir bien et être en harmonie avec son corps. ◆

trique a un coût élevé dû à l’utilisation de matériel high tech non réutilisable (agra- fage-énergie). Dans de nombreux pays, il y a une prise en charge partielle de l’obé- sité. Au Maroc, ce n’est pas encore le cas. La sleeve démarre à 50.000 dirhams et le bypass à 80.000 dirhams. F.N.H. : Vous êtes un pionnier de la chirurgie bariatrique au Maroc. Avec plus de 22 ans de pra- tique, quel bilan en faites-vous aujourd’hui ? Dr R. A. : Après plus de vingt-deux ans de chirurgie bariatrique, je constate que la vie des obèses change totalement avec la perte de poids. Ils ont une meilleure appréciation de soi sur le miroir, beau- coup moins de comorbidités telles que le diabète, l’hypertension, l’arthrose ou encore les ronflements nocturnes, et j’en passe. Par contre, la chirurgie bariatrique n’est pas un miracle, car elle s’adresse à un organe cible qu’est l’estomac et non au cerveau qui, lui, sélectionne la qualité de l’aliment à volume égal, et qui décide ou non d’une activité physique. F.N.H. : Vous avez à votre actif des interventions bariatriques à succès, au cours des 20 dernières années. Quelles en ont été les retombées ? Dr R. A. : Le succès de la chirurgie bariatrique réside dans la perte de poids durable. De par ce succès, la consultation pour obésité est devenue beaucoup plus fréquente et sans tabou.

La chirurgie bariatrique

a un coût élevé dû à

l’utilisation de matériel high tech non réutilisable.

La sleeve démarre à 50.000 dirhams et le bypass à 80.000 dirhams.

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