Finances News Hebdo 1239

ECONOMIE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 18 JUIN 2026

Nouveau modèle de développement «Le gouvernement a privilégié une logique de gestion des urgences plutôt qu'une réforme profonde»

F. N. H. : Les stratégies sectorielles comme le Plan Maroc Vert ont-elles donné l'effet escompté ? Faut-il les revoir ? A. Gh. : Le Plan Maroc Vert, lancé en 2008, constitue sans doute l’exemple le plus révélateur des forces et des limites du modèle de croissance marocain. Son bilan économique est largement positif : le PIB agricole a progressé de près de 60% par rapport à son niveau de départ pour atteindre environ 125 milliards de dirhams, tandis que les exportations agri- coles ont été multipliées par 2,4. Les investissements privés géné- rés ont dépassé 63 milliards de dirhams, contribuant à la moder- nisation de plusieurs filières à forte valeur ajoutée, notamment les fruits rouges, les agrumes et les cultures d’exportation. Cependant, ces performances ont révélé plusieurs limites struc- turelles. Malgré la création esti- mée entre 250.000 et 300.000 emplois agricoles équivalents, l’impact sur l’emploi rural est resté inférieur aux attentes, au regard du poids du secteur dans l’économie nationale. Les béné- fices du plan se sont concen- trés dans certaines filières expor- tatrices et dans les régions les mieux dotées en infrastructures et en ressources hydriques, laissant persister d’importantes disparités territoriales. La question de la durabilité envi- ronnementale s’est également imposée comme l’une des prin- cipales faiblesses du modèle. Certes, la superficie équipée en irrigation goutte-à-goutte est passée d’environ 160.000 hec- tares à près de 585.000 hec- tares, permettant une économie estimée à 2 milliards de mètres cubes d’eau. Néanmoins, la prio- rité accordée à certaines cultures intensives a accentué la pression sur les nappes phréatiques et les ressources hydriques, dans un

Cinq ans après le lancement du Nouveau modèle de développement (NMD), le bilan apparaît mitigé. Si plusieurs réformes structurantes ont été engagées, les résultats restent en deçà des ambitions initiales, notamment en matière de croissance, d’emploi et de réduction d es inégalités. Dans cet entretien, Ali Ghanbouri, président du Centre de la prospection économique et sociale (CPES), analyse les avancées, les limites et les ajustements nécessaires pour remettre le Maroc sur la trajectoire de transformation économique et sociale tracée par le NMD.

Propos recueillis par C. Jaidani

moyen demeure insuffisant pour atteindre cette trajectoire. Le principal échec concerne l'emploi, la qualité de l'éduca- tion, la productivité économique et la réduction des inégalités. Le Maroc continue également de souffrir d'un déficit de transfor- mation structurelle suffisamment rapide pour rejoindre le groupe des économies émergentes per- formantes. F. N. H. : On note un déca- lage entre les projections et les réalisations. Les objec- tifs étaient-ils trop ambi- tieux ou faut-il pointer du doigt la politique gouverne- mentale et la conjoncture ? A. Gh. : La réponse est proba- blement un mélange des trois facteurs, mais avec des respon- sabilités différenciées. D'abord, le NMD a fixé des objec- tifs ambitieux, inspirés des trajec- toires de pays ayant connu des transformations rapides. Viser une croissance supérieure à 6% pen- dant plus d'une décennie impli-

quait des réformes profondes du marché du travail, de l'éducation, de l'administration et de la gou- vernance économique. Ensuite, la conjoncture a été particuliè- rement défavorable : sortie diffi- cile de la pandémie, sécheresses successives, inflation importée, guerre en Ukraine et tensions géopolitiques. Ces facteurs ont incontestablement ralenti l'exécu- tion du modèle. Cependant, il serait excessif d'at- tribuer l'ensemble des retards à la conjoncture. Une part impor- tante du décalage relève éga- lement de la mise en œuvre. Le gouvernement a souvent pri- vilégié une logique de gestion des urgences et des grands pro- grammes sectoriels plutôt qu'une réforme profonde de la produc- tivité, de l'administration et de l'école publique. Le NMD appelait à une véritable transformation des institutions; mais dans les faits, on observe davantage une accu- mulation de programmes qu'une transformation structurelle.

Finances News Hebdo : Quelles sont les principales conclusions de la mise en œuvre du Nouveau modèle de développement (NMD) ? Ali Ghanbouri : Cinq ans après son lancement, le prin- cipal constat est contrasté. Le Nouveau modèle de dévelop- pement a réussi à imposer une vision stratégique de long terme et à replacer le capital humain, l'État social et la transformation productive au cœur du débat public. Plusieurs chantiers ont été engagés, notamment la généra- lisation de la protection sociale, les investissements industriels, les énergies renouvelables et les infrastructures. Toutefois, les résultats sont en deçà des ambi- tions affichées. L'objectif central du NMD était de porter la croissance à plus de 6% par an à l'horizon 2035 afin de doubler pratiquement le revenu par habitant et créer mas- sivement des emplois. Or, malgré le rebond observé après la crise sanitaire, le rythme de croissance

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