ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 18 JUIN 2026
contexte marqué par des séche- resses récurrentes et un stress hydrique devenu structurel. Le lancement de la stratégie «Génération Green 2020-2030» constitue d’ailleurs une recon- naissance implicite de ces limites. Cette nouvelle approche place davantage l’élément humain, la résilience climatique et la durabi- lité au cœur des politiques agri- coles. Plus largement, le Maroc est aujourd’hui appelé à dépasser la logique des stratégies secto- rielles cloisonnées pour adopter une vision fondée sur la produc- tivité globale et l’impact social. À l’avenir, toute stratégie publique devrait être évaluée selon trois critères fondamentaux : sa capa- cité à créer des emplois durables, à renforcer la résilience face au changement climatique et à réduire les inégalités territoriales et sociales. F. N. H. : Comment trouver un équilibre entre l'objectif d'État social et une écono- mie performante ? A. Gh. : Le débat est souvent mal posé. L'État social et la per- formance économique ne sont pas contradictoires. Les pays qui affichent les meilleurs niveaux de compétitivité sont souvent ceux qui investissent massivement dans l'éducation, la santé et la protection sociale. Ces dépenses ne constituent pas uniquement un coût pour les finances publiques, mais représentent également un levier essentiel pour renforcer le capital humain, améliorer la pro- ductivité et soutenir la croissance à long terme. Le véritable enjeu est celui du financement. Le Maroc ne peut pas construire un État social durable uniquement à travers les transferts et les aides. Il doit simultanément élargir sa base productive, augmenter la valeur ajoutée industrielle, améliorer la productivité et accroître le taux d'activité. Sans une création suffi- sante de richesse, le financement des politiques sociales risque de devenir de plus en plus difficile à soutenir. Autrement dit, l'État social doit être considéré comme un investissement productif et
L’expérience internationale démontre qu’aucun pays n’a réussi un véritable saut de développement humain sans un système éducatif performant.
non comme une simple dépense budgétaire. Le risque actuel est de voir les dépenses sociales progresser plus vite que la créa- tion de richesse, ce qui pour- rait créer des tensions budgé- taires à moyen terme. L'équilibre recherché passe donc par une articulation intelligente entre pro- tection sociale, compétitivité éco- nomique et création durable de valeur ajoutée. F. N. H. : Tel qu'il est conçu, le NMD peut-il réduire les inégalités sociales et terri- toriales ? A. Gh. : Sur le papier, oui. Le NMD est probablement le document stratégique marocain qui accorde la plus grande place à la question des inégalités territoriales, à la justice sociale et à l'égalité des chances. Il propose une vision ambitieuse visant à garantir un accès plus équitable aux services publics, aux opportunités éco- nomiques et aux infrastructures, quel que soit le territoire de rési- dence. Toutefois, le problème réside moins dans la conception que dans les mécanismes d'exé- cution. Les disparités entre les métropoles et les territoires péri- phériques demeurent impor- tantes. Les investissements conti- nuent à se concentrer fortement sur quelques pôles économiques, notamment l'axe Casablanca- Rabat-Tanger, tandis que cer- taines zones rurales et provinces
enclavées peinent encore à béné- ficier des mêmes opportunités en matière d'emploi, de santé, d'éducation ou d'investissement. Le défi n'est donc plus de défi- nir les priorités, mais de territo- rialiser réellement les politiques publiques, avec davantage de moyens pour les régions et une régionalisation plus effective. Sans réforme profonde de la gou- vernance territoriale, accompa- gnée d'une véritable déconcentra- tion des moyens et des pouvoirs, le risque est que la croissance continue à profiter principalement aux espaces déjà dynamiques, limitant ainsi la capacité du NMD à réduire durablement les inégali- tés sociales et territoriales. F. N. H. : Le Maroc n'arrive pas à améliorer significati- vement son positionnement mondial en développement humain. Que faut-il revoir ? A. Gh. : Le Maroc a franchi pour la première fois le seuil des pays à développement humain élevé, avec un développement humain (DH) supérieur à 0,700. Cette avancée constitue un signal posi- tif, mais elle ne doit pas mas- quer une réalité plus nuancée : le Royaume demeure classé autour de la 120 ème place mondiale et
sa progression dans le classe- ment international reste relative- ment lente. Cette situation montre que les défis du développement humain au Maroc ne sont pas uniquement d’ordre économique. La croissance et l’investissement sont nécessaires, mais ils ne suf- fisent pas à eux seuls à améliorer durablement les conditions de vie et les opportunités offertes aux citoyens. La première priorité concerne l’éducation. L’expérience interna- tionale démontre qu’aucun pays n’a réussi un véritable saut de développement humain sans un système éducatif performant. L’amélioration de la qualité de l’enseignement, la réduction des inégalités scolaires et le renforce- ment des compétences doivent ainsi constituer des objectifs stra- tégiques majeurs. La deuxième et la troisième prio- rités portent respectivement sur la santé et la gouvernance de la dépense publique. Malgré les pro- grès réalisés, des efforts impor- tants restent nécessaires pour améliorer l’accès aux soins, ren- forcer les ressources humaines médicales et réduire les dispa- rités territoriales. Par ailleurs, le rendement social de la dépense publique demeure en deçà des attentes. Comme le souligne le rapport du PNUD, le Maroc conti- nue de faire face à des défis significatifs liés à la pauvreté mul- tidimensionnelle, aux inégalités et à l’égalité des chances. ◆
Le NMD est probablement le document stratégique marocain qui accorde la plus grande place à la question des inégalités territoriales.
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