Finances News Hebdo 1239

ECONOMIE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 18 JUIN 2026

Écosystème d'innovation Benguerir ou le pari d’un Maroc innovant

tion de Benguerir.

F.N.H. : Quels sont concrè- tement les ingrédients ou les piliers nécessaires pour faire émerger un véritable écosystème d’innovation ? Y. L. : J'aurais aimé qu'il existe une recette simple ou un playbook que l'on puisse appliquer partout. Mais la réalité est que beaucoup de pays ont tenté de reproduire les grands écosystèmes, notamment la Silicon Valley, sans succès. Un écosystème d'innovation ne se transplante pas, il s'enracine. Et cet enracinement repose, à mon sens, sur plusieurs piliers. Le premier pilier, selon moi, est la densité et la circulation des talents. L'innovation est avant tout une question de «friction intellec- tuelle». Lorsqu'on réunit dans un même environnement des cher- cheurs, des entrepreneurs, des investisseurs, des ingénieurs et des profils hybrides capables de transformer une découverte scientifique en opportunité écono- mique, quelque chose se produit. Les idées circulent, les connexions se créent et les projets avancent plus vite. C'est cette logique qui a guidé le développement de l'écosystème de Benguerir. À Startgate (cam- pus d'innovation de l'UM6P), par exemple, les entrepreneurs, les investisseurs, les mentors et les programmes d'accompagnement évoluent dans le même bâtiment. À quelques mètres se trouvent les écoles, les étudiants, les labora- toires de recherche, les espaces de prototypage et les structures dédiées à l'industrialisation. Même les espaces de vie ont été pensés dans cette logique. Les entrepre- neurs, les chercheurs et les inves- tisseurs se croisent autour d'un café ou d'un déjeuner. Cela peut sembler anecdotique, mais c'est souvent dans ces échanges infor- mels que naissent les meilleures collaborations. Le deuxième pilier est l'existence de problèmes réels à résoudre. Un écosystème ne peut pas innover dans le vide. En Afrique comme au Maroc, nous faisons face à des défis majeurs en matière de sécurité alimentaire, de stress

L'innovation ne se résume plus à une affaire de laboratoires ou de technologies. Elle est devenue un marqueur de souveraineté, un moteur de création de valeur et un vecteur de rayonnement. À travers le prisme de Benguerir, Yassine Laghzioui, CEO d'UM6P Ventures et de Phosphates Valley Technology, esquisse les contours d'un Maroc qui ambitionne de transformer la connaissance en puissance économique et de prendre sa place dans la nouvelle géographie mondiale du savoir.

Propos recueillis par M. A. L.

incarnations du nouveau modèle de développement du Royaume, fondé sur le savoir, l'innovation et la création de valeur. À mon sens, cette vision repose sur une rupture avec les modèles traditionnels de technopoles. Pendant longtemps, on a cru qu'il suffisait de réunir dans un même espace des bâtiments modernes, des laboratoires et quelques incu- bateurs pour décréter l'innova- tion. Or, l'expérience internatio- nale a montré les limites de cette approche. Une technopole peut créer de la proximité, mais elle ne génère pas nécessairement la dynamique économique qui permet à des entreprises de croître, de se finan- cer et de s'imposer sur les mar- chés internationaux. L'ambition de Benguerir est donc différente. Il ne s'agit pas simple- ment de développer de l'immo- bilier technologique ou un parc d'activités innovantes. L'enjeu est de construire ce que j'appelle une «machine de conversion» : un écosystème à même de transfor-

mer une découverte scientifique, une innovation technologique ou même une innovation de modèle économique en un actif écono- mique tangible. Concrètement, cela signifie être capable de trans- former une idée en prototype, un prototype en entreprise, puis une entreprise en acteur exportateur qui peut se confronter à la concur- rence mondiale. Ici, les indicateurs de réussite ne sont donc pas uniquement le nombre de bâtiments ou de structures créées. Les vraies questions sont ailleurs : une thèse a-t-elle donné naissance à un prototype industriel ? Une startup a-t-elle réussi à attirer des investisseurs ? Un entrepreneur peut-il venir à Benguerir, recruter des talents de classe mondiale et développer une activité tournée vers l'international ? C'est cette capacité à exécuter, à transformer la connaissance en valeur économique et à créer des entreprises capables de rivaliser à l'échelle mondiale qui consti- tue, selon moi, la véritable ambi-

Finances News Hebdo : Benguerir s'est progres- sivement imposée comme un écosystème dédié à la recherche, à l'innovation et à l'entrepreneuriat. Quelle est la vision de long terme qui sous-tend ce dévelop- pement et quelle place la ville ambitionne-t-elle d'oc- cuper dans l'économie de la connaissance ? Yassine Laghzioui : Je tiens d'abord à préciser que je ne pré- tends pas représenter à moi seul la vision de Benguerir. De nom- breux acteurs contribuent depuis plusieurs années à son dévelop- pement économique et à sa trans- formation. Cela dit, ce qui me frappe, c'est l'évolution remarquable de cette ville. Je me souviens qu'il y a une vingtaine d'années, à l'entrée de Benguerir, une pancarte annonçait déjà : «La ville du futur» . À l'époque, cela pouvait sembler ambitieux. Aujourd'hui, cette ambition prend forme et traduit une volonté plus large : faire de Benguerir l'une des

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