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FINANCES NEWS HEBDO

JEUDI 11 JUIN 2026

FOCUS CRISE AU MOYEN-ORIENT

Crise au Moyen-Orient L’Europe, la grande absente

F. N. H. : La crise autour du détroit d'Ormuz a rappelé la dépendance persistante de nombreuses économies aux flux énergétiques du Golfe. L'Europe est-elle aujourd'hui plus vulnérable qu'elle ne le pense aux conséquences d'une dégra- dation durable de la situa- tion régionale ? P. D. J. : Oui, l’Europe demeure vulnérable à une dégradation durable de la situation au Moyen- Orient, même si elle l’est moins que certaines régions du monde, notamment l’Asie. Le Golfe ne fournit pas unique- ment du pétrole. La région exporte également des engrais, des pro- duits dérivés et de nombreuses matières premières essentielles à l’économie mondiale. Une pertur- bation durable de ces flux affecte directement une part importante de la consommation mondiale. La principale force des Européens réside dans la diversification pro- gressive de leurs sources d’ap- provisionnement. Contrairement à certains pays fortement dépen- dants du Golfe, ils disposent aujourd’hui d’alternatives qui leur permettent d’absorber une partie du choc. Cela ne signifie pas pour autant qu’ils sont à l’abri. La hausse des prix de l’énergie se réper- cute immédiatement sur le coût de la vie. Avec des carburants dépassant les deux Euros le litre dans plusieurs pays européens, les conséquences sur le pouvoir d’achat deviennent significatives. À moyen terme, cette situation peut alimenter des tensions sociales et renforcer le méconten- tement des opinions publiques. L’Europe dispose donc d’une cer- taine capacité de résistance, mais celle-ci n’est pas illimitée. Une crise prolongée finirait inévitable-

De l’Ukraine au Moyen-Orient, les crises se succèdent et interrogent la place réelle de l’Europe sur l’échiquier international. Malgré son poids économique et ses intérêts stratégiques dans la région, l’Union européenne peine à s’imposer dans les grandes séquences diplomatiques qui redessinent l’ordre mondial. Peer de Jong, ancien colonel de l’armée française et spécialiste des questions de défense, de sécurité et de géopolitique, analyse les causes de cette marginalisation et les vulnérabilités qu’elle révèle.

Propos recueillis par M. A. L.

négociations. Ceux-ci ont donc été rapidement marginalisés. Cette situation s’explique par le fait que l’Europe n’est pas consi- dérée comme une véritable struc- ture politique. Les grandes puis- sances que sont les États-Unis, la Chine et la Russie privilégient les relations d’État à État et ne traitent pas avec des ensembles supra- nationaux. Le multilatéralisme ne correspond plus à leur vision des relations internationales. L’absence des Européens dans le dossier iranien n’a donc rien d’une nouveauté. La situation a même été aggravée par Donald Trump, qui a engagé les États- Unis dans ce conflit sans consul- ter ni les pays de l’OTAN ni les Européens. Ceux-ci n’ont été associés à aucune décision alors même qu’ils sont directement concernés par les conséquences du conflit, qu’il s’agisse de leurs intérêts énergétiques ou de leurs

accords de défense et de coopé- ration avec les pays du Moyen- Orient. Aujourd’hui, l’Union européenne ne dispose pas d’une véritable voix politique. Des États comme la France, l’Allemagne ou l’Es- pagne peuvent éventuellement être associés à une future négo- ciation. En revanche, l’Union européenne, en tant qu’institu- tion, n’est pas perçue comme un acteur politique de premier plan. Si des discussions devaient s’ou- vrir à court ou moyen terme sur le dossier iranien, certains États pourraient être intégrés au pro- cessus en raison de leur pré- sence diplomatique ou militaire dans la région. La France, notam- ment, dispose d’une marine très présente sur plusieurs théâtres d’opérations. Mais, à ce stade, rien ne permet d’affirmer que les Européens retrouveront une place centrale dans les discussions.

Finances News Hebdo : Alors que Washington, Pékin, Moscou, les monar- chies du Golfe et les acteurs régionaux occupent le devant de la scène, l'Eu- rope donne le sentiment d'être absente des princi- pales négociations. Assiste- t-on à une marginalisation durable de l'Union euro- péenne dans les affaires du Moyen-Orient ? Peer de Jong : Ce qui se passe aujourd’hui n’est finalement qu’un prolongement de ce qui s’est déjà produit sur le dossier ukrai- nien. Les Russes, et surtout les Américains, n’avaient pas sou- haité associer les Européens aux

Les Européens paient aujourd’hui le prix de plusieurs décennies durant lesquelles ils ont largement délégué leur sécurité aux États-Unis.

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