Finances News Hebdo 1238

ECONOMIE

29

FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 11 JUIN 2026

et les chaînes de valeur mondiales, et ce à travers le développement des zones franches ainsi que les zones d’accélération industrielle (ZAE). L’impact le plus visible concerne les exportations. L’automobile est devenue le premier secteur expor- tateur du pays, tandis que l’aéro- nautique s’est imposée comme une filière à forte valeur ajoutée. Cette dynamique a favorisé la diversifi- cation des exportations, réduit la dépendance à certains produits traditionnels et renforcé la compé- titivité du Maroc sur les marchés internationaux. Par conséquent, le transfert et la maîtrise des tech- nologies par le Maroc demeurent aujourd’hui nécessaire pour une véritable industrialisation nationale et le développement de produit 100% baptisé «Made in Morocco». Cependant, ces secteurs ont tout de même attiré d’importants investissements, créé des milliers d’emplois qualifiés et accéléré les transferts de technologies. Avec le développement des énergies renouvelables et de l’industrie des batteries, le Maroc se positionne aujourd’hui sur les métiers indus- triels de demain, consolidant ainsi son ambition de devenir un hub industriel et technologique de pre- mier plan en Afrique. F. N. H. : Malgré cette per- formance industrielle, le chômage demeure élevé, en particulier chez les jeunes. Comment expliquez-vous ce paradoxe entre une mon- tée en puissance industrielle et une création d’emplois encore insuffisante ? Y. G. F. : Ce paradoxe s’explique principalement par le fait que la croissance industrielle n’a pas tou- jours la même intensité en emploi. Les secteurs qui tirent aujourd’hui la performance du Maroc, notam- ment l’automobile, l’aéronautique ou certaines industries de haute technologie, génèrent une forte valeur ajoutée et d’importantes exportations, mais nécessitent relativement moins de main- d’œuvre que les secteurs tradition- nels en raison de l’automatisation et du développement de l’intelli- gence artificielle, en l’occurrence

d’automatisation et de compétiti- vité internationale. Cette évolution est nécessaire pour permettre au Maroc de se positionner durable- ment dans les chaînes de valeur mondiales. Cependant, cette montée en gamme modifie la nature de la demande de travail. Les entre- prises recherchent de plus en plus des profils qualifiés dans les domaines techniques, numé- riques et industriels, tandis que les emplois peu qualifiés progressent à un rythme plus modéré. Il en résulte un décalage entre les com- pétences disponibles sur le mar- ché du travail et les besoins des secteurs les plus dynamiques de l’économie. L’enjeu pour le Maroc n’est donc pas de ralentir la modernisation industrielle, mais de mieux l’ac- compagner. La véritable réussite consistera à transformer les gains de productivité en opportunités

 La prochaine étape de l’industrialisation marocaine passe par une meilleure intégration des TPME et un renforcement du contenu local.

les gains de productivité. Par ailleurs, il existe un décalage entre les compétences recher- chées par les entreprises indus- trielles et celles disponibles sur le marché du travail. Malgré les pro- grès réalisés en matière de forma- tion professionnelle, de nombreux jeunes peinent encore à accéder aux qualifications techniques et numériques exigées par les nou- veaux métiers de l’industrie, ce qui limite leur insertion profession- nelle. L’enjeu pour les prochaines années est donc de transformer la réussite industrielle en une réus- site sociale. Cela passe par un renforcement de la formation et de l’adéquation formation-emploi, une meilleure intégration des PME dans les écosystèmes industriels et le développement d’activités à forte capacité d’absorption de main-d’œuvre. Le défi n’est plus seulement de produire davan- tage, mais de faire en sorte que la croissance industrielle crée plus d’emplois inclusifs et bénéficie à l’ensemble des territoires. F. N. H. : Peut-on considé- rer que le modèle industriel marocain est aujourd’hui davantage tiré par la pro- ductivité, la montée en gamme et l’automatisation que par l’emploi, et quelles en sont les implications sur le marché du travail ? Y. G. F. : En effet, le modèle indus- triel marocain est aujourd’hui porté par la productivité, la montée en

gamme et l’intégration technolo- gique. Les secteurs les plus per- formants, tels que l’automobile, l’aéronautique, le textile, l’élec- tronique ou les futures industries liées aux batteries, reposent sur des standards élevés de qualité,

www.fnh.ma

Made with FlippingBook flipbook maker