ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 11 JUIN 2026
secteurs capables d’absorber une main-d’œuvre plus large. L’enjeu est de faire en sorte que la mon- tée en valeur ajoutée de l’éco- nomie marocaine ne réduise pas les opportunités d’emploi, mais qu’elle permette au contraire une élévation progressive des com- pétences et des revenus de la population active. F. N. H. : Quels indicateurs devraient désormais être privilégiés pour évaluer l’im- pact réel de cette industria- lisation sur la croissance, l’emploi et le niveau de vie des citoyens ? Y. G. F. : La réussite indus- trielle d’un pays ne peut plus être évaluée uniquement à tra- vers les volumes d’exportation ou les investissements réali- sés. Ces indicateurs demeurent importants, mais ils doivent être complétés par des mesures per- mettant d’apprécier les retom- bées réelles de l’industrialisation sur l’économie et la société. La première priorité est d’observer l’évolution de l’emploi industriel, notamment le nombre d’emplois créés, leur qualité, leur stabilité et le niveau des rémunérations associées. Il convient également d’accor- der une attention particulière à la valeur ajoutée industrielle, au taux d’intégration locale et à la contribution de l’industrie au PIB. Plus les entreprises marocaines participent à la chaîne de pro- duction et plus le contenu local est élevé, plus les bénéfices de l’industrialisation restent dans l’économie nationale. L’évolution de la productivité, des dépenses de recherche et développement, ainsi que la part des exportations à moyenne et haute technologie constituent également des indi- cateurs stratégiques de montée en gamme. L’évaluation doit intégrer des indi- cateurs de bien-être économique et social. Le taux de chômage, en particulier celui des jeunes, le revenu moyen des ménages, le pouvoir d’achat, la réduction des disparités territoriales et la progression de la classe moyenne sont des éléments importants. ◆
Avec plus de 140 milliards de DH d’exportations annuelles, l’automobile illustre la profonde transformation industrielle du Maroc.
d’emploi à travers le développe- ment des PME, le renforcement de la formation professionnelle, l’in- novation et l’émergence d’activi- tés industrielles à plus forte inten- sité de main-d’œuvre. De ce fait, le défi des prochaines années sera de concilier compétitivité écono- mique et inclusion sociale afin que la performance industrielle bénéfi- cie pleinement au marché du tra- vail. F. N. H. : Le Maroc s’impose de plus en plus comme une plateforme industrielle inté- grée aux chaînes de valeur mondiales. Le défi réside-t-il désormais dans l’intégration plus forte des TPME locales afin d’augmenter le contenu national et les retombées économiques internes ? Y. G. F. : Après avoir réussi à atti- rer les grands investisseurs inter- nationaux et à intégrer les chaînes de valeur mondiales, le princi- pal défi du Maroc est désormais d'accroître l'intégration des TPME dans les écosystèmes industriels. La véritable mesure du succès industriel ne réside plus seulement dans les volumes d'exportation ou les investissements captés, mais également dans la capaci- té à maximiser la valeur ajoutée créée localement et à diffuser les retombées économiques au sein du tissu productif national. Malgré les progrès réalisés, une
partie importante des intrants, composants et services à forte valeur ajoutée demeure encore importée dans plusieurs filières industrielles. Le renforcement du contenu local permettrait de déve- lopper un réseau plus dense de sous-traitants nationaux, de sti- muler l'innovation, de favoriser l'émergence de champions indus- triels marocains et de créer davan- tage d'emplois durables dans les territoires. La prochaine étape de l'indus- trialisation marocaine doit donc être celle de l'approfondissement industriel. Cela suppose un meil- leur accès des TPME au finance- ment, à la commande industrielle, à l'innovation et à la formation. Plus le taux d'intégration locale sera élevé, plus les effets de l'in- dustrialisation sur la croissance, l'emploi et la souveraineté écono- mique seront importants. F. N. H. : Le modèle industriel marocain est-il aujourd’hui en mesure d’offrir des pers- pectives d’emploi significa- tives aux non-diplômés, ou bien l’évolution vers des activités à plus forte valeur ajoutée tend-elle à accroître les exigences en matière de qualifications ? Y. G. F. : L’industrialisation demeure un puissant levier d’in- clusion économique, mais la nature des emplois qu’elle génère
évolue profondément. Le modèle industriel marocain continue d’of- frir des opportunités aux travail- leurs peu ou moyennement qua- lifiés, notamment dans certaines activités de production, d’assem- blage, de logistique ou de sous- traitance. Cependant, la montée en gamme de l’industrie natio- nale accroît progressivement la demande pour des compétences techniques, numériques et orga- nisationnelles plus avancées. Les nouveaux métiers liés à l’automobile, à l’aéronautique, au textile, aux énergies renou- velables ou aux batteries néces- sitent davantage de qualifications qu’auparavant. Ainsi, le défi n’est pas tant un manque d’emplois industriels qu’une adéquation insuffisante entre les compé- tences disponibles et les besoins des entreprises. Cette réalité risque d’exclure une partie de la population active si l’effort de for- mation et de requalification n’est pas renforcé. La véritable ambition doit être de construire une industrialisation à la fois compétitive et inclusive. Cela implique de développer des passerelles entre l’éducation, la formation professionnelle et l’en- treprise, tout en soutenant les
Le Maroc dispose aujourd’hui de l’une des plateformes industrielles les plus compétitives du continent africain.
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