ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 11 JUIN 2026
lisent, le pays se positionne comme une plateforme vers l’Afrique, mais le conseil capable de sécuriser ces trajectoires reste embryonnaire ». Où investir en Afrique ? Le Nigéria, première économie et premier marché du continent, est l’un des pays où les entreprises marocaines ont le plus à gagner à investir dans la diplomatie d’af- faires. Le pays concentre, à lui seul, «des projets d’ampleur, du gazoduc atlantique reliant Lagos au Maroc, estimé à plus de vingt milliards de dollars et appelé à tra- verser treize pays, aux plateformes d’engrais associant phosphate marocain et gaz nigérian», précise Ali Moutaïb. Dans ce pays, l’envi- ronnement est exigeant et pour y réussir, il faut « une connaissance approfondie des dynamiques locales». Selon le spécialiste, l’Afrique cen- trale représente un deuxième ter- rain à fort potentiel. «La République démocratique du Congo, par sa taille et ses ressources minières, concentre des opportunités majeures dans l’énergie, les infras- tructures et l’agro-industrie, dans un environnement où la qualité des relations institutionnelles fait souvent la différence. Le Congo- Brazzaville, où Attijariwafa bank a accompagné l’extension du port de Pointe-Noire, le Gabon ou le Cameroun relèvent de la même logique» , détaille le président de la Global Governance & Sovereignty Foundation. L’Afrique de l’Est, pour sa part, représente «la frontière la plus prometteuse pour qui investit tôt dans la relation». Le Maroc y dis- pose « d’un capital relationnel plus mince qu’en Afrique de l’Ouest francophone» . Pourtant, l’OCP y a «ouvert la voie avec ses uni- tés d’engrais en Éthiopie et au Rwanda» . Sur ces marchés anglo- phones, aux réseaux différents, «l’antériorité des relations fera la différence». À l’inverse, dans les pays où la pré- sence marocaine est déjà forte, le Sénégal et la Côte d’Ivoire au pre- mier rang, «l’enjeu relève davan- tage de la consolidation que de l’implantation nouvelle », indique Ali Moutaïb. Selon lui, «l’investissement dans
la diplomatie d’affaires rapporte le plus là où le marché est impor- tant, l’environnement exigeant et la position marocaine encore à construire». Mondial 2030 Le programme d’investissement associé à la Coupe du monde et à la mise à niveau du pays approche, selon le FMI, les 190 milliards de dirhams sur la période 2024-2030, soit près de 12% du PIB. Le Grand Stade Hassan II à Benslimane, l’aéroport Mohammed V doté d’un investissement de 25 milliards de dirhams, le prolonge- ment de la ligne à grande vitesse, le programme autoroutier confié à ADM pour environ 12,5 milliards de dirhams représentent à eux seuls des dizaines de milliards. Les multinationales qui vien- dront « disputer ces marchés arrivent avec une fonction d’af- faires publiques et de diplomatie d’affaires éprouvée» . Elles savent «structurer des consortiums, mobi- liser le soutien financier et diplo- matique de leur État d’origine et de ses agences de crédit export, capi- taliser sur l’expérience accumulée lors d’événements comparables », comme le Qatar 2022, et Paris 2024. Ali Moutaïb considère que la compétition « se joue autant sur la qualité technique que sur l’archi- tecture des alliances, les montages de financement et la capacité d’in- fluence». Il ne faut pas nier que les entre- prises marocaines ont de vrais atouts, comme l’avantage du ter- rain, la volonté politique de maxi- miser le contenu local, l’expérience de la CAN 2025, qui a mobilisé plus de trois mille entreprises natio- nales. D’après le fondateur d’Hal- mo Group, le point faible tourne autour de l’organisation. « Faute de fonction de diplomatie d’affaires constituée, elles risquent d’être cantonnées à des rôles de sous- traitance sur les contrats les plus complexes, ceux où se décident le transfert de technologie et le par- tage de la valeur», prévient-il. Mais, s’il est bien conduit, « ce cycle peut doter le pays d’un héritage durable, une capacité de diploma- tie d’affaires constituée, qui servira les entreprises marocaines long- temps après 2030». ◆
brusquement remis en cause» . «Une ETI ne peut pas entretenir une direction des affaires inter- nationales, un réseau d’anciens diplomates et une cellule de risque pays. Elle peut en revanche mobi- liser ces compétences de façon externalisée et ciblée, au moment où elle en a besoin : avant de choisir un partenaire, avant de répondre à un appel d’offres sensible, avant d’engager un investissement dans un pays qu’elle connaît mal» , pré- cise le spécialiste. Dans plusieurs pays dans le monde, la diplomatie d’affaires est un marché mature. Aux États-Unis, par exemple, le métier s’est pro- fessionnalisé autour « de cabinets fondés par d’anciens responsables publics de premier plan et d’une circulation fluide entre l’État et le conseil», mentionne l’animateur du podcast The Strategic Mindset. D’ailleurs, les grandes entreprises américaines disposent «de direc- tions des affaires gouvernemen- tales et d’analyse du risque géo- politique aussi étoffées que leurs directions financières». En France, il y a une tradition d’intelligence économique, pilotée par l’État depuis le rapport Martre de 1994, relayée par un dispositif interministériel, et «par un Quai d’Orsay qui a érigé la diplomatie
Ali Moutaïb, fondateur de Halmo Groupe
économique en priorité, avec une direction dédiée», ajoute-t-il. De son côté, le Royaume-Uni «s’ap- puie sur l’ancienne porosité entre la City, la haute fonction publique et le corps diplomatique», rappelle Ali Moutaïb. Au Maroc, la «fonction existe dans les faits, mais demeure largement informelle», dit le DG de Halmo Group. Et d’ajouter : « les entre- prises marocaines s’internationa-
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