Finances News Hebdo 1238

ECONOMIE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 11 JUIN 2026

F. N. H. : Comment le tissu productif, et notamment la TPE, peut faire face à cette concurrence supplémen- taire ? Kh. D. : La PME marocaine est à 93% familiale et représente tou- jours 98% du tissu économique marocain. Le défi actuel du Maroc est de réussir à étoffer davantage ce tissu économique par l’éclosion de nouveaux champions nationaux pouvant rivaliser sur des marchés d’exportation de plus en plus diffi- ciles à pénétrer (barrières légales et procédurières, douanières et tarifaires, et tickets d’entrée par- fois exorbitants sur certains mar- chés à très forte intensité capi- talistique). La PME familiale a du mal à pérenniser son existence au-delà de la troisième génération de dirigeants, et cela est un phé- nomène global auquel notre pays n’échappe pas. Les PME doivent donc s’adapter ou périr. Le pro- cessus de destruction créatrice n’a jamais été autant d’actualité. Pensé à l’origine par l’économiste autrichien Joseph Schumpeter et remis au goût du jour récemment par le prix Nobel d’économie 2025, le Français Philippe Aghion, ce processus a mué assez profondé- ment depuis les premières théories Schumpétériennes du siècle pré- cédent. Celui-ci avait théorisé par le passé que l’innovation rendait les anciennes technologies obso- lètes et détruisait des emplois, tout en créant de nouveaux secteurs et de nouvelles richesses. Philippe Aghion explique aujourd’hui que la croissance provient de la R&D et des entreprises qui innovent pour déloger les leaders en place. C’est donc dans la consolidation d’entreprises (FUSA : Fusions et acquisitions) que de nombreuses PME et startups technologiques trouvent leur salut, en étant reven- dues aux plus offrants des acqué- reurs, ou en grandissant suffisam- ment de manière endogène pour entrer en Bourse. La transmission d’entreprises familiales n’étant pas toujours réalisable vers des des- cendants en filiation directe ou indirecte, les fondateurs d’entre- prises et leurs successeurs, des- cendants familiaux ou nommés par les Conseils d’administration

 La baisse des droits de douane jusqu’à hauteur de 90% ne peut que libérer le potentiel des échanges commerciaux intra-africains.

de grands groupes non cotés en Bourse doivent absolument réfléchir à la meilleure manière de garantir la soutenabilité de la société et sa durabilité durant les générations à venir. S’agripper bec et ongles à une société familiale qui périclite n’est bien entendu jamais la solution la plus soutenable à moyen et long terme. F. N. H. : Face au déficit commercial grandissant, la ZLECAf, un marché de plus d’1 milliard de consomma- teurs, peut-elle représenter une opportunité à saisir afin d’améliorer la balance com- merciale ? Kh. D. : Repenser l’opportunité de l’intégration économique africaine dans le cadre de la ZLECAF (Zone de libre-échange continentale africaine) serait bien entendu une aubaine pour plus de 50 pays afri- cains, s’ils décidaient enfin de faire fonctionner un véritable bassin de plus de 1,3 milliard de consomma- teurs pour stimuler le commerce intra-africain, surtout si l’on sait que la taille de ce marché devrait presque doubler en l’espace d’une génération (2,5 milliards d’Africains en 2050). Le manque de profon- deur du marché domestique étant un leitmotiv pour un très grand nombre de pays africains, dési- reux de créer des licornes (1 Mrd de $ de CA), la baisse des droits de douane jusqu’à hauteur de 90% ne peut que libérer le poten- tiel des échanges commerciaux intra-africains. Je suis absolument convaincu que le salut de l’Afrique

passera inéluctablement par des stratégies d’alliances bilatérales ou multilatérales au sein d’un continent qui n’a pas encore tiré pleinement profit des dividendes d’une intégration économique, même partiellement réussie. Tous les autres continents ont saisi l’importance de la synergie collec- tive en termes de construction d’un développement économique, social et environnemental. Le pro- tocole d’accord de la ZLECAf est novateur et adapté à la réalité de notre continent. Il oblige les États parties à prendre des mesures pour aider les femmes et les jeunes commer- çants à tirer parti des possibili- tés offertes par la ZLECAf. Ces mesures comprennent l’élimina- tion des barrières tarifaires et non tarifaires et la fourniture d’informa- tions commerciales, de formations et d’autres formes d’assistance technique (notamment en ce qui concerne l’amélioration de la pro- ductivité et de la capacité d’expor- tation). Il favorise l’accès au financement, une contrainte majeure pour les femmes et les jeunes commer- çants transfrontaliers, et les sou- tient dans d’autres domaines spé- cifiques tels que la protection des droits de propriété intellectuelle (par exemple en les aidant à enre-

gistrer leurs inventions en vue de leur protection), la concurrence et le commerce numérique. Il accorde une attention parti- culière aux petits commerçants transfrontaliers en Afrique, qui sont principalement des femmes et des jeunes. Il exige que les États par- ties prennent des mesures pour les soutenir, notamment en sim- plifiant les systèmes d’enregistre- ment et en les aidant à s’intégrer dans le commerce formel. Il met l’accent sur le renforcement de la participation des femmes et des jeunes commerçants à la formulation, à la mise en œuvre et à l’examen des politiques et des programmes commerciaux, y compris leur représentation au sein des comités nationaux de mise en œuvre de la ZLECAf. Il exige enfin que les États parties aient un dialogue permanent avec les femmes et les jeunes com- merçants et leurs associations afin d’améliorer l’environnement commercial en vue d’une mise en œuvre efficace et inclusive de l’Accord portant création de la ZLECAf. Si tous les arguments en faveur de l’application de cet accord de 2021 ne sont pas suffisamment probants aux yeux de nos diri- geants, alors nous risquons d’en payer le prix fort dans l’avenir, en termes de réchauffement clima- tique, de famines, de mouvements démographiques massifs et de pertes en vies humaines que nous devons dès à présent contrer en travaillant à la construction d’une véritable Afrique résiliente, inté- grée et souveraine. ◆

Avec un taux de croissance de 4,9% en 2025, prévu à 5% en 2026, le Royaume est en train de se poser en partenaire économique de plus en plus fiable pour les Etats-Unis et la zone EMEA (Europe, Middle-East and Africa).

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