Finances News Hebdo 1242

ECONOMIE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 16 JUILLET 2026

Habitudes alimentaires Pourquoi le Maroc change de grille de lecture

4. La quatrième est territoriale : comparaison entre régions, villes, campagnes, zones encla- vées, zones touristiques et bassins industriels. L’innovation serait de créer deux indicateurs marocains : l’indice de pauvreté alimentaire extrême et l’indice de pauvreté alimentaire multi- dimensionnelle. F. N. H. : Les disparités régionales peuvent-elles influencer les habitudes alimentaires ? K. H. : Les disparités régionales influencent direc- tement les habitudes alimentaires. L’alimentation dépend de la culture, mais aussi du revenu, du climat, de l’agriculture locale, du transport, des marchés, de l’urbanisation, du tourisme, de l’industrie alimentaire et du secteur informel. Une région agricole peut produire beaucoup, mais avoir des ménages pauvres nutritionnel- lement. Une métropole peut offrir beaucoup de choix, mais favoriser les aliments transformés. Une région enclavée peut subir des prix élevés à cause du transport. Une région touristique peut voir ses prix alimentaires tirés par la demande externe. Une zone industrielle peut développer une alimentation rapide liée au temps de travail. Le Maroc risque de voir émerger des fractures alimentaires territoriales. Non seulement entre riches et pauvres, mais entre territoires connec- tés et enclavés, littoral et intérieur, villes globali- sées et campagnes vulnérables. Le bon usage de la TMCA serait de construire une carte nationale de la qualité nutritionnelle territoriale. F. N. H. : L’apparition du fast-food peut- elle avoir un effet sur les habitudes ali- mentaires des Marocains, particulière- ment les nouvelles générations ? K. H. : On peux dire oui, et l’effet est systémique. Car le fast-food ne change pas seulement le contenu de l’assiette, mais le temps, le goût, la sociabilité, la dépense, le rapport à la cuisine familiale et la norme culturelle du repas. Chez les jeunes, il agit par cinq canaux : prix apparemment accessible, rapidité, livraison numérique, marketing, et pression du temps sco- laire ou professionnel. Le risque est une alimen- tation plus dense en calories, mais plus pauvre en fibres, micronutriments et diversité. Économiquement, le fast-food crée de l’acti- vité, de l’emploi et des chaînes de valeur. Mais il peut aussi générer des coûts cachés : santé publique, fatigue, baisse de concentration, obési- té, diabète, absentéisme et dépenses médicales futures. L’OMS identifie les régimes alimentaires malsains comme un facteur de risque des mala- dies non transmissibles. La vraie question n’est pas d’interdire le fast-food, mais de le trans- former : normes nutritionnelles, transparence, alternatives marocaines saines, innovation dans la restauration rapide locale, réduction du sel/ sucre/gras, et éducation alimentaire. ◆

Grâce au référentiel national sur les habitudes alimentaires élaboré par le haut-commissariat au Plan (HCP) avec l'appui de la FAO, les pouvoirs publics disposent désormais d'un outil inédit pour évaluer non seulement ce que les Marocains consomment, mais aussi la qualité nutritionnelle de leur alimentation. Pour Sami Amine, expert en planification stratégique et conduite du changement, ce référentiel ouvre la voie à des politiques publiques plus ciblées en matière de santé, de pouvoir d'achat, d'éducation et de sécurité alimentaire.

Propos recueillis par C. Jaidani

Finances News Hebdo: Le HCP, en parte- nariat avec la FAO, a lancé un référentiel national sur les habitudes alimentaires des Marocains. Quels sont grosso modo les principaux enseignements tirés de ce document ? Sami Amine : Le premier enseignement est que le Maroc s’est doté d’une infrastructure statis- tique alimentaire nationale. La Table marocaine de composition des aliments (TMCA) documente 1.001 aliments consommés au Maroc, dont plus de 50 recettes, à travers 43 constituants nutrition- nels : énergie, protéines, lipides, glucides, vita- mines, minéraux, fibres et autres composants. Le HCP précise que ce référentiel vise à mieux analyser les habitudes alimentaires et à éclairer les politiques publiques. Le Maroc ne mesure plus seulement combien les ménages dépensent pour manger, mais ce qu’ils reçoivent réellement en valeur nutritionnelle. C’est une rupture écono- mique. Elle permet de passer du panier alimen- taire monétaire au panier alimentaire nutritionnel. Prospectivement, ce référentiel peut devenir la base d’une nouvelle génération de politiques publiques : ciblage des subventions, cantines scolaires, prévention sanitaire, fiscalité nutri- tionnelle, labellisation alimentaire, commande publique saine et stratégie agro-industrielle à haute valeur nutritionnelle. F. N. H. : Dans quelle mesure ce référen- tiel peut-il évaluer les apports nutrition- nels des Marocains ? K. H. : La TMCA peut évaluer les apports nutri- tionnels, mais pas seule. Elle donne la composi- tion des aliments. Pour mesurer les apports réels des Marocains, il faut la croiser avec les enquêtes de consommation, les prix, les revenus, la taille

des ménages, l’âge, le genre, le territoire et les modes de vie. Le référentiel permet de convertir les quantités consommées en calories, protéines, lipides, glucides, fibres, vitamines et minéraux. C’est fondamental pour distinguer trois situa- tions : sous-alimentation, alimentation suffisante en calories mais pauvre en nutriments, et ali- mentation réellement équilibrée. La prospective économique est forte : on peut créer un indice rendement nutritionnel du Dirham, c’est-à-dire combien de protéines, de fibres, de fer ou de calcium un ménage obtient pour chaque Dirham dépensé. C’est là que le pouvoir d’achat devient lisible autrement : non seulement «combien je paie» , mais «quelle qualité de santé j’achète». F. N. H. : Ce référentiel est-il un dispositif intéressant pour la recherche et l’ana- lyse ? K. H. : Oui. C’est un dispositif stratégique pour la recherche. La FAO souligne que les données de composition alimentaire donnent aux experts, décideurs et parties prenantes accès à des don- nées, standards et outils utiles à la nutrition et aux politiques alimentaires. Ce référentiel peut alimenter quatre familles d’analyses : 1. La première est sanitaire : carences, excès, diabète, obésité, maladies cardiovasculaires. L’OMS rappelle qu’une alimentation saine aide à protéger contre la malnutrition et les maladies non transmissibles comme le diabète, les mala- dies cardiaques, les AVC et certains cancers. 2. La deuxième est économique : coût des calories, coût des protéines, coût du fer, coût d’une alimentation saine par région. 3. La troisième est sociale : pauvreté alimentaire cachée, vulnérabilité des enfants, des femmes, des personnes âgées et des ménages précaires.

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