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JEUDI 16 JUILLET 2026

FOCUS

Pénuries de médicaments Quand la rupture de stock met des vies en danger

les pharmaciens ont cessé de lui déli- vrer le médicament. Dans certains cas, le problème «n’est pas forcément lié au Maroc ou à la mauvaise gestion. Le pro- blème est international, multifactoriel et dû essentiellement à une concentration de production de principes actifs» , précise Abderrahim Derraji, docteur en pharmacie et fondateur des sites pharmacie.ma et médicament.ma. Pour pallier les ruptures, les psychiatres tentent de trouver des alternatives. «Après évaluation, nous délivrons un médicament proche ou de la même famille qui existe en pharmacie. Nous ajustons la dose et nous suivons le patient de près», explique la psychiatre Hafsa Abouelfaraj. Pour autant, deux médicaments proches «ne sont pas forcément les mêmes pour tout le monde» , ajoute Abouelfaraj. Comme pour le cas de Khadija, certains médicaments sont très importants pour des patients stables depuis longtemps, et «changer peut causer des problèmes, car certains médicaments ne peuvent être substitués». Rupture de traitement Une rupture de traitement peut être très dangereuse pour un patient en psychia- trie. D’après le Dr. Hafsa Abouelfaraj, l’interruption de traitement peut entrainer une réapparition de l’anxiété, la dépres- sion, des troubles de sommeil, voire une rechute plus importante nécessitant une prise en charge plus renforcée. Cela peut provoquer des aggravations cliniques «parce qu’il y a des dépressifs chroniques et résistants qui sont habitués à un traite- ment, comme par exemple l'antidépres- seur de l'ancienne génération» , déclare le directeur de l’hôpital psychiatrique Arrazi et psychiatre, Dr. Khalid Ouquezza. Dans le cas de la schizophrénie, la rechute peut être plus grave «puisqu’il y a un risque de danger au patient et à autrui, en plus de l’agressivité» , ajoute-t-il. Pour lui, substituer retentit sur la prescription et augmente le taux de rechute. En résumé, le directeur de l’hôpital public explique que «plus de ruptures entraînent plus de rechutes et de résistances de cas psy- chiatriques» . D’ailleurs, ce n'est pas le malade qui arrive à l'hôpital ou chez le psychiatre, c'est souvent la famille qui «le ramène de force parce qu'il est en rechute et agressif». En chiffres, entre 30 à 40% des patients trouvent des difficultés, des ruptures thérapeutiques depuis l’année dernière, affirme Dr. Khalid Ouquezza, d’autant qu’il

Au Maroc, les pénuries de médicaments ne se résument plus à un simple problème d'approvisionnement. Pour certains patients, elles entraînent une rupture de traitement, des rechutes, une aggravation de la maladie, voire, dans les cas les plus dramatiques, la mort. De la psychiatrie à l'oncologie, médecins, pharmaciens et patients alertent sur les conséquences humaines de ces indisponibilités.

Par Z . A.

 En oncologie, la pénurie des médicaments essentiels peut impacter la prise en charge thérapeutique.

I

l s’appelait Brahim et à la mi-juillet, à seulement 32 ans, il perd la vie. Le jeune homme n’arrivait plus à trouver le médica- ment nécessaire pour soigner son hyper- thyroïdie au Maroc. Le natif de Marrakech a succombé à la suite de symptômes liés à l’arrêt du traitement. Ce cas n’est pas unique. Il n’y a pas de chiffres officiels, mais certains malades souffrent de la pénurie des médicaments qui touche le Royaume. D’autres malades ne décèdent pas, mais vivent de grosses difficultés avec les conséquences qui peuvent découler de l’arrêt ou du change- ment soudain de traitement. Khadija, patiente diagnostiquée depuis 2019 du trouble bipolaire, avait réussi à

trouver une stabilité grâce à un traitement. Mais depuis 2024, elle n’arrive plus à trou- ver le Teralithe. Ce régulateur d’humeur qui est la base de son traitement. «C’est le seul qui fonctionne réellement avec ma maladie. Depuis qu’il est introu- vable au Maroc, j’ai beaucoup de difficul- tés. J’alterne entre des phases maniaques et dépressives. C’est difficile à gérer au quotidien, même si je l’ai remplacé par d’autres régulateurs d’humeur, ils ne sont pas efficaces pour moi. J’ai donc perdu ma stabilité» , confie-t-elle. Pendant plusieurs mois, la patiente a pu s'approvisionner en Téralithe auprès de pharmacies françaises et espagnoles. Mais cette possibilité a pris fin lorsque

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