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FINANCES NEWS HEBDO
JEUDI 16 JUILLET 2026
FOCUS
Médicaments «La fabrication locale constitue l'un des principaux socles de la souveraineté pharmaceutique»
les choses. Des chaînes logis- tiques se sont disloquées et les coûts des matières premières, des médicaments à l’état fini, du transport et des assurances ont augmenté, réduisant la rentabilité de nombreuses molécules peu coûteuses, d’où une explosion du nombre de ruptures, surtout à partir de 2023. À ces causes mondiales s’ajoute une cause propre à notre pays et qui est liée à notre système de fixation du prix des médicaments. Un nouveau décret relatif à la fixa- tion des prix des médicaments fabriqués localement ou importés a été mis en place en décembre 2013 et mis en exécution entre avril et juin 2014. Ce système a été orienté uniquement à la baisse des prix et n’a pas tenu compte de la possibilité d’évé- nements mondiaux qui pouvaient au contraire orienter les prix des intrants ou des médicaments à l’état fini à la hausse. En effet, entre avril 2014 et jan- vier 2016, ce sont 69 bulletins officiels avec des listes des prix à la baisse qui ont été publiés. Les baisses de prix ont malheureu- sement touché plus de médica- ments à petits prix que de médi- caments coûteux, d’où les pénu- ries transitoires ou définitives qui ont touché notre pays. F. N. H. : L'oncologie et la psychiatrie sont les deux spécialités les plus tou- chées par les pénuries. Y a-t-il un dénominateur com- mun ? A. B. : Lorsque nous parlons de médicaments oncologiques, cela concerne essentiellement des anticancéreux chimiques utilisés en chimiothérapie et non pas des biomédicaments (médicaments biotechnologiques). Les médica- ments oncologiques constituent une bonne partie des médica- ments à prix relativement bas et qui connaissent de fréquentes pénuries. Ce qui n’est pas le cas des biothérapies coûteuses et donc rentables qui connaissent rarement des pénuries. Concernant les médicaments psychiatriques comme les anti- psychotiques, antidépresseurs,
Les pénuries de médicaments ne sont pas uniquement la conséquence des crises internationales. Au Maroc, elles trouvent aussi leur origine dans un système de fixation des prix qui a fragilisé les molécules les moins rentables et découragé leur production. Abdelmajid Belaïche, analyste des marchés pharmaceutiques et expert en économie des produits de santé, décrypte les causes de cette vulnérabilité et explique comment la réforme du secteur pourrait renforcer la souveraineté pharmaceutique du Royaume.
Propos recueillis par Z . A.
Finances News Hebdo : La pénurie de médicaments essentiels est-elle un phé- nomène récent ou chro- nique ? Abdelmajid Belaïche : La pénu- rie de médicaments essentiels est un phénomène chronique et mondial qui a été aggravé par la pandémie de la Covid-19 et sa suite (2021-2025). L’Europe n’y a pas échappé, et notamment la France qui a connu des pénuries touchant principa- lement les antibiotiques, les anti- cancéreux, les antalgiques, les psychotropes et notamment des molécules aussi basiques que l’amoxicilline ou le paracétamol. Ces dernières étaient et restent largement disponibles au Maroc. Les causes des pénuries mon- diales s'expliquent principale- ment par deux facteurs. Le pre- mier est le vieillissement de la
population mondiale, avec pour conséquence l’augmentation des besoins en médicaments, et notamment sur ceux des mala- dies chroniques qui ont ten- dance à augmenter avec l’âge. L’augmentation des besoins en médicaments a dépassé les capacités de production de cer- taines matières premières ou de certains médicaments à l’état fini. Le 2 ème facteur est la disparition de certains centres de produc- tion de matières premières ou de médicaments, principalement en Asie, au début de la pandémie de la Covid-19 ou juste après. Pour rappel, l’Inde et la Chine produisent 80% des matières premières pharmaceutiques et une proportion très importante de médicaments à l’état fini uti- lisés dans le monde. Ceci est la conséquence de délocalisations des productions occidentales, qui
ont commencé dans les années 70, pour des raisons salariales et pour des réglementations liées à la protection de l’environnement qui étaient moins rigoureuses dans ces 2 pays. Depuis, beaucoup de choses ont changé. Ces deux pays ont déve- loppé un savoir-faire dans la pro- duction des matières premières et des médicaments de qualité, et même dans la fabrication des produits biotechnologiques à tel point qu’on qualifie ces 2 pays de pharmacies du monde. Le problème réside dans le fait que les pénuries sont devenues chroniques au fil des ans, notam- ment pendant la Covid et dans le post-Covid. Elles sont juste- ment aggravées par les concen- trations des productions dans ces 2 pays asiatiques. La guerre russo-ukrainienne, puis celle de la mer Rouge n’ont pas arrangé
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