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FINANCES NEWS HEBDO

JEUDI 16 JUILLET 2026

anxiolytiques et hypnotiques, les pénuries touchent le plus souvent des molécules de 1ère généra- tion, soit les moins coûteuses, et plus rarement celles de nouvelle génération. La fragilité des médicaments chimiques de l’oncologie (cispla- tine, carboplatine, vincristine…) et de ceux de la psychiatrie (halopé- ridol, lithium, clomipramine…) face aux pénuries résulte du fait que ces 2 catégories de médica- ments partagent le même noyau de vulnérabilité industrielle, éco- nomique et thérapeutique. Ces traitements reposent sur des molécules plus anciennes, peu rentables, produites par très peu d’usines dans le monde ne dis- posant pas de véritables alterna- tives thérapeutiques pouvant les remplacer. La fragilité industrielle vient du fait qu’il y a très peu d’usines dans le monde qui les fabriquent faute de rentabilité. Chaque fois qu’un incident industriel survient dans l’une des rares usines qui les produisent, cela génère une pénurie majeure dans le monde faute d’une offre suffisante. Quant à la fragilité économique, elle s’explique par le fait qu’il s’agit de molécules anciennes, peu coûteuses et donc de faible rentabilité, sans compter qu’elles sont de moins en moins pres- crites en raison de budgets mar- keting faibles contrairement aux thérapies les plus coûteuses. Ces molécules considérées à tort comme étant dépassées ne sont plus attractives pour la majorité des industriels dans le monde, d’où la production très concen- trée chez quelques rares produc- teurs mondiaux. 43 molécules anticancéreuses n’ont pas d’alternatives thérapeu- tiques équivalentes et sont tou- jours classées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dans la liste des médicaments essen- tiels. Il en est de même pour les médicaments psychiatriques les plus anciens et les moins coû- teux. Les médicaments génériques constituent l’une des meilleures solutions aux problèmes des pénuries. En effet, ces médica-

 Le cadre réglementaire existant est plus focalisé sur les prix des médicaments que sur leur disponibilité.

ments peu coûteux à efficacité et à sécurité égales permettent d’élargir l’offre thérapeutique sur le marché, d’améliorer l’accessi- bilité des médicaments pour les patients et de réaliser de subs- tantielles économies pour notre système de l’assurance maladie. Peut-on imaginer une pénurie sur l’amoxicilline, le paracétamol, les IPP et autres molécules large- ment génériquées ? La réponse est non. C’est quasiment impos- sible car quand il y a une pénurie qui touche une marque de médi- caments, d’autres marques de même composition prennent le relai comme alternatives théra- peutiques. F. N. H. : Le gouvernement encadre les prix de nom- breux médicaments essen- tiels. Ces prix administrés sont-ils l'une des causes principales des ruptures de stock ? A. B. : Permettez-moi de corriger. Le gouvernement n’encadre pas seulement les prix des médica- ments essentiels. En réalité, il fixe et encadre tous les médicaments, qu’ils soient remboursables ou pas. Qu’ils soient essentiels ou de confort. Seuls les prix des produits cosmétiques, des com- pléments alimentaires et des dis- positifs médicaux ne sont pas encadrés par le ministère de la Santé. Les choses peuvent changer demain avec la publication d’un nouveau décret de fixation des prix des médicaments. Il est pro- bable que seuls les médicaments remboursables soient encadrés,

mais pas les médicaments OTC (médicaments de comptoir ou de conseil et d’automédication). Est- ce que ces prix administrés sont l'une des causes principales des ruptures de stock ? La réponse est en partie oui, car il existe de nombreux déterminants pour les pénuries des médicaments, pour la plupart extérieurs, en rapport avec le contexte géopolitique mondial et le changement de la structure du secteur pharmaceu- tique international après la pan- démie de la Covid. D’ailleurs, le système de fixation des prix des médicaments contri- bue aussi aux pénuries et aux disparitions définitives des médi- caments, et notamment les plus anciens et les moins coûteux. La situation de ces médicaments est fragilisée par les nombreuses baisses successives des prix, qui finissent par rendre ces médica- ments non rentables à fabriquer ou à importer. Le problème ne s’arrête pas là. Le fait aussi que le Maroc ne dispose pas d’un système digitalisé dédié à la prévention des tensions, des ruptures de stock et des pénuries, et au contrôle des stocks straté- giques des médicaments, a large- ment contribué à cette situation. Aujourd’hui, les choses sont en train de changer. La dernière réforme de la loi 17-04 (code de la pharmacie et des médicaments) a introduit, entre autres, des nou-

veautés telles que le contrôle des flux à l’export et à l’import, le suivi du marché pharmaceutique et des stocks de sécurité de médi- caments et le renforcement des inspections. F. N. H. : Pourquoi le Maroc n'a-t-il pas comme beau- coup de pays européens un système d'alerte obligatoire en cas de rupture immi- nente ? A. B. : Oui. Effectivement, le Maroc n’a pas encore de sys- tème d’alerte obligatoire pour les ruptures imminentes de médica- ments, pour la simple et bonne raison que le cadre réglementaire existant n’était pas suffisant ou conforme à ce qui se fait ailleurs, et notamment dans les pays euro- péens. Ce cadre était plus foca- lisé sur les prix des médicaments que sur leur disponibilité. Ce n’est qu’avec la crise sanitaire de la Covid que le souci de la disponibilité des médicaments et produits de santé s’est fait sentir et que le concept de la souverai- neté sanitaire et pharmaceutique s’est imposé. La réforme actuelle de la loi 17-04 est justement venue pour corriger les anomalies de l’ancien système en instaurant un suivi de l’état du marché, le suivi des flux des médicaments et des produits de santé (impor- tations et exportations) et l’ins- tauration de l’obligation pour les établissements pharmaceutiques de déclarer leurs stocks de sécu- rité et d’alerter sur les pénuries imminentes. La réforme a même prévu des sanctions lourdes en cas de man-

L’Inde et la Chine produisent 80% des matières premières pharmaceutiques et une proportion très importante de médicaments à l’état fini, utilisés dans le monde.

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