Finances News Hebdo 1242

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 16 JUILLET 2026

Energies renouvelables «Le Maroc peut alimenter l'Europe en électricité»

gigawattheures, cela permet de relativiser.

F. N. H. : Justement, le Maroc pourrait-il devenir un producteur majeur de batte- ries lithium, ou est-ce une utopie ? R. Y. : C'est clairement une uto- pie. Le Maroc peut devenir un producteur majeur de batteries lithium localement, peut-être même au niveau africain ou au Moyen-Orient, mais pas à l’inter- national. Dans les faits, les Chinois détiennent actuellement plus de 65% du marché mondial. Nous ne devons pas tomber dans le piège de l'hyper nationalisme. Moi je suis Marocain, j'aime mon pays, mais je suis très réaliste. Si nous produisons dans le Royaume 20 gigawattheures, la production en 2026 sera autour de 2,6 terawat- theures. Le gap entre le Royaume et l’international est énorme. Ce que je vous dis pourra ne pas plaire aux politiciens qui ont comme argument que cette pro- duction de lithium va créer de l’emploi, etc. Mais moi, je suis un chercheur, un ingénieur. Je me rends aux congrès, je suis ce qui se passe dans le monde. J’en suis convaincu, le Maroc ne jouera pas un rôle pivot dans le domaine des batteries au lithium à l'échelle mondiale. À l’échelle locale, nous avons deux entreprises marocaines qui pro- duisent des voitures électriques. Il se peut que les batteries fabri- quées au Maroc soient intégrées dans les voitures de Renault et Stellantis. Mais rien n’est sûr. Ces entreprises sont libres de prendre leurs batteries où elles veulent. Cela dépendra essentiellement de la qualité des batteries produites au Maroc et de leur coût. F. N. H. : Les bouleverse- ments mondiaux en termes d'énergie pourraient-ils être bénéfiques au Maroc ? R. Y. : Oui, bien sûr, mais pas seu- lement par rapport à la production de batteries. Nous avons comme atout d’avoir des énergies inépui- sables, celles du soleil et du vent, et d’autres ressources naturelles. Le Maroc est une mine d’or. Si nous exploitons les sources d’énergie

Pionnier de la batterie lithium-ion, le chercheur marocain Rachid Yazami refuse les discours convenus. Pour lui, le Maroc ne deviendra pas un géant mondial des batteries face à la Chine, malgré ses ambitions industrielles. En revanche, le Royaume dispose d'un avantage stratégique bien plus déterminant : un potentiel solaire capable d'en faire un futur exportateur d'énergie vers l'Europe. Entretien.

Propos recueillis par Z. A.

Finances News Hebdo : Vous êtes considéré comme l'un des pionniers de la bat- terie lithium-ion moderne. Votre invention a-t-elle été immédiatement reconnue comme révolutionnaire, ou a-t-il fallu du temps pour que l'industrie comprenne son impact ? Rachid Yazami : Nous avons eu besoin de plus de 12 ans entre la découverte des compo- sants de la batterie lithium-ion et sa commercialisation. Cette dernière se divise en deux com- posants essentiels. En premier lieu, la cathode, qui représente le pôle positif de la batterie, à base d’oxyde de cobalt et de lithium découverte par mon ami améri- cain John Goodenough, profes- seur à Oxford. En 1979, je venais de commen- cer mon doctorat à Grenoble, j’ai découvert le pôle négatif

(l’anode), à base de graphite. La même année, nous connaissions déjà les deux composants essen- tiels d'une batterie rechargeable au lithium. Ce n’est qu’en 1990 que la batte- rie a été commercialisée par Sony au Japon. Entre la découverte et la commercialisation, il s’est passé 11 ans. F. N. H. : À quel moment avez-vous su que le lithium- ion changerait tout ? R. Y. : Si vous lisez une partie de ma thèse de doctorat, que j'ai sou- tenue en 1985, je mentionnais que la batterie lithium-ion allait révo- lutionner le transport électrique, la voiture électrique, etc. Nous avions déjà cette vision en tête. Vers 1975/1976, le monde vivait une crise de pétrole après la guerre des Six jours (été 1967). Des queues interminables se

formaient dans les pompes à essence, partout dans le monde. À cette époque, nous savions qu’il fallait trouver un système alterna- tif aux voitures thermiques. Cela a pu propulser la recherche uni- versitaire et industrielle dans le domaine des batteries, pour que le cœur de la voiture électrique, la batterie, soit étudié. Ma thèse a été préparée dans ce contexte. F. N. H. : La demande mon- diale de batteries lithium sera-t-elle multipliée par combien d'ici 2030 ? R. Y. : Nous avons enregistré une progression annuelle du marché d'environ plus ou moins 20%. En 2025, nous avons atteint plus de 2.500 gigawattheures (GWh). En 2030, nous prévoyons d’arriver à 4 terawattheures (TWh). Le Maroc, avec sa gigafactory, ne commencera à produire que 20

En 2025, nous avons atteint plus de 2.500 gigawattheures. En 2030, nous prévoyons d’arriver à 4 terawattheures.

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