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GRENVILLE SOULIGNE À NOUVEAU SES 150 ANS guerre au Royaume-Uni et à ses colonies, incluant le Bas-Canada. Le gouvernement britannique se rend alors compte qu’il doit sécuriser les routes commerciales entre Kingston et Montréal alors que le fleuve St-Laurent, qui sert de frontière avec les voisins du sud, devient une cible facile. Les canaux
FRANCIS LEGAULT Initiative de journalisme local (IJL) Argenteuil francis.legault@eap.on.ca
Après une Soirée Gatsby en mars der- nier, le Village de Grenville a continué à souligner son 150e anniversaire de fondation le 4 juillet dernier alors qu’une fête champêtre a eu lieu au parc Desforges. Parmi les activités au menu, l’historien Robert Simard a raconté, avec sa verve habituelle, la longue histoire du village. L’Argenteuil l’a rencontré quelques semaines auparavant. C’est au Musée régional d’Argenteuil, où il est directeur général, que nous avons rencontré Robert Simard pour nous parler de l’histoire plus de deux fois centenaire de Grenville. « Quand on dit qu’on souligne le 150e, dans la réalité, Grenville est beaucoup plus vieille que ça, commence d’abord monsieur Simard. Les travaux du canal ont commencé en 1819 et avant ça, c’était un lieu d’occu- pation autochtone. » Il indique que déjà, avant même que Chris- tophe Colomb n’arrive dans les Amériques, le site de Grenville en était un stratégique pour les Premières Nations. Situé à la tête des rapides du Long-Sault, l’endroit était situé le long de routes commerciales et de transport. « La rivière des Outaouais faisait partie de la grande, grande route qui menait prati- quement jusqu’au Royaume du Saguenay à travers le Témiscamingue, et même jusqu’au Royaume des Innus, raconte monsieur Simard. Quand les Français sont arrivés, on a créé les seigneuries, comme celle d’Argenteuil, mais Grenville ne faisait pas partie d’aucun espace. C’étaient des terres non concédées. » À l’époque, à l’ouest de Montréal, les autorités ne pouvaient garantir la sécurité des colons en raison des guerres avec les autochtones. Il a fallu attendre le régime anglais et l’Acte constitutionnel de 1791, avec la création non seulement de ce qu’on appelle aujourd’hui les Cantons-de-l’Est mais aussi ceux de l’Ouest, soit ceux de Grenville et de Chatham notamment, pour que l’on y voit un début de colonisation. « En 1787, on a commencé à arpenter les rives, à développer et à donner ces terres à des militaires en tant que récompense, explique l’historien. On a commencé à faire des lotissements et à Grenville, comme c’était un lieu stratégque, on a décidé de gar- der un endroit pour avoir un village militaire. » Le développement se fait d’abord le long de la rivière des Outaouais, avec des lots de 200 acres de superficie lorsque le canton fut créé en 1808. Son nom réfère au baron britannique William Wyndham Grenville. En 1812, les États-Unis déclarent la
Même si la guerre avec les Américains se termine en 1815, le gouvernement britan- nique juge impératif de créer un réseau de canaux pour relier Montréal aux Grands Lacs. Ainsi naît le Canal Rideau, entre Kingston et Bytown (aujourd’hui Ottawa). Mais pour se rendre à celui-ci, il faut emprunter la rivière des Outaouais et les rapides du Long-Sault, d’où la nécessité d’y construire d’autres canaux à Carillon, Chutes-à-Blondeau et Grenville. Les travaux du canal de Grenville s’éche- lonneront de 1819 à 1834. « Ce sont 15 années où 600 hommes ont creusé une terre de roches au pic et à la pelle avec de la poudre noire, rappelle monsieur Simard. Le village militaire s’est donc développé à Gren- ville et on a commencé à donner d’autres terres tout autour. Ainsi, des hôtels se sont établis et l’hiver, ceux qui construisaient le canal construisaient les maisons de ceux qui venaient s’établir dans les alentours. Le canal a apporté beaucoup de population à Grenville. » La vie du village naissant s’est alors déve- loppé grâce au transport, que ce soit pour les militaires ou encore pour les voyageurs en route vers Bytown. Grenville était aussi l’endroit où débarquaient les colons allant s’établir dans les cantons du nord, ceux de Harrington et Wentworth, en empruntant Scotch Road, le « chemin des Écossais ». « On retrouvait des Écossais, des Irlandais autant catholiques que protestants, des mili- taires anglais et des Canadiens-Français… En même temps, c’était un lieu de passage, il y avait beaucoup d’hôtels dans les mêmes secteurs, surtout proche du quai. Pis il y avait des cageux, des gars pas reposant… La vie nocturne était alors très active à Grenville! La légende veut que même Jos Montferrand soit passé par là! » Outre le transport, la vie économique commence à se diversifiée avec des moulins à scie de l’autre côté de la rivière, à Hawkes- bury, et des moulins à carder (démêlage, nettoyage et alignement des fibres comme la laine avant de les filer). Diverses commu- nautés religieuses viennent aussi s’établir dans le secteur, ce qui fait que quelques tensions naissent entre celles-ci. La modernité En 1854, le train reliant Carillon à Grenville entre en action et relance le développement économique du village. Il était maintenant possible de se rendre de Montréal à Ottawa en une seule journée. Mais c’est un autre train, celui du Chemin de fer Québec, Montréal, Ottawa & Occidental,
Même s’il n’est plus en service, le canal de Grenville est encore aujourd’hui un élément important du village. (Photo d’archives)
arrivé en 1877, qui aura un impact négatif sur le village puisque celui-ci arrêtait à Calumet et non à Grenville. Parallèlement, d’autres entreprises s’établissaient à l’extérieur du village, comme la mine de Kilmar ou la papetière CIP. « Grenville a un peu perdu son rôle de plaque tournante même si beaucoup de monde y habitait parce que le train n’y pas- sait pas », explique Robert Simard. Au même moment, entre 1870 et 1884, on a modernisé le canal en l’élargissant mais cela était insuffisant pour pouvoir garder une clientèle de voyageurs. C’était alors plus avantageux de prendre le train que de prendre le bateau pour aller vers Ottawa. De son côté, le gouvernement provincial restructurait les lotissements partout sur son territoire, ce qui a mené à l’organisation de nouvelles municipalités, incluant le Village de Grenville le 16 décembre 1875. À titre comparatif, Lachute n’a été fondée qu’en mai 1885, poussée par la croissance apportée par le passage du train en 1877. « Grenville était plus populeuse que Lachute à l’époque car c’était un lieu de passage depuis des années. On parle de plus de mille habitants dans le village, raconte l’historien. L’histoire de Grenville
a été marquée par le fait d’être un lieu de transition d’abord vers l’ouest, puis vers le nord et finalement vers l’Ontario. » En effet, dans les années 1900, la Cana- dian Northern Railway finit par faire arriver le train directement à Grenville avant de construire un pont vers Hawkesbury en 1910. Le pont routier, qui sera renommé pont Perley après le décès de son instigateur, le député fédéral d’Argenteuil Georges Perley, ouvrira en 1931. Finalement, la construction du barrage de Carillon mettra un terme au canal de Grenville en 1960. « Le canal avait perdu de son importance économique avec l’arrivée du train qui, lui, sera supplanté par l’auto, indique Robert Simard. Quand on a com- mencé à déneiger les routes du Québec après la Deuxième Guerre mondiale, Grenville est devenu moins un moteur économique qu’un lieu de villégiature. On le voit avec toute la construction qui se fait présentement aux abords de la rivière des Outaouais. » Aujourd’hui, Grenville compte près de 1900 citoyens et même si les visiteurs ne s’arrêtent plus pour y passer la nuit dans des hôtels, ceux-ci en profitent quand même pour visiter ce qui reste du canal, témoin de la longue histoire de la municipalité.
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