FNH N° 1244 V2 (2)

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FINANCES NEWS HEBDO

LUNDI 31 AOÛT 2026

FOCUS SANTÉ MENTALE

«Ce que nous demandons depuis des décen- nies, c'est qu'il y ait une évaluation du vrai coût des soins, et que dans le privé comme dans le public il y ait une prise en charge de ces soins, c'est cela qui permettra d'apporter la bonne et la vraie réponse aux citoyens». Le budget alloué à la santé mentale est d’ail- leurs inférieur aux recommandations de l'Orga- nisation mondiale de la santé, et le CNDH signale, dans certains établissements, des taux d'occupation atteignant 190%, une absence de séparation entre patients selon l'âge ou le profil judiciaire, et un manque criant d'activités de réhabilitation psychosociale. Face à ce constat, le CNDH comme la Cour des comptes appellent à moderniser le cadre juridique encadrant la prise en charge des troubles psychiatriques, à l'aligner sur les standards internationaux des droits humains, et à bâtir «une stratégie multi- sectorielle articulée autour de la prévention, de l'optimisation de l'offre de soins et d'une utilisa- tion plus efficiente des ressources disponibles». Reste un signal encourageant : la parole se libère, portée par une génération Z moins gênée, qui fait fi du tabou et qui n'hésite plus à mettre des mots sur son mal-être. Sur Instagram et TikTok, des comptes de vulgari- sation, des pages de médecins et des témoi- gnages en tout genre participent, à leur échelle, à déconstruire l'image du "fou" qui a longtemps collé à la maladie mentale. L’un des catalyseurs de cette «prise de conscience» a incontesta- blement été la pandémie de Covid, comme le confirme Hachem Tyal : « Addictions qui se développent, couples qui implosent, dévelop- pement de troubles anxieux et d’états dépres- sifs, les effets de de la pandémie n’ont pas tardé à se faire sentir. On a enregistré des records de demandes de consultation». Et c'est cette prise de conscience-là, combinée à l'explosion des réseaux sociaux, qui a libéré la parole. Mais entre parler de santé mentale et pouvoir réellement se faire soigner, il reste un fossé qui se mesure en kilomètres pour ceux qui vivent loin de l’axe Casablanca-Rabat, en Dirhams pour ceux qui n’ont pas les moyens, et parfois en semaines ou en mois d’attente pour ceux qui cherchent simplement quelqu’un à qui parler. C’est là tout le paradoxe : jamais la santé mentale n’aura autant occupé l’espace public, et jamais le besoin de prise en charge n’aura été aussi évident, avec une nouvelle géné- ration qui parle de dépression, d’anxiété, de burn-out ou d’addictions. Mais le véritable défi reste aujourd’hui la prise en charge. Parce le problème n’est plus de savoir si le Maroc fait face à une crise de santé mentale. Les chiffres, les témoignages et l’état du système ont déjà répondu. La question est de savoir combien de temps encore le pays pourra se permettre de la traiter comme une crise invisible. ◆

 48,9% de la population marocaine âgée de 15 ans et plus ont ou ont déjà eu des signes de troubles mentaux, selon l'Enquête nationale sur les prévalences des troubles mentaux en population générale, réalisée entre 2003 et 2006 par le ministère de la Santé en collaboration avec l'Organisation mondiale de la santé.

chiatriques à eux seuls accaparent 62% de la capacité totale, quand les services intégrés aux hôpitaux généraux restent le parent pauvre du dispositif. La Cour des comptes pointe aussi une inté- gration insuffisante aux soins primaires, des diagnostics imprécis conduisant à des hospita- lisations injustifiées, un cadre légal inadapté et une gouvernance fragmentée. Une faible prise en charge d'autant plus grave que les troubles psychiques sont intimement liés aux autres formes de maladies physiques. Cette prise en charge a par ailleurs un coût non négligeable pour les malades, qui, faute de moyens, se dirigent souvent vers des hôpitaux publics eux-mêmes en manque d'effectifs. Le CNDH documente lui aussi des pratiques pro- blématiques dans le privé, comme l'exigence d'un chèque de garantie ou le paiement «au black», non déclaré, qui alourdissent encore la facture. Sur le fond, la tarification nationale de référence n'a pas été révisée depuis 2006 : les rembour- sements restent calculés sur la base de 80 dirhams pour une consultation chez un généra- liste et 150 dirhams chez un spécialiste, très loin des tarifs réellement pratiqués. Un paramètre que le psychiatre Hachem Tyal juge central :

diant est encore en maturation, notamment les régions préfrontales impliquées dans la régula- tion émotionnelle et la planification». Les mille maux de la psychiatrie marocaine Sur le papier, les moyens progressent. Selon les dernières données présentées en 2025 par le ministre de la Santé Amine Tahraoui, le pays comptait 3.230 professionnels spécialisés en santé mentale et psychique, dont 593 psy- chiatres et 76 pédopsychiatres. Un chiffre en nette progression par rapport à celui relevé par la Cour des comptes dans son rapport annuel 2023-2024, qui faisait état de 407 psychiatres et 32 pédopsychiatres à l'échelle nationale. De quoi nuancer, sans l'effacer, un constat resté sévère : le pays ne compte que 13 psychiatres pour 100.000 habitants. La capacité d'accueil en psychiatrie dans le secteur public s'élève à 2.466 lits, soit une moyenne de 6,86 lits pour 100.000 habitants, très loin de la moyenne mondiale de 10,8. Le secteur public compte 43 unités spécialisées, 11 hôpitaux psychiatriques et 32 services intégrés à des hôpitaux généraux. Le dahir relatif à la prévention et au traitement des maladies mentales, qui date de la fin des années 1950, prévoit pourtant que chaque pro- vince dispose d'au moins un service hospitalier public dédié, dirigé par un médecin psychiatre. Dans les faits, plus de la moitié des préfectures et provinces du Royaume n'en sont pas dotées, et près de 48% des capacités d'accueil restent concentrées dans deux régions, Casablanca- Settat et Marrakech-Safi. Les hôpitaux psy-

Jamais la santé mentale n’aura autant occupé l’espace public, et jamais le besoin de prise en charge n’aura été aussi évident, avec une nouvelle génération qui parle de dépression, d’anxiété, de burn-out ou d’addictions.

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