Finances News Hebdo 1235

ECONOMIE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 14 MAI 2026

 Pour garantir le succès de cette réforme, les autorités veulent, entre autres, importer dans la gestion publique les exigences de perfor- mance inspirées du secteur privé.

Développement Le pari territorial du Maroc L Le Royaume ouvre un nouveau chapitre de sa régionalisation avancée. Avec une enveloppe de 210 milliards de dirhams sur huit ans, il entend corriger les déséquilibres territoriaux à travers une approche plus collée aux réalités locales et davantage orientée vers les résultats. Par D . William e Maroc s’attaque à la jus- tice territoriale. Le Conseil des ministres présidé en avril der- nier par le Roi Mohammed VI a justement donné une impul- sion à cette ambition à travers la nouvelle génération des pro- grammes de développement territorial intégré. Il s’agit d’une nouvelle manière de penser l’action publique, de gouver- ner les territoires et, surtout, d’écouter les citoyens, en par-

Dans un monde où les frac- tures territoriales alimentent les frustrations sociales, les exodes internes et parfois même une certaine défiance politique, le Maroc mise donc sur la cohésion nationale. Sans trop regarder le portefeuille. En effet, les chiffres annoncés donnent d’ailleurs la mesure de l’ambition : près de 210 mil- liards de dirhams sur huit ans. Une enveloppe colossale. Mais au-delà du montant, c’est la gouvernance instaurée qui mérite attention. Les gouver- neurs piloteront les comités provinciaux, les walis assure- ront l’harmonisation régionale et un comité national prési- dé par le chef du gouverne- ment coordonnera l’ensemble. Autrement dit, il l’objectif semble être de trouver un équilibre entre proximité locale et cohérence nationale. Ce modèle traduit une évolu- tion profonde de la régionalisa- tion avancée. En effet, pendant des années, celle-ci a parfois été perçue comme un chantier institutionnel encore inachevé, doté d’ambitions élevées mais confronté à des limites opéra- tionnelles, notamment la fai-

tant du principe que le déve- loppement ne peut plus être standardisé. En effet, pendant longtemps le développement territorial au Maroc a souffert d’un défaut classique des politiques publiques, à savoir une vision verticale. Les plans étaient souvent élaborés loin des réa- lités locales, avec des priorités uniformes appliquées à des régions qui, pourtant, ne vivent pas les mêmes défis. Une pro- vince confrontée au stress hydrique n’a pas les mêmes urgences qu’une autre frappée par le chômage des jeunes ou le déficit sanitaire. L’une des principales nou-

veautés de cette réforme tient au fait qu’elle part des besoins exprimés localement, à partir des diagnostics territo- riaux élaborés préfecture par préfecture, province par pro- vince, sur la base d’indicateurs socioéconomiques concrets. Comme le souligne d’ailleurs Dr Selma Sidki, professeur d’économie internationale à l’Université Mohammed V, «les nouveaux programmes de développement territorial inté- gré visent le développement territorial en tenant compte des spécificités et des besoins économiques et sociaux des régions et de chaque com- mune dans la même région».

Le véritable défi sera celui de l’exécution, car le Royaume possède déjà une longue expérience de stratégies ambitieuses dont certaines se sont parfois perdues dans les méandres administratifs.

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