CULTURE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 14 MAI 2026
Le Scribe du Piémont Abdellah Mouttaqi ravive la mémoire du savoir marocain et andalou D À l’occasion d’une séance de dédicaces organisée samedi 9 mai au Salon international de l’édition et du livre, l’écrivain et géologue marocain Abdellah Mouttaqi a présenté son nouveau roman, Le Scribe du Piémont, paru chez Sochepress. Une œuvre à la croisée du récit initiatique, de la méditation historique et de l’hommage au patrimoine intellectuel marocain, dans laquelle l’auteur poursuit sa réflexion autour des liens profonds entre la terre, la mémoire et le savoir. Par M. A. L.
neux des savants qui ont régné en maître sur ces lieux, et je pense que mettre en avant le savoir au niveau de l’histoire du Maroc est un plus qui peut augmenter l’at- tractivité de notre pays sur cet aspect-là» , souligne-t-il. Le récit convoque ainsi plusieurs grandes figures du patrimoine intellectuel maghrébin et andalou, parmi lesquelles Ibn Rushd, Ibn Zohr ou encore Ibn al-Yassamin. À travers elles, l’auteur rappelle l’influence considérable qu’ont exercée les savants du monde almohade sur la philosophie, la médecine ou les mathématiques, bien au-delà des frontières du Maghreb. Une mémoire intellec- tuelle qui, selon lui, reste encore insuffisamment diffusée auprès du grand public. «Je pense que ça mérite d’être vulgarisé davan- tage», estime-t-il. Déjà auteur de «L’Histoire, cette charmeuse insoupçonnable», Abdellah Mouttaqi souhaite récon- cilier les jeunes générations avec une lecture plus vivante et plus sensible de l’histoire marocaine. À travers ses ouvrages, il plaide pour une transmission qui passerait plus par l’émotion, la culture et l’esthé- tique, afin de mieux faire prendre conscience de la profondeur histo- rique de l’identité marocaine. «La manière avec laquelle je propose- rai aux jeunes de revoir l’histoire, c’est par l’art, par la culture et par le savoir », explique-t-il, avant d’ajouter : «l’identité historique du Maroc est très importante, très forte, et je pense que je souhaite vraiment la partager et rendre la jeunesse sensible à cet aspect-là». À travers Le Scribe du Piémont, Abdellah Mouttaqi signe ainsi une œuvre qui interroge autant le rapport au passé que la manière dont une société choisit de trans- mettre son héritage intellectuel. Entre récit historique, réflexion philosophique et célébration du savoir, le roman s’inscrit dans une démarche de réhabilitation d’une mémoire savante marocaine long- temps éclipsée, mais dont les résonances demeurent profondé- ment actuelles. L’œuvre, éditée par Sochepress, est annoncée pour une parution officielle le 2 juin 2026. ◆
ans ce texte à la tonalité contem- plative et érudite, Abdellah Mouttaqi fait voyager son lecteur depuis une petite ville du Piémont jusqu’aux grandes capitales du monde almohade, de Marrakech à Cordoue, en passant par Fès, entre autres villes de la région. Plus qu’un simple déplacement géographique, ce cheminement prend la forme d’une traversée intérieure, portée par la quête de connaissance et par le poids sym- bolique de l’Histoire. Le scribe devient alors le témoin d’un âge où le Maghreb et al-Andalus consti- tuaient l’un des grands centres de rayonnement intellectuel du monde musulman. Le roman repose ainsi sur une tri- logie fondatrice, la terre, le savoir et l’histoire, qui irrigue l’ensemble de l’œuvre de l’auteur. Géologue de formation, Abdellah Mouttaqi accorde une place particulière au rapport entre les hommes et les territoires, entre les paysages et les civilisations qui les façonne. Chez lui, la terre n’est jamais un simple décor : elle conserve les traces des savoirs, des héritages et des mémoires collectives. À travers ce livre, l’auteur entend surtout remettre en lumière une dimension souvent reléguée au second plan dans les récits his-
toriques contemporains : le rôle central du Maroc dans la circu- lation des idées, des sciences et de la philosophie au sein de l’Occident musulman. «J’ai voulu démontrer que l’histoire du Maroc est chargée en savoir, et donc j’ai listé un certain nombre d’esprits élevés, que ce soit en médecine, en philosophie, ou en sciences diverses. J’ai voulu montrer que c’est une facette de notre histoire qui, je pense, mérite d’être valori- sée davantage» , affirme-t-il. À travers les pages du Scribe du Piémont, les grandes cités maro-
caines apparaissent ainsi comme des foyers intellectuels autant que comme des lieux de pou- voir ou de spiritualité. Marrakech, notamment, se dessine sous les traits d’une ville savante, traver- sée par les grandes figures de la pensée médiévale. Pour Abdellah Mouttaqi, l’héritage de ces lieux ne réside pas uniquement dans leurs monuments ou leur beauté architecturale, mais aussi dans la mémoire des hommes qui les ont habités et transformés par la pensée. « Derrière ces bâtiments historiques, il y a tout l’esprit lumi-
J’ai voulu démontrer que l’histoire du Maroc est chargée en savoir.
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