Finances News Hebdo 1235

HIGH-TECH

39

FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 14 MAI 2026

transformer le marché du travail, mais à quelle vitesse le pays pourra adapter son modèle éco- nomique. Le Royaume dispose encore de plusieurs avantages: proximité avec l’Europe, écosys- tème IT en croissance, infras- tructures télécoms relativement avancées en Afrique, présence de multinationales technolo- giques, montée des data centers et ambition de devenir un hub numérique régional. L’émergence récente de pro- jets autour du cloud souverain, des infrastructures data centers ou encore des plateformes IA pourrait permettre au Maroc de capter une partie de cette nouvelle économie numérique. Le Royaume vise d’ailleurs une contribution de près de 100 mil- liards de dirhams au PIB grâce à l’intelligence artificielle d’ici 2030. Plusieurs investissements dans les data centers, le cloud et les infrastructures numériques com- mencent ainsi à se multiplier au Maroc et en Afrique. Le gouver- nement a notamment mobilisé 11 milliards de dirhams dans le cadre de sa stratégie de trans- formation numérique 2024-2026, tandis que plusieurs projets de data centers de grande capacité émergent progressivement dans le Royaume. Mais ces investissements ne suf- firont pas sans une transforma- tion profonde des compétences. Le risque pour le Maroc serait de rester bloqué dans une posi- tion intermédiaire : perdre pro- gressivement certains métiers à faible valeur ajoutée sans réussir à créer suffisamment de nou- veaux emplois technologiques qualifiés. Le véritable enjeu dépasse tou- tefois la simple adoption tech- nologique. La question porte désormais sur la capacité du pays à former rapidement des profils capables de travailler avec ces nouveaux outils. Car dans cette nouvelle phase éco- nomique, les compétences les plus recherchées seront moins liées à l’exécution mécanique qu’à l’analyse, à la supervision, à la créativité et à la maîtrise des technologies intelligentes. ◆

 Jusqu’à 300 millions d’emplois pourraient être affectés par l’automatisation intelligente à l’échelle mondiale, selon Goldman Sachs.

capacité à former rapidement une nouvelle génération de pro- fils capables de travailler avec l’IA. Selon l’étude du CAESD, le Royaume ne formerait actuelle- ment qu’environ 22.000 profils numériques par an, alors que les besoins pourraient atteindre entre 250.000 et 480.000 per- sonnes à former, reconvertir ou requalifier chaque année d’ici 2030. Le gouvernement tente néan- moins d’accélérer sur le sujet. La stratégie Maroc Digital 2030 place l’intelligence artificielle, le cloud, les infrastructures numé- riques et la montée en compé- tence technologique parmi les priorités nationales. Plusieurs programmes liés à la forma- tion digitale, aux startups ou à l’innovation ont été lancés ces dernières années. Des initiatives émergent également dans les universités, les écoles d’ingé- nieurs et certains centres de for- mation privés. L’intelligence arti- ficielle devient progressivement un argument marketing majeur dans les cursus technologiques.

Mais plusieurs experts estiment que le rythme reste insuffisant face à la vitesse actuelle des transformations mondiales. Pour la ministre déléguée char- gée de la Transition numérique, Amal El Fallah Seghrouchni, «l’intelligence artificielle doit être un levier d’inclusion et non un facteur d’exclusion». La ministre avait également rappelé que «l’IA et les technologies numé- riques sont désormais au cœur des enjeux de souveraineté, de compétitivité économique et de modernisation de l’action publique». Dans le secteur du conseil et de la cybersécurité, plusieurs diri- geants observent également une accélération brutale des transfor- mations. Certains experts esti- ment désormais que la fenêtre d’adaptation des entreprises se réduit fortement, notamment dans les métiers reposant sur des tâches répétitives ou facile- ment standardisables. Une transformation mondiale qui accélère Le problème devient encore plus

sensible lorsqu’on observe la dynamique internationale. Selon le Fonds monétaire international (FMI), près de 40% des emplois dans le monde pourraient être exposés à l’intelligence artifi- cielle. Goldman Sachs évoquait déjà en 2023 la possibilité de voir jusqu’à 300 millions d’emplois affectés globalement par l’auto- matisation intelligente. De son côté, le Forum écono- mique mondial estime que l’IA pourrait certes détruire des mil- lions d’emplois, mais également en créer de nouveaux dans les domaines de la cybersécurité, de la data, du cloud, de l’ana- lyse algorithmique ou encore du développement d’applications IA. C’est précisément là que se joue aujourd’hui la bataille écono- mique. Pour le Maroc, la ques- tion n’est plus de savoir si l’IA va

Pour le Maroc, la question n’est plus de savoir si l’IA va transformer le marché du travail, mais à quelle vitesse le pays pourra adapter son modèle économique.

www.fnh.ma

Made with FlippingBook flipbook maker