HIGH-TECH
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 14 MAI 2026
Emploi L’IA place le marché
du travail sous pression La question commence désormais à toucher directement l’économie réelle, les entreprises et surtout l’emploi. Derrière l’euphorie autour de ChatGPT, des assistants IA ou de l’automatisation, une inquiétude s’installe progressivement : quels métiers résisteront réellement à cette nouvelle vague technologique ?
Par K. A. L
e sujet devient d’autant plus sensible que plusieurs études internationales et régionales commencent à dresser un tableau préoccupant pour les économies émergentes forte- ment dépendantes des services externalisés, des tâches admi- nistratives et des métiers inter- médiaires. Dans ce contexte, le Maroc apparaît particulièrement exposé. Selon une étude réa- lisée par le Centre africain des études stratégiques et de la digi- talisation (CAESD), près de 1,5 million d’emplois au Maroc pour- raient être directement exposés à une forte pression liée à l’au- tomatisation et à l’intelligence artificielle d’ici 2030. L’étude évoque également qu’environ 4,6 millions d’emplois sont sus- ceptibles d’être impactés à dif- férents degrés par les mutations technologiques en cours. Derrière ces chiffres, il ne faut pas uniquement comprendre des suppressions massives de postes. La réalité semble plus complexe. L’IA ne remplace pas toujours intégralement un métier. Elle fragmente les tâches, automatise certaines fonctions, réduit les besoins humains sur des opérations répétitives et oblige les salariés à monter rapi- dement en compétence. Les centres d’appels figurent parmi les secteurs les plus
exposés. Le Maroc s’est impo- sé depuis près de vingt ans comme une plateforme régio- nale de l’offshoring franco- phone. Casablanca, Rabat, Fès ou encore Tanger abritent aujourd’hui des milliers de posi- tions dans le support client, le télémarketing ou les services administratifs externalisés. Selon les estimations du sec- teur, l’offshoring représente plus de 130.000 emplois directs au Maroc. Or, cette industrie se retrouve désormais en première ligne face à l’IA générative et aux nouveaux agents conversation- nels automatisés. Les grandes plateformes technologiques américaines développent des outils capables de gérer des conversations clients, répondre à des réclamations, générer des emails ou assister des opéra- tions commerciales sans inter- vention humaine permanente. Des groupes internationaux comme OpenAI, Google, Microsoft ou Salesforce accé- lèrent fortement dans ce domaine. Salesforce affirme déjà que l’IA agentique pourrait trans- former profondément les métiers du service client et des centres de relation client dans les pro- chaines années. Pour le Maroc, le risque est stra- tégique. Une partie importante
de la compétitivité du secteur repose encore sur un modèle basé sur les coûts salariaux et le volume de main-d’œuvre. Si l’automatisation réduit brutale- ment le besoin en opérateurs humains, le modèle économique de certains centres pourrait être remis en question. Les métiers administratifs appa- raissent également sous pres- sion. Comptabilité basique, saisie de données, traitement documentaire, assistance juri- dique simple ou encore support bureautique font partie des fonc- tions désormais ciblées par les nouvelles solutions IA. D’après le rapport du CAESD, le secteur bancaire et assurantiel pourrait voir environ 22% de ses métiers fortement transformés par l’automatisation intelligente au cours des prochaines années. Le textile et l’automobile figurent également parmi les secteurs les plus exposés. Un marché du travail déjà fragilisé Cette évolution intervient dans un contexte toujours fragile pour le marché du travail marocain. Selon les dernières données du haut-commissariat au Plan (HCP), le taux de chômage strict s’est établi à 10,8% au premier trimestre 2026, avec de fortes disparités entre les villes (13,5%)
et le monde rural (6,1%). Le chô- mage continue de toucher parti- culièrement les jeunes : chez les 15-24 ans, le taux atteint 29,2%. L’arrivée de l’IA risque donc d’accélérer une fracture déjà existante entre les profils hau- tement qualifiés et les métiers intermédiaires facilement auto- matisables. D’ailleurs, les entre- prises marocaines commencent à expérimenter rapidement ces outils. Dans les médias, la finance, le marketing digital, les cabinets de conseil ou les agences de communication, plu- sieurs tâches auparavant réali- sées manuellement sont désor- mais assistées par l’intelligence artificielle. Rédaction de conte- nus, traduction, génération de visuels, synthèse documentaire, reporting ou analyse de don- nées : les gains de productivité deviennent visibles. Mais cette transformation crée également une nouvelle bataille autour des compétences. Le principal défi pour le Maroc ne réside peut-être pas uniquement dans la disparition potentielle de certains métiers, mais dans sa
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