ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 14 MAI 2026
blesse des moyens financiers, le chevauchement des compé- tences, les lenteurs administra- tives et parfois le déficit d’ingé- nierie territoriale. La réforme actuelle semble vouloir corri- ger ces insuffisances. Le remplacement des Agences régionales d’exécu- tion des projets par des socié- tés anonymes présidées par les présidents des régions en témoigne. Avec notamment une volonté d’importer dans la gestion publique les exi- gences d’efficacité, de rapi- dité et de performance inspi- rées du secteur privé. Selma Sidki ne dit d’ailleurs pas autre chose. Selon elle, «la trans- formation des agences régio- nales d’exécution des projets en sociétés anonymes permet- tra l’introduction d’un mode de management inspiré du secteur privé, notamment par l’allégement des procédures administratives jugées parfois lourdes et lentes» . Le défi de la concrétisation Bref, l’idée centrale qui sous- tend cette réforme est de faire des territoires, sans exclu- sion, de véritables moteurs de développement. Pour autant, aucune réforme institution- nelle, aussi sophistiquée soit- elle, ne garantit automatique- ment le succès. Le véritable défi sera donc celui de l’exécu- tion, car le Royaume possède déjà une longue expérience de stratégies ambitieuses dont certaines se sont parfois per- dues dans les méandres admi- nistratifs. Raison pour laquelle, cette fois-ci, plusieurs garde-fous ont été annoncés, notamment des audits annuels conjoints de l’Inspection générale des finances et de l’Inspection générale de l’administration territoriale, des indicateurs de suivi, l’évaluation d’impact et une plateforme digitale de transparence permettant aux citoyens de suivre l’état d’avan- cement des projets. Cette pla- teforme numérique annoncée pourrait ainsi transformer la
relation entre l’Administration et les citoyens en introduisant une culture de reddition des comptes encore insuffisam- ment enracinée dans certaines pratiques publiques. Ces garde-fous suffiront-ils pour autant à garantir, in fine, au citoyen que les promesses affichées se traduiront réel-
lement par des routes prati- cables, des hôpitaux fonction- nels, des écoles dignes et des opportunités économiques concrètes dans les territoires longtemps restés à la marge ? C’est toute la question. Car au bout du compte, la réussite de cette vaste réforme ne se mesurera ni au nombre
de comités créés ni aux mil- liards engagés, mais à la capa- cité de l’Etat à réduire durable- ment les inégalités territoriales et à réconcilier développe- ment et équité. Et comme le résume Sidki, «le succès de cette réforme se mesurera à sa capacité à résorber les dis- parités intrarégionales» . ◆
a Chambre des représentants a adopté, lundi soir à la majo- rité, le projet de loi organique n°031.26 modifiant et complé- tant la loi organique n°111.14 L 12 Mds de DH de transferts annuels à partir de 2027 Adoption du projet de loi organique sur les régions
relative aux régions. Le texte a été approuvé par 110 voix pour, tandis que 46 députés se sont abstenus. Présentant les principales disposi- tions de cette réforme, le ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, a expliqué qu’elle ouvre une nouvelle étape dans le chantier de la régio- nalisation avancée. Cette réforme repose notamment sur le renfor- cement des compétences straté- giques des régions, la modernisa- tion des outils de gouvernance et de gestion, l’amélioration des méca- nismes de planification et d’exécu- tion des projets, ainsi que la conso- lidation des ressources financières des collectivités territoriales. Le ministre a souligné que cette nouvelle phase vise à dépasser une approche purement administrative de la gestion territoriale pour faire de la région un véritable moteur de développement, de création de richesse, d’emplois et de promotion de l’investissement. Il a également rappelé que cette réforme s’inscrit dans le cadre des hautes orientations royales appe- lant à une nouvelle génération de programmes intégrés de déve- loppement territorial, capables de réduire les disparités spatiales et de renforcer la cohésion sociale. Parmi les principales nouveautés du projet, figure la réorganisation des compétences des régions afin
Abdelouafi Laftit, ministre de l’Intérieur
de clarifier les rôles et de limiter les chevauchements entre les dif- férents intervenants territoriaux. Le texte prévoit aussi la transformation des Agences régionales d’exécution des projets (AREP) en sociétés ano- nymes, dans l’objectif d’améliorer l’efficacité et la rapidité de réalisa- tion des projets. Le projet de loi prévoit également un renforcement significatif des ressources financières des régions, avec des transferts financiers qui atteindront au moins 12 milliards de dirhams par an à partir de 2027. Selon Abdelouafi Laftit, l’expérience a montré que le transfert de compé- tences sans moyens financiers suf- fisants limite fortement l’efficacité des régions dans l’exercice de leurs missions. Les groupes de la majorité ont salué une réforme jugée néces- saire pour adapter le cadre juri- dique des régions aux mutations
économiques, sociales et institu- tionnelles du Royaume, ainsi qu’aux exigences du nouveau modèle de développement. Ils ont estimé que la transformation des AREP en sociétés anonymes permettra de conjuguer gouvernance publique et souplesse de gestion inspirée du secteur privé. De son côté, l’opposition a sou- tenu plusieurs dispositions du texte, notamment le nouveau mécanisme d’exécution des projets, tout en exprimant certaines réserves concernant l’exclusion du président de région du processus de nomi- nation du Directeur général de la future société anonyme. Elle a également insisté sur la nécessité de renforcer davantage la gouvernance, la transparence, la démocratie territoriale et les com- pétences des élus afin d’assurer la réussite de cette nouvelle généra- tion de développement régional. ◆
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