ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 14 MAI 2026
Développement territorial «Le succès de cette réforme se mesurera à sa capacité à résorber les disparités intrarégionales»
en tenant compte des spécificités et des besoins économiques et sociaux des régions et de chaque commune dans la même région. Ces programmes seront conçus dans une logique participative entre les citoyens et les acteurs locaux, ce qui constitue une rup- ture avec la logique de dévelop- pement imposée par le centre, où les programmes et les projets sont décidés ailleurs et en dehors des régions. F. N. H. : Le gouvernement insiste sur la réduction des disparités territoriales. Quels sont aujourd’hui les principaux freins écono- miques qui empêchent cer- taines régions marocaines de décoller durablement ? S. S. : Les différents programmes et politiques sectoriels que le Maroc avait engagés depuis le début des années 2000 pour sou- tenir la croissance et stimuler le développement n’ont pu profiter à toutes les régions ni à toutes les couches sociales. Les disparités sociales et territoriales trouvent leurs origines dans les inégalités régionales en termes de program- mation des investissements, de projets structurants et de budgets alloués aux régions, notamment les budgets d’investissement. Seulement deux régions acca- parent d'ailleurs presque la moi- tié des budgets d’investissement chaque année. Les disparités régionales sont aussi considérables en termes d’accès aux services sociaux, notamment l’éducation et la santé, qui ont un lien direct et de cause à effet avec la croissance et le développement économiques. L’accès à une éducation de qua- lité n’est pas le même dans toutes les régions, et les écarts sont
Face aux disparités territoriales persistantes, le Maroc engage une nouvelle génération de programmes de développement territorial intégré. Pour Dr Selma Sidki, professeur d’économie internationale à l’Université Mohammed V, cette réforme marque un tournant majeur dans la gouvernance économique du Royaume, avec l’ambition de faire des régions de véritables moteurs de croissance, d’emploi et d’équité sociale. Entretien.
Propos recueillis par D. William
Finances News Hebdo : Le Maroc engage une nouvelle génération de programmes de développement terri- torial intégré. Dans quel contexte économique, social et territorial cette réforme intervient-elle aujourd’hui ? Selma Sidki : La réforme intervient dans un contexte économique et social marqué par plusieurs défis. Sur le plan économique, le pays a connu des années successives de sécheresse qui ont pesé sur la valeur ajoutée agricole qui est une composante essentielle de la valeur ajoutée globale, et par conséquent sur la croissance économique et des postes nets d’emploi créés chaque année sur le marché du travail. Sur un autre registre, les crises géopolitiques en Ukraine et au Moyen-Orient ont pesé lourde- ment sur les prix des matières premières, notamment ceux de l’énergie sur les marchés inter-
nationaux, induisant une hausse générale des prix, par le biais d’une inflation importée, et par conséquent une baisse du pou- voir d’achat des citoyens. Ces chocs économiques ont eu une résonnance sociale immé- diate. Dans ce contexte, bien que le gouvernement ait déployé des efforts en matière de programmes sociaux, notamment celui des transferts monétaires directs, leur impact n’est pas encore pleine- ment visible sur l’amélioration des conditions de vie des citoyens. Cela s’explique d’abord par les délais naturels de transmission de telles mesures, mais aussi par la complexité technique du passage d’un régime de compensation universel à un régime basé sur le ciblage. Cette transition exige un ciblage rigoureux pour limiter les biais d’inclusion et d’exclusion, ren- dant une période d’ajustement indispensable pour garantir que le soutien atteigne effectivement
les éligibles. C’est pour dire que cette réforme tombe à point nommé. Il ne s’agit pas d’une simple avancée dans le processus de régionalisation, mais d’une réponse opportune à des expressions sociales en quête de conditions de vie plus favorables, ainsi qu’à des dispa- rités territoriales qui ne peuvent plus tarder à être résorbées. F. N. H. : Plus largement, cette nouvelle architec- ture territoriale marque-t- elle, selon vous, une véri- table rupture dans la gou- vernance économique du Maroc ou s’agit-il surtout d’une évolution institution- nelle supplémentaire ? S. S. : Oui, cette nouvelle archi- tecture territoriale marque une véritable rupture dans la gouver- nance économique du Maroc. Les nouveaux programmes de développement territorial intégré visent le développement territorial
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