ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 14 MAI 2026
également marqués entre l’urbain et le rural au sein d'une même région. Il en est de même pour l’accès aux services de santé, où la couverture sanitaire est très en deçà des standards internatio- naux, sauf pour quelques régions. Paradoxalement, ces deux sec- teurs bénéficient de budgets importants, mais leur gouver- nance pose problème et les dif- férents programmes conçus pour réduire les disparités territoriales n’ont pas pu produire l’impact social souhaité pour plusieurs rai- sons : ils ont été lancés avant les réformes et les mises à niveau nécessaires des secteurs concer- nés. Si l'on prend l’exemple du Ramed, le lancement de ce programme majeur n’avait pas été précédé par une mise à niveau du secteur de la santé; l'arrivée de nouveaux bénéficiaires a ainsi pesé sur le système sanitaire sans permettre l’accès à des services de qualité, sans oublier les biais d’inclusion et d’exclusion qui ont accompa- gné le programme. F. N. H. : Le gouvernement mise sur une approche territoriale fondée sur les besoins exprimés locale- ment. Cette méthode peut- elle réellement réduire les disparités régionales au Maroc ? S. S. : Oui, bien évidemment, les besoins ne sont pas identiques dans toutes les régions et les défis économiques et sociaux ne sont également pas les mêmes. L’approche empruntée pour la mise en place des programmes de développement territorial inté- gré est fiable dans la mesure où la collecte des besoins au niveau local permettra une réponse, en termes de programmes et poli- tiques, adaptée aux besoins (une sorte «de politiques à la carte»), et c’est l’essence de l’équité territo- riale. Cette approche, combinée à la politique des projets structu- rants dont bénéficient les régions, permettra certes de réduire les disparités régionales, à condition que, dans le futur, les régions bénéficient, sur un même pied d'égalité et selon leur potentiel, de ces projets structurants.
Les ressources financières des régions seront significativement renforcées, avec des transferts financiers qui atteindront au moins 12 milliards de dirhams par an à partir de 2027.
lables et l'hydrogène vert. In fine, chaque région a un rôle précis à jouer dans la stratégie industrielle de l'État et au profit de son propre développement économique. Le défi pour la gouvernance locale est de faire un diagnostic rigoureux de ses potentiels pour orienter les budgets d’investissement vers ces secteurs porteurs. F. N. H. : La réforme pré- voit de faire de la région un véritable levier du déve- loppement économique. Les collectivités territoriales marocaines disposent-elles aujourd’hui des compé- tences et des ressources humaines nécessaires pour assumer ce rôle ? S. S. : La réforme territoriale au Maroc a pour objectif de faire de la région le vrai moteur du dévelop- pement économique. Cependant, l’expérience sur le terrain a révé- lé un décalage majeur entre les textes juridiques et la réalité des ressources humaines locales. Sur le plan législatif, les compétences des conseils régionaux ont été élargies, notamment pour stimuler l’investissement et piloter les Plans de développement régionaux. Le problème réside dans l’exercice effectif de ces prérogatives, qui se heurte à un manque flagrant de capital humain. Les collectivités territoriales souffrent d'un déficit d'attractivité face au secteur privé et à l’administration centrale, ce qui bloque le recrutement de pro- fils qualifiés. C’est précisément pour dépasser ce blocage et attirer
F. N. H. : Il est prévu près de 210 milliards de dirhams sur huit ans pour financer cette nouvelle génération de programmes territoriaux intégrés. Ce niveau d’inves- tissement peut-il réellement transformer les dynamiques économiques régionales du Maroc et quels pourraient être les principaux impacts macroéconomiques de ces programmes sur la crois- sance nationale ? S. S. : Certes, il s'agit d'un niveau d’investissement consé- quent, s'élevant en moyenne à plus de 25 milliards de dirhams par an. L’essentiel aujourd'hui est de se focaliser sur les régions défavorisées en vue de réduire les disparités territoriales. Il convient de dynamiser l’attracti- vité de ces territoires pour attirer les investissements nationaux et internationaux, vecteurs de croissance et d’emplois. Cela ne peut être réalisable qu’à tra- vers un diagnostic rigoureux des potentiels économiques et humains de chaque zone, afin d’orienter les capitaux en fonc- tion des avantages comparatifs locaux. L’investissement public doit pleinement jouer son rôle de levier, notamment dans les territoires les plus démunis. La création de véritables écosys- tèmes autour des secteurs por- teurs de chaque territoire est la clé pour que ces programmes génèrent des retombées posi- tives durables sur la croissance et l’emploi.
F. N. H. : Le texte insiste justement sur la création d’emplois et l’attractivité des territoires. Quels sec- teurs économiques pour- raient bénéficier le plus de cette réforme ? S. S. : Il est évident que chaque région a ses secteurs favoris, et c'est pourquoi la réforme ne peut pas s'appliquer de manière uni- forme. L’attractivité des territoires et la création d’emplois dépendent de la capacité de chaque région à dynamiser ses propres moteurs économiques et ses atouts exis- tants. C'est à travers cette spécia- lisation territoriale que les régions pourront s’inscrire pleinement dans la dynamique des Métiers mon- diaux du Maroc. Pour les régions de l'axe atlantique, notamment Tanger-Tétouan et Casablanca- Settat, l’impact se fera ressentir sur l'industrie automobile et l’aéro- nautique grâce à une gestion plus agile du foncier et des projets. En revanche, pour des régions comme le Souss-Massa ou encore Rabat- Kénitra, l’enjeu sera de moderniser l’agro-alimentaire pour sécuriser la valeur ajoutée face à la sécheresse. De même, les régions du Sud et du Draa-Tafilalet pourront valoriser leurs avantages comparatifs pour attirer les investissements interna- tionaux dans les énergies renouve-
Ces programmes seront conçus dans une logique participative entre les citoyens et les acteurs locaux, ce qui constitue une rupture avec la logique de développement imposée par le centre…
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