ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 14 MAI 2026
F. N. H. : Au-delà des annonces institutionnelles et financières, quels seront, selon vous, les principaux défis qui détermineront le succès ou l’échec de cette réforme territoriale ? S. S. : A mon sens, la réussite de la réforme territoriale en cours dépend étroitement du profil et du calibre des futurs élus issus des prochaines échéances élec- torales, ainsi que de la syner- gie concrète entre ces élus et les autorités régionales. Au-delà de la réduction des déséquilibres entre les différentes régions du Royaume, le succès de cette réforme se mesurera à sa capa- cité à résorber les disparités intra- régionales. La gouvernance terri- toriale demeure ainsi le pivot qui conditionnera l'effectivité de la régionalisation avancée. Ce nouvel écosystème ne pourra toutefois fonctionner sans l'abou- tissement réel de la déconcentra- tion administrative. Si la réforme tente d'institutionnaliser cette coopération en clarifiant les com- pétences partagées et en injec- tant des ressources, le cadre législatif se heurtera inévitable- ment à la réalité des pratiques. Sans une autonomie de décision réelle accordée aux responsables régionaux vis-à-vis de l'adminis- tration centrale, la déconcentra- tion pourrait freiner la réforme, ce qui transformerait la gouver- nance partagée en une simple déconcentration technique, blo- quant ainsi l'initiative des acteurs régionaux au profit des arbitrages de l’État central. Dès lors, la solu- tion cruciale est de procéder à un transfert du pouvoir décisionnel de l’administration centrale vers les directions régionales, afin de libérer les initiatives locales des lourdeurs de concentration admi- nistrative. Enfin, pour garantir la réussite sur le long terme, il devient indispen- sable de créer des synergies entre le système éducatif et les spécifi- cités économiques dans chaque région. Cette convergence straté- gique est la voie pour garantir une meilleure adéquation entre la for- mation des jeunes et les besoins réels du marché du travail au sein de chaque territoire. ◆
Grâce à son dynamisme industriel et logistique, Tanger s’impose comme l’un des pôles majeurs de l’attractivité territoriale marocaine.
de l’IR et de l’IS, et 20% des taxes sur les contrats d'assurance. Ceci dit, le renforcement de l’au- tonomie financière des régions, quoique porteur d’une dynamique économique et sociale majeure dans les territoires, comporte éga- lement le risque d’élargissement des disparités déjà existantes entre les régions et est susceptible de créer de nouveaux déséqui- libres. Les ressources financières des régions sont, à la base, le résultat de l’activité économique de chaque territoire; par consé- quent, les régions dont les dyna- miques économiques sont créa- trices de richesse et d’emplois sont les plus dotées en ressources et seront les plus à même de tirer profit du renforcement de leur autonomie financière, alors que ce n’est pas le cas des régions où l’activité économique est faible. Dès lors, le vrai défi aujourd’hui est de compléter le dispositif juridique par des mécanismes en mesure de pallier ces éventuels déséqui- libres, tout en renforçant l’autono- mie financière des régions, parce qu’elle est indispensable, comme déjà signalé, à la réussite de la déclinaison de la régionalisation avancée et du développement ter- ritorial équilibré. F. N. H. : La transforma- tion des agences régionales d’exécution des projets en sociétés anonymes inspi- rées du secteur privé peut- elle améliorer l’efficacité de la dépense publique ? Quels en sont les risques ? S. S. : Le plus important réside dans le changement du mode de gestion pour une meilleure
un capital humain qualifié que la réforme mise sur la création de mécanismes capables d'offrir des niveaux de rémunération compéti- tifs et des perspectives de carrière motivantes. L’enjeu n'est pas seu- lement de recruter, mais d'installer un statut valorisant pour la fonction publique territoriale afin de stabili- ser ces compétences à l’échelon local. C’est cette mise à niveau du capital humain qui va permettre de basculer vers les nouveaux modes de management indispensables à l'efficacité des territoires. F. N. H. : Le renforcement des ressources financières des régions constitue un axe majeur de la réforme. Jusqu’où peut aller l’autono- mie financière des régions sans créer de nouveaux déséquilibres entre terri- toires riches et territoires moins développés ? S. S. : L’autonomie financière des régions est une condition sine qua non pour la réussite du chantier de la régionalisation avancée, et plus particulièrement de la nou- velle génération de programmes de développement territorial inté- gré. Elle traduit la déclinaison effective des compétences des régions et constitue un impératif à l’effectivité de la décentralisation. C’est dans ce sens que la réforme prévoit un renforcement de l’auto- nomie financière des régions, par une augmentation de 20% des budgets régionaux globaux, la définition d’un plancher de trans- ferts financiers de l’État de l’ordre de 12 milliards de dirhams par an à l’horizon 2027 et le partage des impôts nationaux à hauteur de 5%
efficience de l’affectation de la dépense publique. La transfor- mation des agences régionales d’exécution des projets en socié- tés anonymes permettra l’intro- duction d’un mode de manage- ment inspiré du secteur privé, notamment par l’allégement des procédures administratives jugées parfois lourdes et lentes, ainsi que l’alignement des niveaux de rémunération sur le secteur privé, ce qui peut attirer les profils à même de répondre aux défis de la régionalisation avancée et du développement territorial à vitesse unique, comme voulu par Sa Majesté le Roi, que Dieu Le glorifie. Cette transformation aura aussi un impact sur les modalités de financement des régions et la capacité de lever des fonds sur le marché, comme vient de le faire la région Casablanca-Settat. Toutefois, cela induit des risques, notamment des risques de conflits d'intérêts entre les directeurs des sociétés (non élus) et les élus, un affaiblissement du pouvoir de décision des élus locaux et un risque de concentration des projets dans les grandes préfec- tures, ce qui défavorise l’équité provinciale qui reste le but du développement territorial intégré. Néanmoins, ces risques doivent être perçus en tant que défis à relever plutôt que des freins à l’accomplissement de la réforme.
La création de véritables écosystèmes autour des secteurs porteurs de chaque territoire est la clé pour que ces programmes génèrent des retombées positives durables sur la croissance et l’emploi.
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