ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 14 MAI 2026
inspections, en donnant des défi- nitions claires des responsabilités, des délais, des sanctions et des circuits d’alerte. Tertio : adopter des lignes direc- trices nationales et des guides de bonnes pratiques de pharmacovi- gilance alignés sur les guides euro- péens ou ceux de l’OMS. Quarto : mettre en place des exi- gences standardisées pour les plans de gestion des risques. Il s’agit de documents réglementaires obligatoires qui décrivent tous les risques connus ou potentiels d’un médicament donné, ainsi que les mesures prévues pour les prévenir, les détecter et les minimiser. Quinto : renforcer institutionnel- lement l’AMMPS à travers la cla- rification et la sécurisation de son mandat. Sexto : accélérer la transformation numérique de la vigilance. Septimo : développer une culture nationale de pharmacovigilance, notamment chez les professionnels de santé (médecins, pharmaciens, infirmiers..), à travers une formation continue structurée et obligatoire, et intégrer des modules mis à jour de pharmacovigilance dans les cur- sus des facultés de médecine, de pharmacie et de chirurgie dentaire. Octavo : ancrer l’AMMPS dans l’écosystème pharmaceutique et médical international à travers la participation aux réseaux OMS/ Uppsala Monitoring Center en Suède, centre collaborateur de l’OMS dédié à la pharmacovigi- lance mondiale, avec une contri- bution active à la base mondiale de pharmacovigilance, ainsi que l’intégration de l’AMMPS dans le système des signaux internationaux (Agence européenne des médica- ments, Food & Drug Administration, Organisation mondiale de la santé). N ono : implanter une coopération régionale africaine entre l’AMMPS et les autres agences africaines des médicaments, avec un partage croi- sé des alertes. Decimo : viser un leadership pour l’AMMPS au niveau africain en matière de pharmacovigilance et de surveillance du marché des médi- caments. Undécimo : établir une évaluation régulière des performances, notam- ment à travers des indicateurs de maturité et de performance. ◆
Les réformes engagées depuis 2023 marquent un tournant majeur dans la modernisation du secteur pharmaceutique marocain et dans le renforcement de la souveraineté sanitaire du Royaume.
et demeure, pour le moment, en transition. Il reste encore à mettre en place les organigrammes et les circuits décisionnels et à instaurer une coordination entre l’AMMPS, les centres régionaux de pharmaco- vigilance, les hôpitaux, les officines et l’industrie pharmaceutique. De même, il faudra instaurer un véritable cadre opérationnel de ges- tion du risque, qui constitue l’une des exigences du système ML3 et s’attaquer à la problématique des déclarations. En effet, les pro- fessionnels de santé (médecins, pharmaciens, infirmiers ou indus- triels …) ne notifient pas suffisam- ment les effets indésirables consta- tés à leur niveau ou ceux qui leur ont été signalés. Par ailleurs, il est utile de penser à former les professionnels de santé aux techniques en cours dans les vigilances, car malheureusement les formations dans ce domaine n’ont concerné qu’une petite partie des professionnels et étaient géné- ralement payantes, sans compter qu’elles avaient lieu surtout à Rabat et ses alentours. Mais plus important encore, la pro- blématique des capacités tech- niques et des ressources humaines dédiées aux vigilances est limitée pour le moment. Le Centre anti- poison et de pharmacovigilance du Maroc (CAPM) était l’un des cinq centres collaborateurs de l’Orga- nisation mondiale de la santé et il était bien doté en cadres de haut niveau en matière de vigilance. Malheureusement, la grande majo- rité de ces cadres n’ont pas rejoint
le pôle des vigilances de l’AMMPS. Celle-ci a dû lancer des appels à candidatures pour recruter des profils qualifiés et opérationnaliser les vigilances, tout en recrutant cer- tains rares cadres issus du CAPM. La digitalisation représente aussi un grand défi. Il sera nécessaire de mettre en place des systèmes d’in- formation intégrés entre l’AMMPS, les hôpitaux, les officines, la CNOPS/CNSS et les plateformes de déclaration. De même, instaurer un système national unifié de décla- rations électroniques interopérables avec les dossiers médicaux devient une nécessité absolue. F. N. H. : Quels impacts concrets ces évolutions réglementaires, notamment depuis 2023, ont-elles eu sur les acteurs du secteur pharmaceutique et sur l’ac- cès des patients aux médica- ments ? A. B. : Les évolutions réglemen- taires récentes ont eu des impacts indiscutablement concrets et immé- diats sur les acteurs du secteur pharmaceutique et sur les patients. C’est ainsi que la sécurité médi- camenteuse a été renforcée, que les obligations des industriels en matière de sécurité, d’efficacité et de qualité ont été professionnali- sées et que les procédures ont été modernisées. Toutefois, certaines tensions ou pénuries sur certains médicaments persistent encore, ainsi que l’ex- plosion des importations pharma- ceutiques avec, pour corollaire, un
effondrement de la balance com- merciale pharmaceutique dont le déficit a atteint des records. C’est là un grand défi pour l’AMMPS, qui doit travailler main dans la main avec l’Office des changes, le ministère de l’Industrie et du Commerce, afin d’identifier les lacunes expliquant l’explosion des importations pharmaceutiques, y compris de médicaments parfaite- ment fabricables au Maroc, et faire en sorte qu’une bonne partie de ces importations soit substituée par de la fabrication locale. Notre pays y gagnerait en termes d’emploi, de valeur ajoutée industrielle, d’écono- mie en devises et surtout de souve- raineté pharmaceutique. F. N. H. : Quelles devraient être les prochaines étapes prioritaires pour consolider le cadre réglementaire et ren- forcer le rôle de l’AMMPS dans les années à venir ? Les prochaines étapes prioritaires pour consolider le cadre réglementaire et renforcer le rôle de l’AMMPS dans les années à venir sont les suivantes : A. B. : Primo : consolider le socle juridique et les bonnes pratiques à travers la finalisation des textes d’application, décrets et arrêtés, notamment ceux relatifs à la pharmacovigilance. Deuxio : installer une surveillance pointue du marché ainsi que des
La problématique des capacités techniques et des ressources humaines dédiées aux vigilances est limitée pour le moment.
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