ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 14 MAI 2026
C’est ainsi que l’AMMPS est deve- nue non seulement une version plus moderne de l’ex-DMP, mais aussi et surtout l’autorité nationale de régulation conformément aux stan- dards internationaux, avec un péri- mètre plus élargi, une autonomie plus importante et une responsabi- lité stratégique dans la souveraineté sanitaire du pays. L’AMMPS a été érigée par la loi 10-22 en tant qu’autorité nationale de régulation, en mesure d’assu- rer l’ensemble des fonctions d’une National Regulatory Authority (NRA), selon le Global Benchmarking Tool de l’OMS. Elle couvre désormais tous les produits de santé, tels que les médicaments princeps ou géné- riques, les vaccins et sérums, les produits biologiques, les produits sanguins labiles, en coordination avec l’Agence marocaine du sang et de ses dérivés (AMSD), mais aussi les produits non médicamen- teux tels que les dispositifs médi- caux, les produits cosmétiques, les compléments alimentaires, les bio- cides et les réactifs de diagnostic. De même, l’AMMPS est respon- sable des évaluations, des auto- risations, de la surveillance, des inspections et de la régulation éco- nomique. Cette agence joue éga- lement un rôle stratégique dans la souveraineté sanitaire de notre pays. Elle vise, à ce titre, à réduire notre dépendance vis-à-vis de pays tiers en matière d’approvisionne- ment en médicaments et en pro- duits de santé, ainsi qu’à sécuriser les besoins de notre pays en pro- duits essentiels et stratégiques. L’AMMPS gère également les situa- tions de tension ou de pénurie et régule nos importations pharma- ceutiques. Sur le plan économique, l’AMMPS reste un acteur clé dans la régula- tion du médicament. À ce titre, elle analyse les dossiers de prix, sur- veille le marché des médicaments, lutte contre les pénuries, régule les importations parallèles, évalue l’impact économique des décisions réglementaires et contribue aux réflexions sur la révision du décret de fixation des prix, tout en veillant à sa mise à jour et à son adaptation au contexte actuel. L’AMMPS doit aussi promouvoir la fabrication locale des produits de santé, notamment les médicaments
sage d’un système fragmenté et basé sur les déclarations volon- taires à un système proactif, struc- turé et responsabilisant, car l’ancien système était caractérisé par une très large sous-notification des effets indésirables et des intoxica- tions médicamenteuses. Pour ce qui est de la surveillance du marché, celle-ci a été fortement renforcée, notamment à travers une fonction formalisée de surveillance post-commercialisation, incluant des contrôles qualité après la mise sur le marché des produits de santé, mais aussi la gestion des alertes et les retraits éventuels de lots non conformes, la lutte contre les médi- caments falsifiés, la régulation de la publicité ainsi que l’instauration de sanctions très sévères à l’encontre des contrevenants. Ainsi, le dispositif marocain de pharmacovigilance a été érigé en un système intégré, obligatoire, contrôlé, centralisé et aligné sur les standards internationaux, permet- tant une meilleure sécurité pour les patients. F. N. H. : Malgré les avancées réalisées, quels défis struc- turels ou opérationnels per- sistent encore dans le sys- tème de pharmacovigilance au Maroc ? A. B. : Malgré les avancées majeures des réformes récentes en matière de vigilances, plusieurs défis structurels et opérationnels persistent encore. Pour ce qui est de la gouvernance et de l’organisation, la centrali- sation des vigilances au sein de l’AMMPS n’est pas encore terminée Le renforcement de la formation des professionnels de santé aux pratiques et techniques liées aux vigilances demeure essentiel, dans un domaine où les formations restent encore insuffisantes.
génériques. Elle doit accompagner la montée en puissance industrielle, en particulier dans les biotechno- logies pharmaceutiques, telles que les vaccins et les biothérapies. L’agence demeure également l’interlocuteur national pour les initiatives internationales dans le domaine pharmaceutique (OMS, EMA, FDA, ANSM, agences afri- caines des médicaments, etc.). Bien entendu, cela suppose une articulation stratégique de l’AMMPS avec les autres nouvelles institu- tions de la santé, telles que la Haute autorité de la santé (HAS), l’Agence marocaine du sang et de ses déri- vés (AMSD) et les Groupements sanitaires territoriaux (GST). La dif- férence entre l’AMMPS et la HAS est que la première est l’autorité scientifique et réglementaire, tandis que la seconde est l’autorité norma- tive et évaluative. F. N. H. : Dans quelle mesure les réformes engagées entre 2023 et 2026 ont-elles ren- forcé ou transformé le dispo- sitif de pharmacovigilance et de surveillance des médica- ments ? A. B. : Pour rappel, la pharma- covigilance consiste à assurer le suivi des intoxications médicamen- teuses, du mésusage médicamen- teux, des effets indésirables médi- camenteux et de ceux des autres produits de santé après leur com- mercialisation. La pharmacovigi- lance veille également à la mise à disposition de l’actuelle AMMPS des plans de gestion des risques pour les nouveaux médicaments, ainsi que pour des médicaments
plus anciens présentant d’éventuels risques. L’ensemble des vigilances (phar- macovigilance, vaccinovigilance, matériovigilance, cosmétovigilance, hémovigilance et réactovigilance...), auparavant contrôlées par le Centre antipoison et de pharmacovigilance du Maroc (CAPM), sont aujourd’hui passées sous le contrôle de l’AMMPS. Les réformes menées entre 2023 et 2026 ont profondément renforcé et transformé le dispositif marocain de pharmacovigilance en le rap- prochant des standards ML3 de l’OMS, en élargissant les obliga- tions des acteurs et en centralisant le contrôle au sein de l’AMMPS. En 2026, une refonte profonde a été introduite dans le dispositif des vigi- lances à travers une loi modifiant la loi 17-04. Et ce à travers : • la création d’un système natio- nal structuré de pharmacovigilance, incluant la détection, l’évaluation, la prévention et la gestion des effets indésirables. • l’obligation de notification sys- tématique par les pharmaciens responsables des établissements pharmaceutiques. -la désignation obligatoire d’un pharmacien assistant responsable de la pharmacovigilance dans chaque établissement pharmaceu- tique. La nouveauté réside dans le pas-
La mise en place d’un système national unifié de déclarations électroniques interopérables avec les dossiers médicaux devient une nécessité absolue.
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