Finances News Hebdo 1235

ECONOMIE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 14 MAI 2026

Réglementation pharmaceutique «Le Maroc transforme en profondeur son dispositif de pharmacovigilance»

F. N. H. : La création de l’AMMPS s’inscrit dans un processus de modernisation du secteur. Quel rôle joue aujourd’hui cette agence dans la gouvernance globale du médicament au Maroc ? A. B. : La création de l’AMMPS s’inscrit effectivement dans un pro- cessus de modernisation du sec- teur. Cette agence constitue une véritable rupture avec l’ancienne Direction du médicament et de la pharmacie (DMP). Cette dernière était devenue, au fil des années, obsolète et incapable de suivre les évolutions scientifiques et techno- logiques qu’a connues le secteur pharmaceutique, aussi bien au niveau national qu’international. Il faut rappeler que cette agence jouit d’une autonomie administra- tive et financière, contrairement à la DMP qui était le bras pharma- ceutique du ministère de la Santé et l’une de ses multiples directions. Il faut aussi rappeler que la majo- rité des pays dans le monde ont adopté le modèle d’agences auto- nomes plutôt que celui de direc- tions dépendantes des ministères de la Santé. En Afrique, le Maroc était l’un des derniers pays à opter pour une agence des médicaments. Mais, comme on dit, mieux vaut tard que jamais, et tout l’enjeu est aujourd’hui de rattraper le retard pris dans la gouvernance du sec- teur pharmaceutique. Malheureusement, la naissance de l’AMMPS s’est faite dans la douleur. En effet, la majorité des fonction- naires de l’ancienne DMP avaient refusé de signer un contrat avec l’AMMPS et de la rejoindre. Ils ont tenu à conserver leur statut de fonctionnaires du ministère de la Santé, ce qui n’était plus possible. Le conflit syndical a entraîné le départ de plus de 200 employés de l’ex-DMP. Le professeur Samir Ahid, directeur de l’AMMPS, a dû recourir à de nombreux appels à candidatures pour des postes dans ses diffé- rents pôles. Ces appels à candi- datures ont permis d’injecter du sang neuf constitué de pharma- ciens, de médecins, d’ingénieurs et d’autres cadres, tout en valorisant les anciennes ressources humaines de la DMP, qui avaient cumulé des années d’expérience.

Le secteur pharmaceutique marocain connaît, depuis 2023, une phase de transformation importante, portée par une évolution progressive du cadre réglementaire et de la gouvernance du médicament. Les réformes engagées visent à renforcer la sécurité médicamenteuse ainsi que le pilotage du secteur pharmaceutique. Entretien avec Abdelmadjid Belaïche, expert en industrie pharmaceutique, analyste des marchés pharmaceutiques et membre de la Société marocaine de l’économie des produits de santé.

Propos recueillis par Ibtissam. Z.

ceutiques ont été mis en place. Les plus importants concernent l’atteinte de l’objectif de réali- sation de la maturité réglemen- taire du niveau ML3 du Global Benchmarking Tool (GBT) de l’OMS, la consolidation de la sou- veraineté sanitaire du pays et le contrôle des flux des médica- ments et des produits de santé, notamment à l’importation. L’ensemble de ces réformes a été réalisé en cohérence avec les orientations royales concernant la sécurité médicamenteuse, la sou- veraineté sanitaire et la compétiti- vité industrielle, et conformément à la loi-cadre 06-22 sur la réforme du système de santé et à la loi 09-21 sur la protection sociale. Pour rappel, l’Agence marocaine des médicaments et des produits de santé (AMMPS) a été créée par la loi n°10-22. Cette loi vise à professionnaliser, centraliser et moderniser la régulation des médicaments et autres produits de santé en les mettant sous le

contrôle de l’AMMPS. C’est ainsi que plusieurs textes structurants ont été adoptés en 2025 et début 2026 pour aligner le cadre réglementaire marocain sur les standards internationaux. C’est le cas notamment du décret n°2.26.28 instaurant un cadre unifié pour le visa sanitaire des médicaments importés, clarifiant les conditions d’autorisation et les exigences documentaires, ainsi que du décret n°2.26.223 visant la mise à niveau du cadre des recherches biomédicales, en modifiant le décret 2.20.326 (2021) pour renforcer la protection des personnes y participant et veiller à l’éthique de la recherche médicale. Par ailleurs, a été adopté le décret n°2.26.266 réformant le décret 2.07.1064 relatif à l’exercice de la pharmacie pour les officines et les établissements pharmaceu- tiques, afin d’adapter les règles d’ouverture, d’inspection et de conformité au nouveau contexte.

Finances News Hebdo : Comment situez-vous l’évo- lution globale de la régle- mentation pharmaceutique au Maroc ces dernières années, et plus particulière- ment les réformes mises en œuvre entre 2023 et 2026 ? Abdelmadjid Belaïche : Après avoir connu une longue période d’errances et de cafouillages réglementaires en matière de santé, le Maroc s’est enfin enga- gé dans une voie plus sérieuse, avec les réformes entamées entre 2023 et début 2026. Le but étant de moderniser le secteur phar- maceutique et de l’adapter aux nouvelles évolutions scientifiques et technologiques qu’a connues ce secteur, aussi bien dans notre pays que dans le monde. C’est ainsi que l’évolution globale de notre réglementation phar- maceutique a connu une véri- table accélération. De nombreux décrets et circulaires traitant de différents aspects pharma-

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