Finances News Hebdo 1235

ECONOMIE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 14 MAI 2026

mondiale sur la croissance et emploi, et qui a fait l'objet d'une présentation au Policy Center for the New South. Ce rapport ne parle pas uniquement de crois- sance au sens macroéconomique. Il pose une question plus fonda- mentale : comment transformer les atouts du Maroc en croissance plus forte, plus inclusive et plus créatrice d'emplois ? Il s'inscrit d'ailleurs dans la continuité des ambitions du Nouveau modèle de développement, qui insiste lui aussi sur la transformation structurelle de l'économie, le rôle moteur de l'investissement privé et la nécessité de construire une économie productive, créatrice de richesse et d'emplois de qualité. Parmi les leviers mis en avant, quatre me semblent particulière- ment importants dans le débat sur les IDE. Le premier est l'investissement public. Le Maroc a beaucoup investi dans ses infrastruc- tures, et cela a été déterminant pour son attractivité. Mais l'en- jeu aujourd'hui est de renforcer encore l'impact de l'investisse- ment public sur l'investissement privé. L'investissement public doit davantage jouer un rôle d'entraînement : ouvrir des mar- chés, améliorer la connectivité, réduire les coûts logistiques, faci- liter l'accès au foncier industriel et soutenir les écosystèmes pro- ductifs. Ce n'est pas seulement le volume d'investissement public qui compte, mais sa capacité à générer de l'investissement privé et de la productivité. Le deuxième levier est la concur- rence. Une économie plus concurrentielle est une économie où les entreprises performantes peuvent croître, où les nouveaux entrants peuvent accéder au marché et où les rentes sont progressivement réduites. C'est essentiel pour que les IDE aient un effet d'entraînement réel. Si les marchés restent insuffisam- ment concurrentiels, l'investis- sement étranger peut coexister avec un tissu local peu dyna- mique. En revanche, lorsque la concurrence fonctionne mieux, les entreprises locales sont incitées à monter en qualité, à innover et à s'intégrer dans les

chaînes de valeur. Le troisième levier est la formation. Les IDE de nouvelle génération, notamment dans l'automobile électrique, les batteries, l'aéronautique ou les énergies renouvelables, exigent des compétences de plus en plus spécialisées. Le Maroc ne pourra retenir davantage de valeur que s'il dispose d'une main-d'œuvre formée, adaptable et capable d'accompagner la montée en gamme industrielle. Le quatrième levier est l'intégra- tion des PME. C'est un point décisif. Les IDE ne produisent pas le même effet selon qu'ils s'implantent dans un écosystème dense ou dans un environne- ment où les fournisseurs locaux restent faibles. Pour que les IDE deviennent un moteur de richesse partagée, il faut que les PME marocaines puissent accéder aux chaînes de valeur, répondre aux standards des grands donneurs d'ordre, bénéficier de transferts de savoir-faire et monter progres- sivement en compétence. Sans cette intégration, l'impact des IDE restera partiel. Je reviens ici à un point que j'ai déjà mentionné, et que je répète volontairement : l'appropriation de la technologie reste un élé- ment clé. Je me répète, mais c'est important. Le transfert tech- nologique ne se décrète pas. Il suppose une base locale capable d'apprendre, d'absorber, d'adap- ter et, à terme, de produire par elle-même. C'est là que se joue la différence entre un pays qui accueille des capitaux étrangers et un pays qui transforme ces capitaux en capacités produc- tives nationales. Dans dix ans, le Maroc peut être un pays qui aura transformé les IDE en richesse partagée. Mais cela dépendra de sa capacité à passer d'une logique d'attraction à une logique d'appropriation. Le contexte change, mais la boussole doit rester la même : transformer l’attractivité en déve- loppement durable et partagé, en agissant sur l’investissement public, la concurrence, la for- mation, l’intégration des PME et l’appropriation de la technologie. Je suis optimiste par conviction, mais vigilant par obligation. ◆

de transfert de savoir-faire et de montée en gamme productive. Ils doivent permettre au pays de franchir de nouveaux paliers de développement. Le Maroc a globalement relevé le défi de l'attraction, même s'il existe encore un potentiel pour faire mieux. Le défi central, désor- mais, est de maximiser l'impact de ces investissements. Autrement dit, comment faire en sorte que les IDE ne se limitent pas à des flux de capitaux, mais deviennent un levier de transformation écono- mique ? Comment retenir davan- tage de valeur ? Comment intégrer davantage les PME ? Comment créer plus d'emplois qualifiés ? Comment faire monter les com- pétences ? Comment renforcer l'appropriation technologique ? C'est dans ce cadre que je trouve utile de rappeler les enseigne- ments du rapport de la Banque  Le Maroc tire parti de sa neutralité géostratégique pour s'imposer comme plateforme d'investissement.

Je comprends bien que certains secteurs de pointe exigent une expertise que tous les investis- seurs nationaux ne possèdent pas encore. Mais c'est précisément pour cela qu'il faut encourager les stratégies de partenariat entre investisseurs marocains et étran- gers. Les joint-ventures peuvent devenir un levier de transfert tech- nologique, d'apprentissage indus- triel et d'appropriation locale. C'est une façon concrète de renforcer la résilience du Maroc face aux fluctuations des investissements étrangers. F. N. H. : Dans dix ans, le Maroc sera-t-il un pays qui aura transformé ses IDE en richesse partagée, ou un pays qui aura accueilli des capitaux étrangers sans en retenir suffisamment la valeur ? A. A. A. : C'est une question extrêmement pertinente. La fina- lité de l'attractivité n'est pas d'atti- rer les IDE pour eux-mêmes. Les IDE sont un moyen, pas une fin. Ils doivent être un vecteur de crois- sance, de création de richesse,

Le Maroc reste l'une des économies les plus diversifiées de la région, et cela commence effectivement à se refléter dans la structure des investissements.

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