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DEVELOPPEMENT DURABLE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 14 MAI 2026

Transition énergétique Les PME en moyenne tension, les «laissées-pour-compte»

L

toproduction par panneaux solaires, sou- vent présentée comme la solution de rem- placement, elle bute sur une contrainte physique simple : les toits industriels ne permettent de couvrir que 10 à 20% des besoins électriques réels. Aller au-delà suppose d'investir dans des batteries de stockage coûteuses, que la réglementa- tion actuelle de la loi 82-21 n'incite aucu- nement à déployer. La PME se retrouve donc prise en étau entre des droits for- mels et des impossibilités pratiques, et c'est dans cet étau que la taxe carbone européenne risque de la broyer. Mais des solutions existent déjà La bonne nouvelle, c'est que le terrain n'a pas attendu que la réglementation se débloque. Quatre modèles alternatifs ont émergé, portés par des opérateurs privés et des programmes de développement, qui prouvent que la décarbonation des PME est techniquement et économique- ment faisable dès aujourd'hui. Le premier est celui des Zones indus- trielles durables (ZID) : regrouper les PME d'une même zone autour d'une centrale solaire commune, redistribuant l'élec- tricité localement sans transiter par le réseau public, et donc sans supporter le TURD. La zone industrielle de Ouled Salah à Bouskoura, soutenue par le fonds FONZID du programme MCA-Morocco, en est l'illustration concrète. Le deuxième modèle est le PPA sur site avec tiers-investisseur : un opérateur spé- cialisé finance, installe et exploite les pan- neaux solaires sur les toits de la PME, lui revendant l'électricité produite avec une décote de 20 à 30% par rapport au tarif du distributeur public, sans que la PME n'avance un centime. GreenYellow et Jet Energy déploient déjà ce modèle dans plusieurs zones industrielles de la région casablancaise, avec des centrales allant de 500 kWp à 2 MWp. Le troisième modèle est celui des parcs industriels zéro carbone clés en main : pour les PME en phase de création ou d'extension, s'installer directement dans

e Maroc a de quoi être fier de sa vitrine énergétique. Noor Ouarzazate, les champs éoliens de Tarfaya, un objectif de 52% de renouvelables d'ici 2030, une stratégie climatique que les chancelleries étrangères citent volontiers en exemple. Mais derrière cette façade, une fracture s'est creusée discrètement, sans faire de bruit, dans les zones industrielles de Casablanca, de Settat ou de Tanger. Les PME branchées sur le réseau de moyenne tension (MT) - les fabricants de textile, de composants automobiles, de produits agroalimentaires qui consti- tuent l'ossature de notre tissu exporta- teur - ne peuvent toujours pas accéder à l'énergie verte. Pas parce que le soleil ou le vent font défaut. Parce que le cadre réglementaire, tel qu'il a été construit, a ouvert la transition énergétique aux grands groupes industriels et laissé les autres au bord de la route. Et c'est précisément ce décalage qui constitue aujourd'hui une menace concrète pour leur compétitivité, au moment où le Mécanisme d'ajustement carbone aux frontières européen (MACF) est entré en vigueur depuis janvier 2026. Ce n'est pas un hasard de marché. C'est le résultat d'un choix politique que les économistes de l'énergie nomment avec précision : une libéralisation par le haut. Les lois 13-09, 40-19 et 82-21 ont officiel- lement ouvert le marché de l'électricité verte à tous les opérateurs. Dans les faits, elles ont produit un sys- tème à deux vitesses : d'un côté, les cimentiers, les sidérurgistes et les grands constructeurs automobiles connectés en haute tension, qui négocient directement des contrats d'achat d'énergie renou- velable avec des développeurs privés comme Nareva ou Voltalia; de l'autre, les PME en moyenne tension, pour les- quelles ces mêmes droits restent lettre morte. Le droit existe. C'est son exercice concret qui est rendu impossible par une accumulation de blocages technico- économiques que personne ne semble pressé de lever.

Par Dr. Mohamed Boiti, expert en transition énergétique et décarbonation industrielle

Des obstacles persistent Ces blocages méritent d'être nommés clairement. Premier obstacle : les grands déve- loppeurs de parcs solaires ou éoliens ciblent des volumes de consommation massifs, incompatibles avec la taille d'une PME. Résultat : aucune offre commerciale d'électricité verte ne leur est accessible sur le marché. Deuxième obstacle : même si une PME trouvait un fournisseur, elle se heurterait au Tarif d'utilisation du réseau de dis- tribution (TURD), fixé par l'ANRE à 6,07 centimes le kilowattheure en février 2026, auquel s'ajoute le tarif de transport longue distance (TURT à 6,85 ct/kWh). Cet empi- lement de coûts de transit rend parfois l'électricité verte plus chère que l'élec- tricité grise classique. La décarbonation, loin d'être un avantage compétitif, devient une charge financière supplémentaire. Troisième obstacle : la loi 40-19 a impo- sé aux producteurs de lourdes garan- ties bancaires et des provisions pour le démantèlement futur des installations, éliminant de facto les petits développeurs locaux qui auraient pu concevoir des projets de taille intermédiaire, sur mesure pour les besoins d'une PME. Quant à l'au-

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