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BOURSE & FINANCES

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 14 MAI 2026

Politique monétaire Les défis du ciblage de l’inflation Annoncée fin 2025, la phase pilote du nouveau régime monétaire de ciblage de l’inflation devrait intervenir au cours de cette année. Cette évolution de la stratégie de politique monétaire interviendrait dans un contexte toujours marqué par des chocs externes qui alimentent les risques inflationnistes.

Maroc est presque prêt. La plupart des conditions préalables semblent réunies, à l'exception notable du régime de change qui doit encore être libéralisé. Le canal du crédit, par exemple, fonctionne bien et la forte progression des créances sur l'économie (+8,2%) montre que les décisions de Bank Al-Maghrib sur les taux se transmettent effi- cacement aux entreprises et aux ménages, ce qui est un excellent signe» , précise-t-il. Toutefois, poursuit Edman, « deux signaux d'alarme majeurs remettent en question, à des degrés différents, le passage au régime de ciblage d’inflation. Le premier est la nature même de notre inflation. Notre économie est très exposée aux chocs externes, notamment une flambée des prix de l'éner- gie (augmentations successives du cours du Brent) due aux tensions géopolitiques. Ce type d'inflation, dite «importée» ou «par les coûts», est très difficile à combattre avec les outils monétaires classiques. Augmenter les taux d'intérêt pour contrer une hausse du prix de l'essence pénaliserait toute l'éco- nomie sans s'attaquer à la racine du problème». Par ailleurs, ajoute-t-il, « le second problème, encore plus inquié- tant, est la tendance actuelle à la déflation. La dernière note du HCP montre une inflation trimestrielle négative (-0,1%), tirée par la baisse des prix alimentaires (-1,1%). Or, le ciblage d'inflation est un outil conçu pour maîtriser une inflation trop forte, pas pour combattre la déflation, qui est souvent bien plus destructrice. Une spirale déflation- niste (baisse des prix, report des achats, baisse de la production, chômage) serait un scénario catas- trophe. Si cette tendance persiste, l'objectif de Bank Al-Maghrib en 2027 ne sera pas de «cibler» une inflation à 2%, mais de tout faire pour en créer. Enfin, pour que le ciblage d'inflation fonctionne, il faut une inflation structurellement positive et tirée par la demande intérieure. Aujourd'hui, nous avons l'inverse : une inflation négative, tirée par des chocs d'offre. Le che- min vers 2027 semble donc encore semé d'embûches », conclut l’éco- nomiste. ◆

Par J. M.

 Les anticipations pour le second trimestre tablent sur une inflation autour de 1,5% en variation annuelle, dans un scénario de retour

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progressif à la norme des cours pétroliers.

u terme des premiers mois de 2026, les indicateurs macroéco- nomiques témoignent de la rési- lience de l’activité économique. La note de conjoncture du haut- commissariat au Plan (HCP) d’avril 2026 met en évidence une bonne dynamique de croissance malgré un contexte international toujours tendu en lien avec l’éclatement du conflit au Moyen-Orient et la flam- bée des prix des produits pétroliers qui s’en est suivie. Le PIB aurait progressé en variation annuelle de 5% au premier trimestre de 2026 après une hausse de 4,1% au tri- mestre précédent. La croissance devrait se maintenir à un niveau relativement élevé autour de 4,7% au deuxième trimestre, selon les prévisions. Cette évolution est soutenue par des conditions monétaires main- tenues inchangées par la Banque

centrale. Le maintien du taux directeur de Bank Al-Maghrib à 2,25% depuis mars 2025 conti- nue d’avoir des effets sur le finan- cement de l’activité économique. Les créances sur l’économie ont affiché une progression de 8,2% en glissement annuel au premier trimestre 2026, après des hausses de 6,6% et 8,9% respectivement au 3ème et 4ème trimestre de 2025. Cette dynamique devrait se poursuivre au second trimestre 2026 avec une hausse estimée autour de 8,4%. Sur le marché de change, le Dirham se serait déprécié de 3,5% sur un an face à l’Euro au premier tri- mestre 2026. A l’inverse, il se serait apprécié face au Dollar américain de 7%. D’autre part, l’inflation globale a enregistré un recul (-0,1%) au premier trimestre 2026, sous l’ef-

fet du recul des prix alimentaires (-1,1%). Les anticipations pour le second trimestre tablent sur une inflation autour de 1,5% en varia- tion annuelle, dans un scénario de retour progressif à la norme des cours pétroliers. Toutefois, dans l’hypothèse de la poursuite des tensions au Moyen-Orient, maintenant les prix du pétrole à des niveaux élevés, elle pourrait atteindre 2,3%. Compte tenu de ce contexte, un régime monétaire de ciblage d’in- flation devrait, par son principe, contenir la hausse des prix autour d’un niveau cible à moyen terme. Selon l’économiste Edman Hassan, professeur d’économie et de ges- tion à la Faculté des sciences juri- diques, économiques et sociales d’Agadir, «à première vue, si l'on regarde la note de conjoncture du HCP, on pourrait penser que le

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