FNH N° 1248 ok

POLITIQUE

18

FINANCES NEWS HEBDO MERCREDI 30 SEPTEMBRE 2026

Législatives 2026 «Le PAM devra transformer ses promesses en actes»

formations, qui poseraient alors leurs propres condi- tions et revendiqueraient des postes gouvernementaux. Je pense que le noyau dur reste la trilogie PAM-RNI-Istiqlal, à laquelle pourrait éventuelle- ment se joindre le Mouvement populaire ou l'Union consti- tutionnelle, dont les orienta- tions fondamentales, pour ne pas dire idéologiques, sont proches. F. N. H. : Comment expli- quez-vous la percée spectaculaire du PJD, qui quadruple sa repré- sentation avec 54 sièges contre 13 en 2021 ? M.Z.A. : Le PJD s'est ressaisi depuis 2021. Le parti a mené une véritable campagne de reconquête depuis cette date. Il en a tiré les leçons qui s'imposaient, et la succes- sion assurée par Abdelilah Benkirane lui a insufflé une nouvelle dynamique de com- munication, à sa manière. Passer de 13 à 54 sièges est une percée remarquable, même si les cadres du parti espéraient sans doute arriver en tête. Quoi qu'il en soit, le PJD est désormais une force d'opposition avec laquelle il faudra compter. Le futur gouvernement aura face à lui une opposition très solide, et l'on peut s'attendre à des débats parlementaires ani- més. Et c'est tant mieux : c'est la démocratie qui en sortira gagnante. F. N. H. : Le recul du RNI est-il lisible comme un vote sanction contre le bilan du gouvernement Akhannouch ? M.Z.A. : Ce recul s'explique d'abord par la fuite ou la «transhumance» de nom- breux cadres qui ont rejoint un autre camp, notamment le PAM. Deuxièmement, le retrait d'Aziz Akhannouch a eu un effet retentissant sur les cadres et les militants du parti. Troisièmement, le choix du moment de la succession n'a peut-être pas été le bon.

Arrivé en tête du scrutin du 23 septembre avec 97 sièges, le Parti authenticité et modernité (PAM) devra composer une coalition gouvernementale dans un paysage marqué par une abstention historique, la percée spectaculaire du PJD et une facture programmatique de 350 Mds de DH. Mohammed Zakaria Aboudahab, professeur de Droit public et de Sciences politiques à l'Université Mohammed V de Rabat, décrypte pour nous les enjeux de ce scrutin et les défis qui attendent le futur exécutif.

Propos recueillis par L. Ch

les listes électorales et de l'exercice du droit de vote. Je pense qu'il s'agit surtout d'une expression sociolo- gique d'un désintérêt réel envers la politique, envers la manière dont les affaires de l'État sont gérées par les gou- vernements successifs. Il faut aussi replacer ce phé- nomène dans une tendance mondiale : l'émergence de moyens parallèles, alternatifs, d'exercer la politique autre- ment, notamment les réseaux sociaux et les nouveaux outils de communication dont disposent notamment les jeunes. C'est pourquoi il faut aujourd'hui analyser en pro- fondeur les causes de cette abstention. La responsabilité n'incombe pas seulement aux partis politiques : c'est toute la société qui est interpellée.

F. N. H. : Le PAM arrive en tête sans majorité absolue. Quelles hypo- thèses de coalition vous semblent les plus pro- bables ? M.Z.A. : Logiquement, la coalition gouvernementale se constituera autour des trois partis qui ont déjà dirigé le gouvernement, mais avec cette fois le PAM en tête : PAM, RNI, Istiqlal. Reste à savoir si ces formations sou- haiteront élargir le spectre de la participation politique. Tout est ouvert, et il ne faut pas trop anticiper sur une décision qui appartient aux partis eux-mêmes. On sait déjà que le PJD, l'USFP ou le PPS ont vocation à rester dans l'opposition. La ques- tion est plutôt de savoir s'il est utile d'associer d'autres

Finances News Hebdo: Comment interprétez- vous un taux de partici- pation de 38%, le plus bas depuis près de vingt ans ? Zakaria Aboudahab : Ce taux de par- ticipation, aussi faible soit-il, n'est pas une première : nous avons déjà observé un niveau quasi similaire en 2007. Cela confirme des tendances qui se répètent, notamment liées au calendrier électoral. Mais un autre facteur pèse lourd : les nouveaux inscrits, ceux qui viennent d'atteindre l'âge de 18 ans, ne se sont pas déplacés en nombre suffi- sant, faute d'avoir été suffi- samment sensibilisés. Il y a pourtant eu une campagne de communication publique autour de l'inscription sur Mohammed

www.fnh.ma

Made with FlippingBook flipbook maker