Finances News Hebdo 1246

POLITIQUE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 17 SEPTEMBRE 2026

Crise migratoire de Sebta «Les relations maroco-espagnoles sont condamnées à un retour à la normale»

portant sur la nationalité d’un citoyen marocain ne peut abou- tir sans l’accord des autorités marocaines. Les Sahraouis sont des Marocains et on ne peut changer ce constat. F. N. H. : Le rapprochement entre l’Algérie et l’Espagne peut-il se faire au dépens du Maroc ? M. B. : Le Maroc a une confiance dans ses relations étrangères. Il a depuis toujours opté de ne pas intervenir dans les déci- sions souveraines des autres pays. Chaque pays a le droit de conclure les partenariats qui lui semblent bénéfiques pour ses intérêts. L’important est que les relations entre Rabat et Madrid soient basées sur l’entente et la coordination. F. N. H. : Quels sont les enseignements à tirer de la crise de Sebta ? M. B. : La question de l’im- migration se pose avec acuité. Il faut la traiter dans le cadre d’une approche globale impli- quant non seulement l’Espagne, mais l’Union européenne aussi. En tout cas, le Maroc a affiché clairement son intention de ne pas être le gendarme de l’Eu- rope et garder sa frontière. Il a payé le prix fort de sa posi- tion géographique. Il sera amené à le faire dans les années à venir. L’Europe et particulière- ment l’Espagne doivent renfor- cer leur soutien au Maroc et entretenir avec lui un partenariat équilibré. Le Maroc ne peut à lui seul supporter le coût de la lutte contre l’immigration clandestine. Il est donc primordial d’éviter d’accuser systématiquement le Royaume de laxisme. ◆

La crise migratoire de Sebta a ravivé les tensions entre Rabat et Madrid, sur fond de crispations politiques en Espagne. Pour le politologue Mohamed Bouden, ces turbulences ne sauraient toutefois remettre durablement en cause une relation dictée par la géographie, l’histoire et des intérêts stratégiques communs.

Propos recueillis par C. Jaidani

Finances News Hebdo : Les relations maro- co-espagnoles passent actuellement par une période de turbulences. Quelle lecture en faites- vous ? : Historiquement, les relations maroco-espagnoles ont été empreintes par moment de dis- cordes dont l’ampleur varie selon les circonstances. Mais rapide- ment, ces relations reprennent et reviennent à la normale. Les deux pays savent que leurs liai- sons politiques, économiques, culturelles et sociales sont stra- tégiques et essentielles pour leur intérêt et pour la stabilité de la région. Le poids géographique et historique impose la coopération et l’entretien de relations exem- plaires et séculaires. Il est donc important d’apaiser les tensions et d’éviter les différends. Pour ce faire, il faut que les deux pays honorent leurs engagements et respectent leurs ambitions res- pectives. Les relations doivent se focaliser essentiellement sur les intérêts communs. En cas Mohamed Bouden

d’incidents isolés, comme celui de Sebta, il ne faut pas que certaines parties espagnoles en profitent pour régler leurs comptes avec le Maroc ou saisir cette occasion pour faire de la récupération politique et diffa- mer le Maroc sans preuves. Cela perturbe l’atmosphère favorable qui marquait les relations bila- térales. F. N. H. : Quel est votre avis sur la décision du Cortes d’accorder la nationalité espagnole aux Sahraouis nés sous l'administration espagnole ? M. B. : C’est une décision peu mature qui peut impacter les relations entre l’Espagne et le Maroc. Le ministère des Affaires étrangères marocain n’a pas tardé à réagir, dénonçant une instrumentalisation politique. Il a précisé que «le Maroc a choisi de s’engager avec le Royaume

d’Espagne dans une relation de bon voisinage, d’entente poli- tique, de partenariat écono- mique et de coopération sécu- ritaire». Je crois qu’il faut faire face à l’initiative du parlement espagnol par voie juridique. Madrid a déjà essayé la même expérience avec la Guinée équatoriale (son ancienne colo- nie), mais elle s’est soldée par un échec cuisant. D’autres pays ont eux aussi tenté cette expé- rience mais n’ont pas atteint les effets escomptés. Avec cette décision, l’Espagne tente un retour en arrière. C’est para- doxal, car d’un côté elle recon- nait la marocanité du Sahara et, de l’autre, elle accorde la natio- nalité aux Sahraouis nés sous son administration. Le Maroc a refusé catégoriquement d’être l’objet d’enjeux électoraux en Espagne. Cette initiative est une intrusion dans la souverai- neté nationale. Toute décision

Le poids géographique et historique entre le Maroc et l’Espagne impose la coopération et l’entretien de relations exemplaires.

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