Finances News Hebdo 1246

TRIBUNE LIBRE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 17 SEPTEMBRE 2026

Quand le «Made in Morocco» renchérit le Made in Morocco

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roduire davantage au Maroc est devenu un impératif industriel, mais remplacer une importation ne crée pas automatiquement davantage de valeur nationale. Lorsqu’un intrant local protégé devient plus coûteux pour les entreprises qui le transforment, la politique de substitution peut fragiliser précisément les industries que le Maroc cherche à développer. L’enjeu n’est donc pas de produire localement à tout prix, mais de construire des chaînes de valeur dont chaque maillon reste compétitif au Maroc comme à l’international. ​Le paradoxe : vouloir moins importer pour mieux produire ​La substitution aux importations occupe désormais une place importante dans notre politique industrielle. L'intuition de départ est non seulement séduisante, elle répond à des urgences macroéconomiques réelles: réduire notre déficit commercial, atténuer notre exposition aux ruptures des chaînes d'approvisionnement mondiales et bâtir une véritable souveraineté industrielle. Sur le papier, l'équation semble d'une logique implacable : produire localement ce que nous avons pris l'habitude d'acheter à l'étranger. ​Pourtant, cette évidence masque une nuance fondamentale : toutes les importations ne sont pas économiquement équivalentes. Il faut distinguer l'importation de consom- mation finale de l'importation productive. Une partie importante de nos achats exté- rieurs est constituée d'intrants et de biens intermédiaires, strictement nécessaires pour produire au Maroc et, surtout, pour exporter. ​C'est ici que surgit le paradoxe de certaines politiques de substitution : que se passe-t- il lorsque l'importation que l'on cherche à bloquer est précisément la matière première qui permet à une autre entreprise marocaine d'être compétitive sur les marchés mon- diaux? Vouloir produire localement en amont peut, dans certains cas, signifier exporter moins en aval. Une politique industrielle ne peut donc être appréciée uniquement au niveau de la branche qu'elle protège; elle doit être évaluée à l'échelle de l'ensemble de la chaîne de valeur.

pas créer davantage de valeur nationale. Si importer 100 dirhams d'intrants permet à une entreprise marocaine de générer 300 dirhams d'exportations, remplacer cette importation par une production locale à 130 dirhams n'est pas un gain automatique. Cela peut même devenir une destruction de valeur si le surcoût réduit la compétitivité de l'aval au point de lui faire perdre des parts de marché. La question n'est donc pas seulement de savoir combien d'importations ont été évi- tées, mais quelle valeur la substitution crée — ou détruit — à l'échelle de l'ensemble de la chaîne. ​Le test marocain : quand protéger un maillon peut renchérir toute la chaîne ​L'histoire industrielle marocaine récente offre une illustration saisissante de cette tension à travers la filière sidérurgique, particulièrement sur le segment des tôles d'acier laminées à chaud. Pour préserver l'amont national, les pouvoirs publics ont instauré des mesures de sauvegarde commerciale, un dossier d'ail- leurs toujours d'actualité avec le réexamen de ces mesures publié par le ministère char- gé de l'Industrie en 2026. L'objectif initial était de protéger la production nationale, mais cet acier est la matière première critique de toute une industrie aval: fabricants de tubes, de profilés ou de charpentes métalliques. À titre indicatif, la presse économique rappor- tait en 2019 que 30 à 40% de la production de l'amont étaient absorbés par les seuls tubistes. ​C'est précisément sur cette ligne de faille qu'a émergé une controverse révélatrice des dilemmes de notre politique industrielle. D'un côté, le producteur national soutenait que ses prix de vente restaient alignés sur les références internationales, minimisant ainsi l'effet de distorsion. De l'autre, la Fédération des industries métallurgiques, mécaniques et électromécaniques (FIMME) s'est formel- lement opposée à certaines mesures lors des enquêtes publiques. Les industriels de l'aval estimaient que cette protection risquait de renchérir leur matière première, certains transformateurs évaluant même l'impact de ces mesures à au moins 15% sur le coût de leur produit final.

Par Oussama Attahir, Docteur en économie appliquée, expert en politiques publiques.

​La «taxe invisible» : quand le coût de l'amont devient le problème de l'aval ​Pour comprendre cet effet d'éviction, pre- nons le fonctionnement élémentaire d'une chaîne de valeur. Imaginons un industriel marocain qui transforme un intrant importé au prix mondial de 100 dirhams. Si une mesure de protection commerciale intervient pour soutenir un producteur local de cet intrant, l'importation devient plus coûteuse et le prix de cette matière première sur le mar- ché national peut alors passer, par exemple, de 100 à 120 dirhams. ​L'objectif public initial est atteint : le pro- ducteur amont est avantagé. Mais le trans- formateur marocain, situé en aval, supporte désormais un surcoût de 20 dirhams. Face à lui, son concurrent étranger continue de s'approvisionner sereinement au prix mon- dial. Ce différentiel fonctionne alors, écono- miquement, comme une taxe invisible sur la compétitivité de notre exportateur. Elle n'abonde pas le budget de l'État et n'appa- raît dans aucune Loi de Finances, mais elle se loge dans les coûts de revient de l'entre- prise aval, comprime ses marges, réduit sa capacité d'investissement et peut limiter sa conquête de nouveaux marchés. ​Il faut donc poser un principe fondamen- tal : substituer une importation ne signifie

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