Finances News Hebdo 1245

BOURSE & FINANCES

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 10 SEPTEMBRE 2026

et pendant une durée suffisam- ment longue.

Le grand flou des programmes électoraux A quelques jours des législa- tives, la réforme des retraites s’invite logiquement dans les pro- grammes électoraux. Le dossier est suffisamment sensible pour que les partis ne puissent l’igno- rer. Mais il est aussi suffisam- ment explosif pour que beaucoup évitent d’entrer dans le détail des mesures qui fâchent. Car au-delà d’un constat désormais largement partagé, celui de la nécessité de préserver la pérennité du système, se cache une équation autrement plus difficile : qui devra supporter le coût de la réforme ? Les salariés ? Les employeurs ? L’Etat? Faudra- t-il travailler plus longtemps, coti- ser davantage, revoir le calcul des pensions ou combiner plusieurs de ces leviers ? Sur ces questions, les programmes sont nettement moins bavards que lorsqu'il s'agit d'annoncer une revalorisation des pensions. Plus frappant encore : dans les principaux programmes électo- raux rendus publics et examinés à ce stade, le relèvement généralisé de l’âge de départ à 65 ans n’est pas porté comme engagement électoral explicite par les grandes formations, alors que cette hypo- thèse figure depuis longtemps parmi les paramètres entourant le débat technique sur la réforme. Ce silence dit peut-être davantage que certaines promesses. La cam- pagne électorale place ainsi les partis devant une contradiction presque insoluble. Electoralement, promettre une hausse des pensions est évidem- ment plus confortable que pro- mettre une hausse des cotisations. Promettre de protéger les droits acquis est plus facile que d’expli- quer comment financer ces droits. Et défendre le pouvoir d’achat des retraités est nettement moins risqué que d’annoncer aux actifs qu’ils pourraient devoir travailler plus longtemps. Mais une réforme des retraites ne se construit pas seulement avec des promesses de prestations. Elle se construit avec une équation financière. C’est précisément cette équation que devra résoudre le prochain gouvernement. Car le lendemain des élections, les mots «revalorisation», «jus- tice sociale» et «préservation des acquis» devront céder une partie de la place aux chiffres : nombre de cotisants, nombre de pension- nés, taux de cotisation, âge de départ, réserves, engagements futurs et besoins de financement. Pour le moment, la campagne per- met de contourner ces arbitrages.

De 2016 à la réforme systémique

Le Maroc n’est pas parti de zéro. La réforme paramétrique de 2016 a permis de relever progressivement l’âge légal de départ à la retraite dans le secteur public, d’augmenter les taux de cotisation et de modi- fier les modalités de calcul des droits. La Cour des comptes avait notamment estimé qu’elle avait prolongé l’horizon de viabilité du régime des pensions civiles de 2021 à 2027 selon les hypo- thèses retenues à l’époque, tout en réduisant fortement le défi- cit cumulé projeté. Mais cette réforme n’a pas supprimé le déséquilibre. Les projections financières récentes montrent même que les marges gagnées à l’époque se sont progressivement réduites. La question qui se pose désor- mais est celle d’une refonte du système. Le principe défendu par les autorités consiste à aller vers une architecture à deux pôles : un pôle public et un pôle privé, avant une convergence vers un régime unifié. L’objectif est de rapprocher progressivement des régimes aujourd’hui caractérisés par des règles différentes en matière de cotisations, de droits, de gou- vernance et de financement. Sur le plan technique, plusieurs leviers sont disponibles, dont notamment relever l’âge légal de départ à la retraite à 65 ans, tous secteurs confondus, aug- menter les cotisations, modifier le mode de calcul des pensions, ralentir l’acquisition des droits ou accroître la contribution publique. Aucun de ces leviers n’est neutre. Une hausse des cotisa- tions renchérit le coût du travail et réduit potentiellement le reve- nu disponible des salariés. Un relèvement de l’âge de départ augmente la durée de cotisa- tion et réduit mécaniquement la période de versement des pensions, mais il reporte l’accès

 Le rapport entre actifs et retraités se dégrade : de 12 actifs pour un retraité en 1986, il n’en reste plus que 1,7 aujourd’hui.

même intensité.

faut assurer la pérennité finan- cière des régimes existants tout en élargissant la couverture retraite à une population active encore largement exclue. La Cour des comptes avait estimé, dans ses travaux sur les exer- cices 2019-2020, que la couver- ture retraite globale ne dépas- sait pas 43% de la population active. Environ 6,3 millions d’ac- tifs n’étaient alors pas couverts. Le CESE a, de son côté, souli- gné qu’une part importante des personnes âgées de plus de 60 ans ne bénéficiait pas d’une pension de retraite. La réforme ne peut donc pas se limiter à sauver les équilibres financiers des caisses. Elle doit aussi répondre à une question sociale : comment construire une couverture retraite pour les travailleurs qui en sont encore exclus ? L’élargissement de la base des cotisants peut améliorer les équilibres, mais il ne constitue pas une solution automatique. Encore faut-il que les nouveaux affiliés cotisent suffisamment

Une démographie qui change la donne Au-delà des chiffres financiers, il y a une réalité beaucoup plus lourde : la démographie. Le Maroc vieillit rapidement. Selon les données issues du recense- ment de 2024, près de 5 millions de personnes ont désormais 60 ans ou plus contre 3,2 millions en 2014. Cette population pro- gresse à un rythme annuel de 4,6%, très supérieur à celui de la population totale. Le rapport entre actifs et retraités se dégrade lui aussi. De 12 actifs pour un retraité en 1986, il n’en reste plus que 1,7 aujourd’hui. Et lorsque le nombre d’actifs par retraité diminue fortement, l’équilibre devient mécanique- ment plus difficile à maintenir. «Le faible taux de couverture de la population active, conju- gué au chômage élevé, fragilise encore davantage les régimes de retraite», nous confiait l’éco- nomiste Hassan Edman. Le problème est donc double. Il

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