L’IA au service de la prévention L’usage de l’intelligence artificielle en conception se démocratise. Elle permet d’élargir le champ des risques explorés en renforçant une vision système : • Multiplier les scénarios : tolérances de fabrication, températures, corrosion, interactions entre composants… • Détecter les incohérences : en croisant davantage de données, elle peut repérer des interactions ou des contradictions entre exigences. • Explorer d’autres solutions : la conception cas de chargement, situations extrêmes, générative permet de tester de nombreuses géométries et de faire varier les compromis entre performance, fiabilité et contraintes de fabrication. Mais l’IA ne valide pas la conception à la place de l’ingénieur. L’humain reste responsable des hypothèses et de la validation des résultats, avec des données fiables et une bonne compréhension des limites de l’outil.
Prévenir sa responsabilité juridique
Une idée reçue a la vie dure : « ce n’est pas chez moi » n’équivaut pas à « ce n’est pas ma responsabilité ». Or, face à son client, une entreprise reste en première ligne même si le défaut vient d’un fournisseur ou d’un sous-traitant. À elle ensuite de se retourner contre eux. D’où l’intérêt de répercuter, dans ses propres achats, les engagements pris envers ses clients (délais, garanties, limites de responsabilité). Sans ce « contrat miroir », une entreprise peut devoir indemniser son client au-delà de ce qu’elle sera capable de récupérer auprès de son fournisseur. En cas de litige, la responsabilité est d’ailleurs rarement portée par un seul acteur. Les expertises judiciaires concluent de plus en plus à un « saupoudrage » des imputations techniques entre plusieurs entités. Une raison de plus pour bien encadrer contractuellement ses engagements et documenter la chaîne d’approvisionnement, et ne pas devoir indemniser plus que sa juste part.
criticité le justifie. Mais pour la plu- part des produits manufacturiers, la prévention repose moins sur l’appli- cation d’une méthode stricte que sur des réflexes de conception. Philippe Guégan, spécialiste en conception de produits nouveaux au Cetim, identifie plusieurs pra- tiques aujourd’hui sous-estimées, à commencer par la spécification du besoin. « Mal spécifier un besoin en amont, c’est se condamner à découvrir un problème une fois le produit déjà figé », résume-t-il. Il s’agit notamment de comprendre l’usage réel du produit et ses condi- tions d’utilisation avant de valider la solution technique. Deuxième réflexe : accepter l’ité- ration. « Faire bon du premier coup est un leurre autant en conception qu’en fabrication », insiste Philippe Guégan. Un produit robuste suppose parfois de revenir sur la première ver- sion pour corriger ses faiblesses. Cette démarche doit aussi conduire à rechercher la simplicité : moins il y a de pièces, de mouvements et de matériaux différents, moins les sources potentielles de défaillance sont nombreuses. La fiabilité se prépare enfin dans les choix de conception eux-mêmes : choix des matériaux, cotations, pro- cédés, possibilité de contrôler ou de maintenir l’équipement. Chaque composant doit être pensé dans son environnement, puis le système
vérifié dans son ensemble, car un pro- duit assemblé peut ne plus répondre aux hypothèses retenues au départ. Apprendre des faiblesses structurelles Dans le cas où une faiblesse structu- relle finirait malgré tout par survenir, elle peut aussi devenir un nouveau point de départ. Le cas de Steriflow, fabricant d’équipements de stérilisa- tion pour l’industrie agroalimentaire, l’illustre bien. L’entreprise disposait d’un autoclave rotatif de 1600 mm de diamètre qui fonctionnait très bien depuis 30 ans. Pour répondre à des clients demandant davantage de capa- cité, elle décide d’agrandir son tam- bour, alors même que les produits à traiter deviennent plus lourds, notam- ment avec le développement des conditionnements en verre. Après un certain temps en production la struc- ture mécanosoudée en inox finit par montrer des faiblesses. « Le problème venait des soudures. La solution la plus directe était donc de les supprimer », résume Laurent Tisserand, directeur technique de Steriflow. Avec l’appui du Cetim, l’entreprise bascule vers une structure boulon- née, avec les mêmes exigences de résistance et de durée de vie. Mais ce choix a aussi produit des effets qui dépassent largement la résolution du problème initial : fabrication simplifiée, maintenance facilitée et possibilité de sous-traiter une production jusque-là
assurée en interne. La nouvelle conception présente également un intérêt économique tel que Steriflow envisage de transférer le même prin- cipe à l’autoclave 1600 mm. « Au final, nous sommes passés d’une approche empirique du design et de la concep- tion à une démarche d’anticipation », résume Laurent Tisserand. n AC Contact : Romain Barellon
5
CETIM INFOS N° 283 SEPTEMBRE / OCTOBRE 2026
Made with FlippingBook Ebook Creator