BOURSE & FINANCES
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FINANCES NEWS HEBDO VENDREDI 25 SEPTEMBRE 2026
Flambée énergétique Jusqu’où le budget peut-il encaisser le choc ?
A La hausse des prix de l’énergie vient percuter une trajectoire budgétaire déjà étroite. Pour protéger ménages et entreprises, l’Etat remet davantage la main à la poche, tandis que le déficit devrait remonter à 4% du PIB en 2026. Une facture encore absorbable à court terme, mais qui pourrait imposer des arbitrages autrement plus délicats si le choc se prolonge. Par D . William
lors que la trajectoire budgé- taire semblait progressivement se normaliser, la poussée des prix de l’énergie vient rappeler que pour un pays fortement dépendant de ses importations énergétiques, chaque hausse des cours finit tôt ou tard par se répercuter sur les comptes publics. Le dernier diagnostic de Fitch Ratings en fournit une illustra- tion assez nette. L’agence a maintenu la note souveraine du Royaume à BB+ avec perspec- tive stable, saluant notamment la qualité des politiques macro- économiques, les réserves de liquidité extérieure et le soutien des créanciers officiels. Mais cette appréciation globalement favorable s’accompagne d’un avertissement sur l’évolution des finances publiques. En effet, Fitch prévoit désormais un déficit budgétaire de 4% du PIB en 2026 contre 3,5% en 2025. Ainsi, la crise du détroit d'Ormuz et la hausse des cours énergétiques ont fait remon- ter la facture de compensation du butane, prolongé le sou- tien accordé aux profession- nels du transport et nécessité
des transferts supplémentaires vers l'ONEE. Autrement dit, une partie des marges bud- gétaires dégagées ailleurs est immédiatement happée par le choc énergétique. Fitch estime d'ailleurs que ces dépenses supplémentaires absorbent les recettes additionnelles prove- nant des réformes fiscales et de l'amélioration du recouvre- ment. Comme le souligne l’éco- nomiste Mohamed Boiti, «l'Etat marocain mobilise actuelle- ment environ 1,65 milliard de dirhams par mois pour amortir le choc - entre la subvention du gaz butane, le gel des tarifs électriques et les aides directes aux transporteurs -. Le déficit budgétaire dérive déjà vers 4% du PIB selon Fitch, alors que l'objectif initial était de 3%». C’est dire que face à la flam- bée énergétique, l'Etat n'a évidemment pas le luxe de l'indifférence. Laisser les prix internationaux se transmettre intégralement aux ménages et aux entreprises aurait un coût économique et social consi- dérable. Le butane touche directement le pouvoir d'achat, la hausse des carburants se répercute sur une grande par- tie des coûts de production et de transport et l'électricité concerne à la fois les ménages et la compétitivité des entre-
prises. Le bouclier budgétaire joue donc son rôle. Malgré cela, les prix à la pompe ont sensible- ment augmenté. Depuis le 16 septembre, le seuil symbolique des 15 DH le litre a été franchi. A Casablanca, le gasoil s’af- fiche à 15,30 DH le litre et l’es- sence à 15,26 DH. La dernière révision s’est traduite par une hausse de 34 centimes pour le gasoil et de 27 centimes pour l’essence. Le mouvement est d’autant plus significatif qu’il ne s’agit pas d’un ajustement isolé. Depuis la mi-juillet, le gasoil a accumulé environ 2,74 DH de hausse par litre. Plus inhabituel encore, il est désor- mais légèrement plus cher que l’essence dans plusieurs sta- tions. Une inversion qui donne une indication de l’intensité des tensions actuelles sur les pro- duits raffinés. Néanmoins, plus l’Etat cherche à empêcher une transmission trop brutale du choc éner- gétique au pouvoir d’achat, notamment en soutenant cer- taines catégories profession- nelles ou en intervenant sur d’autres composantes de la facture énergétique, plus il déplace une partie de la pres- sion vers le budget. Alors, jusqu'où ce budget peut-il absorber cette facture
sans compromettre les autres priorités ? Combien de temps peut-on simultanément soute- nir le pouvoir d'achat, finan- cer un niveau historiquement élevé d'investissement public et poursuivre la consolidation budgétaire ? Pour Mohamed Boiti, la ques- tion se pose désormais en termes d’arbitrages. «La vraie limite n'est pas arithmétique, elle est stratégique. Tant que les recettes fiscales restent dynamiques et que la crois- sance non agricole tient, l'équation est gérable à court terme. Mais au-delà, l'Etat devra arbitrer entre trois prio- rités concurrentes : maintenir la paix sociale par les subven- tions, financer la généralisa- tion de la protection sociale et préserver les investissements d'infrastructure pour la Coupe du monde 2030. Ce triangle est intenable simultanément», analyse-t-il. L’économiste pointe égale- ment un indicateur qui, selon
Laisser les prix internationaux se transmettre intégralement aux ménages et aux entreprises aurait un coût économique et social considérable.
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