ECONOMIE
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FINANCES NEWS HEBDO VENDREDI 25 SEPTEMBRE 2026
touristiques français, contre 15% pour l’Espagne. D’autres marchés, moins classiques, devraient également être tra- vaillés, notamment l’Inde et les Amériques. Ils présentent un très fort potentiel, notamment dans le contexte de la crise actuelle dans les pays du Golfe. F. N. H. : Le Maroc vise 26 millions de touristes à l’horizon 2030. Quelles sont les conditions à réu- nir pour atteindre cette ambition ? S. T. : L’objectif est ambitieux, mais recalibré par rapport aux versions précédentes de la stratégie touristique. Partant de 19,8 millions de visiteurs en 2025, atteindre 26 millions en 2030 suppose une croissance annuelle moyenne d’environ 5,5 à 6%, soit un rythme proche de celui observé récemment. Cela rend l’objectif crédible, sans pour autant le rendre acquis. Certains acteurs visent d’ailleurs plus haut. La Confédération nationale du tourisme évoque un potentiel de 35 millions de visiteurs, porté par une straté- gie plus offensive. Pour atteindre ces objectifs, le renforcement de la connectivité aérienne constitue un premier levier essentiel. Il s’inscrit dans la stratégie «Aérien x2», qui vise à doubler la capacité de sièges disponibles d’ici 2030. Les résultats sont déjà visibles : la capacité aérienne contractuali- sée pour la saison estivale 2026 a atteint 7,74 millions de sièges, en hausse de 13% sur un an. Elle est notamment portée par l’ouverture de nouvelles bases aériennes à Rabat, Marrakech et Tétouan, ainsi que par le lan- cement de 52 nouvelles liaisons internationales au cours du pre- mier semestre 2026. Le développement des capaci- tés d’hébergement est égale- ment indispensable, à travers la modernisation et l’extension du parc hôtelier. C’est un chan- tier prioritaire. La construction d’une offre capable d’accom- pagner l’objectif de 26 millions de voyageurs implique des
Depuis 2024, le Maroc est devenu la 1 ère destination touristique du continent, devant l’Égypte et l’Afrique du Sud.
investissements massifs dans de nouvelles infrastructures hôtelières, mais également dans les routes, les aéroports et les plateformes numériques. Le capital humain est sans doute le chantier le plus impor- tant et le plus sous-estimé. Le secteur aura besoin d’environ 200.000 employés supplémen- taires d’ici 2030, alors que la formation professionnelle peine encore à suivre le rythme de la demande. Il faut également encoura- ger l’investissement et la diversification territoriale au-delà des pôles matures comme Marrakech, Agadir et Casablanca. Nous avons des marchés à très fort potentiel sur lesquels nous gagnerions à être plus offensifs. Il y a égale- ment le tourisme de croisière, le MICE ou tourisme d’événe- ments, ainsi que l’intégration progressive de l’intelligence artificielle dans les opérations, qui doit devenir une priorité. F. N. H. : Quel bilan peut- on déjà tirer de l’impact de la CAN sur le tourisme et quelles leçons le Maroc doit-il en tirer pour maxi- miser les retombées tou- ristiques et économiques du prochain Mondial ? S. T. : La CAN a été un test grandeur nature réussi, à une échelle réduite par rapport au
Mondial. Près de 600.000 visi- teurs étrangers se sont rendus au Maroc spécifiquement pour suivre la CAN 2025, générant 1,5 milliard d’euros de recettes. Le calendrier a également joué en faveur du secteur. La période de la CAN, du 21 décembre 2025 au 18 janvier 2026, a coïn- cidé avec la haute saison, ce qui a permis d’absorber les pics de demande et de renforcer l’image du Maroc comme pays sûr et moderne. L’impact hôtelier a été concret et localisé. À Casablanca, le taux d’occupation d’un hôtel a grimpé de 35%, avec quasiment toutes les chambres occupées tout au long de la compétition. De nombreux supporters ont également profité de leur séjour pour aller vers Marrakech, Fès et Rabat, prolongeant ainsi les retombées au-delà des seules villes hôtes. Le signal le plus stratégique pour le Mondial 2030 porte sur les infrastructures. Une grande partie des infrastruc- tures nécessaires est déjà réa- lisée, ce qui change la nature de l’enjeu : il ne s’agit plus prin- cipalement de construire, mais d’orchestrer.
Les leçons à tirer de la CAN sont avant tout d’ordre orga- nisationnel. Une politique publique ciblée, incluant des facilités pour les visas, des campagnes de promotion à l’international et une coordina- tion logistique entre les minis- tères de l’Intérieur, du Tourisme et des Transports, devra être répliquée à une échelle sensi- blement supérieure. Le Mondial sera une fête avec un volume de visiteurs et de matchs sans commune mesure avec la CAN. F. N. H. : Quels sont aujourd’hui les principaux défis auxquels le Maroc devra répondre pour ins- crire cette croissance dans la durée ? S. T. : Le secteur du tourisme est certes dans une dynamique positive, avec un potentiel extraordinaire, mais il fait face à des défis de taille qui se recoupent et doivent être traités simultanément. Le plus important est celui des ressources humaines, avec la nécessité de disposer de per- sonnels bien formés et correc- tement rémunérés. Le déficit de personnel qualifié constitue le frein le plus concret à la montée en gamme de notre secteur. Nous devons recruter et former environ 200.000 collaborateurs supplémentaires d’ici 2030, un rythme que l’appareil de forma-
La prochaine étape consiste à augmenter la dépense par visiteur, à diversifier l’offre et à mieux répartir les retombées du tourisme sur le territoire.
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